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Sorbonne : 4 mois de sursis et 10 000 € d'amende pour une étudiante propalestinienne, faisons front !

Wed, 10 Jun 2026 13:08:50 CEST

Révolution Permanente

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Le 6 juin, le tribunal correctionnel de Paris a condamné une étudiante de Paris 1 à une peine de prison pour ses positions propalestiniennes. L'affaire trace les contours d'une instrumentalisation grave de la lutte contre l'antisémitisme et d'une répression inédite dans le mouvement étudiant. Solidarité !

Vendredi 6 juin, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Téba, étudiante à Paris 1, pour avoir tenu des positions propalestiniennes sur son groupe de promotion. Sa condamnation est exceptionnellement lourde : 4 mois de prisons avec sursis, plus de 10 000 euros de dédommagements financiers ainsi qu'un stage obligatoire de deux jours au Mémorial de la Shoah, à financer à ses frais.

Comme nous le rappelions dans un précédent article, elle avait exclu une étudiante de son groupe de promotion en découvrant son abonnement au compte de l'armée israélienne, ainsi que plusieurs personnes ajoutées simultanément. Une réaction compréhensible dans un contexte où l'on assiste en direct sur les réseaux sociaux aux conséquences sanglantes des crimes coloniaux et génocidaires perpétrés par Tsahal.

Ce faisant, le tribunal correctionnel de Paris adhère sans réserve à la version des faits ostensiblement frauduleuse présentée par l'accusation. Au cours du procès, elle a successivement assimilé cette exclusion à un sondage à caractère véritablement antisémite survenu plus tôt dans un autre groupe de promotion, ou encore construit le portrait d'un nouvel antisémitisme constitué par la critique du projet sioniste de l'État d'Israël. La principale défenderesse de cette thèse calomnieuse assimilant antisionisme et antisémitisme, Nora Bussigny, a même été invitée à témoigner à la barre. Cette lecture révisionniste et instrumentalisée de l'antisémitisme porte pourtant un coup dur à la lutte contre les oppressions racistes.

Une instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme

Face aux accusations d'antisémitisme relayées dans cette affaire par plusieurs comptes d'extrême-droite comme la Ligue de Défense Juive, l'enjeu pour la présidence de Paris 1 et le ministère de l'enseignement supérieur était de se montrer exemplaire tant dans la lutte contre l'antisémitisme que la répression des voix propalestiniennes à l'université.

Ainsi, dans un communiqué interne le jour même, le cabinet de la présidence de Paris 1 « pren[ait acte] de ces deux jugements et form[ait] le vœu que toute la communauté universitaire s'en saisisse pour que jamais de tels faits ne puissent se reproduire dans notre institution ». De même, il annonçait « continu[er] de signaler tous les propos ou actes susceptibles d'en être constitutifs. ». Le ministre de l'Enseignement supérieur lui-même « salu[ait] la fermeté de la direction de l'université qui avait saisi le procureur de la République » dans un tweet la même après-midi.

Cette fermeté emboite le pas de l'institution judiciaire, dont la voix a permis d'objectiver une instrumentalisation grave de la lutte contre l'antisémitisme. Au contraire, une lutte conséquente contre cette oppression aurait impliqué de soutenir Téba face à son harcèlement islamophobe, qui partage une racialisation commune à l'antisémitisme. Dans Antisémitisme et islamophobie, Reza Zia-Ebrahimi rappelait que juifs et musulmans, considérés culturellement inassimilables par l'Occident, se voient accusés de comploter, d' « enjuiver » ou d' « islamiser » la civilisation européenne chrétienne.

Au-delà de la grande difficulté de poursuivre ses études dans un tel contexte, la prononciation d'une peine de prison est une sentence infamante pour Téba. Elle entraine une inscription au casier judiciaire, qui la disqualifie d'emblée d'exercice de tout métier de la fonction publique, ou encore la profession d'avocat. Plus encore, toute violation du jugement durant les 5 prochaines années entrainera une incarcération dans un centre pénitentiaire. Somme toute, ici se reflète la répression continue des soutiens du peuple palestinien.

Depuis le début du génocide, cette répression a toujours reposé sur une confusion consciemment entretenue entre antisémitisme et antisionisme. Ici, la présidence de Paris 1, main dans la main avec l'État, a fait le choix de reprendre l'amalgame criminel et volontaire entre critique de l'État d'Israël, de ses politiques et de ses soutiens avec le racisme anti-juif. Couplée au déferlement islamophobe dont Téba a été la cible, tous les ingrédients étaient réunis pour faire de l'affaire un cas d'école de la rhétorique employée depuis octobre 2023 pour justifier l'acharnement répressif ciblant les soutiens de la Palestine. En attendant, la lutte contre l'antisémitisme, pourtant nécessaire, se voit détourner au service de l'intimidation et de la répression de celles et ceux qui dénoncent légitimement le génocide en cours.

Une répression inédite issue d'un véritable acharnement judiciaire

La « droiture » de la présidence de l'Université Paris 1 se révèle ici bien droitière. De sa propre initiative, elle a collaboré avec la justice pénale. En effet, elle avait elle-même attiré l'attention du parquet en se prévalant de l'article 40 du Code de Procédure Pénale en plus de lancer des poursuites disciplinaires à l'encontre de Téba. La commission disciplinaire de l'université avait pourtant relaxé Téba le 17 novembre en rejetant tous les chefs d'accusation. Impensable pour la présidence de Paris 1, qui a décidé de s'auto-attaquer en justice devant le Tribunal Administratif pour inverser le verdict.

L'annonce du verdict ce vendredi a aussi été l'occasion de lancer un avertissement à toutes celles et ceux, personnels comme étudiants, qui voudraient dénoncer le génocide commis par Israël en Palestine. Le communiqué interne cité auparavant a ainsi été envoyé aux près de 50 000 étudiants, enseignants et personnels de la faculté. Une tentative d'intimidation qui s'inscrit dans la continuité des politiques répressives menées par la présidence de Paris 1, alors même que pas plus tard que le 28 mai dernier, un membre du personnel de Paris 4 a été projeté au sol et blessé lors d'une mobilisation contre l'application nationale des frais d'inscription différenciés pour les étudiants étrangers extra-européens, lors d'une conférence où la présidente de Paris 1 était présente. Les urgences lui ont posé 12 agrafes sur le crâne et diagnostiqué une suspicion de ligaments croisés.

Dans sa répression des voix propalestiniennes et son instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme, l'université peut même compter sur l'alignement d'une partie des organisations étudiantes. Dans un communiqué par mail du 6 juin, le Front Populaire Étudiant (scission locale de l'UNEF) s'alignait ainsi sur l'interprétation du tribunal correctionnel – en dépit des preuves trompeuses présentées durant le procès – et appelait au respect de l'État de droit et de la parole judiciaire. Pourtant, c'est bien ce même État de droit qui a condamné le militant Elias d'Imzalène, le secrétaire général de l'UDT CGT du Nord Jean-Paul Delescaut, la présidente d'Europalestine Olivia Zemor ou encore le vice-président d'Europalestine Nicolas Shahshahani pour leur soutien à la Palestine. Il a instruit plus de 13 plaintes à l'encontre de l'eurodéputée LFI Rima Hassan pour apologie du terrorisme, ultérieurement classées sans suite. Il poursuit encore le porte-parole de Révolution Permanente, Anasse Kazib, pour apologie du terrorisme pour son soutien à la résistance du peuple palestinien. Une telle position oublie encore que le ministère de la Justice appelait explicitement à poursuivre largement les propos en soutien à la résistance palestinienne dans sa circulaire Dupont-Moretti du 10 octobre 2023.

Cela revient enfin à soutenir une répression menée conjointement par l'administration de l'enseignement supérieur, la justice pénale et le ministre de l'enseignement supérieur lui-même. Ce dernier appelait le jour du verdict à une application renforcée de la loi Levi-Flavaire, qui permet de faire appel à un « magistrat professionnel ».

Contre l'offensive répressive, construisons le soutien aux réprimés !

L'affaire Téba reflète la déferlante répressive qui s'abat sur le mouvement propalestinien depuis près de trois ans. Elle met surtout en lumière que la mobilisation de solidarité avec les réprimés doit s'amplifier pour résister aux offensives judiciaires menées par l'État et ses relais. Il y a une urgence à construire un mouvement large de solidarité autour des réprimés politiques, qui fasse de ces procès une tribune pour le mouvement propalestinien.

Le 18 juin, Révolution Permanente organise donc une grande fête de solidarité contre la répression à Saint-Denis avec des figures du mouvement propalestinien : Anasse Kazib y prendra la parole aux côtés de Rima Hassan ainsi que des avocates révolutionnaires Elsa Marcel et Myriam Bregman. La soirée se poursuivra ensuite en musique avec un concert de Médine. Rappeur engagé pour la Palestine et figure antiraciste des quartiers populaires, il subit lui aussi des attaques de l'extrême droite et du gouvernement depuis des années en raison de ses prises de position. Il faudra y être nombreux et nombreuses pour dire que soutenir la Palestine n'est pas un crime, en prévision des prochaines offensives à venir. A cette image, le procès du 25 juin de deux militants de Révolution Permanente, dont son porte-parole Anasse Kazib, sera l'occasion de construire une tribune large contre la répression !

Crédits photo : Fred Romero (CC BY 2.0).

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