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Centre Pompidou-Hanwha : le musée redore l'image d'une entreprise liée au génocide

Wed, 10 Jun 2026 18:58:17 CEST

Révolution Permanente

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Des rassemblements organisés à Paris et à Séoul dénoncent le partenariat du Centre Pompidou avec le conglomérat d'armement sud-coréen Hanwha, lié aux opérations génocidaires en Israël. Alors que la France continue de réprimer les soutiens à la Palestine, les travailleurs de la culture doivent s'opposer à l'art-washing.

Derrière la « coopération culturelle », la culture au service de la militarisation

Le jeudi 4 juin, à l'appel de plusieurs collectifs comme Artistes pour la Palestine, le FRACBI, Guerre à la Guerre, Sud Culture Beaubourg ou encore Korean Cultural Alliance for Palestine, un rassemblement s'est tenu devant le Centre Pompidou, à Paris, afin de dénoncer le partenariat du musée d'art contemporain avec la fondation culturelle d'Hanwha, un conglomérat sud-coréen dont les filiales produisent missiles et blindés, notamment en lien avec des entreprises militaires israéliennes.

En effet, Hanwha – qui signifie « explosifs coréens » – signait en 2021, via sa filiale Hanwha Systems, des accords avec deux groupes de défense israéliens : Elbit Systems, premier industriel du secteur, et Elta Systems, filiale du groupe public Israel Aerospace Industries. Rania, membre d'Urgence Palestine interrogée par Révolution Permanente, explique : « Ce partenariat pose une question simple : peut-on prétendre défendre la culture, la liberté, et les droits humains tout en s'alliant à une entreprise dont les activités reposent sur la livraison d'armes ? »

Le partenariat permet ainsi de redorer l'image de l'entreprise par la création d'un musée à leur nom à Séoul, en lien avec une prestigieuse institution française. En se servant sur les énormes bénéfices qu'ils ont engrangés sur la guerre en Palestine mais aussi sur l'amplification de la militarisation à l'international, avec 500% d'augmentation de leur valeur boursière depuis le début du génocide, l'entreprise s'offre une bonne image grâce à l'art-washing, alors qu'ils profitent des massacres et exploitent leurs travailleurs dans des conditions effroyables.

En effet, une lettre des manifestants sud-coréens lue lors du rassemblement rapportait que trois jours avant l'inauguration, cinq travailleurs avaient trouvé la mort dans l'explosion d'une usine de propergols et de missiles d'Hanwha située à Daejeon. La lettre précise que des travailleurs décèdent chaque année au sein des usines Hanwha, du fait des conditions de travail imposées pour maintenir les profits de l'entreprise.

Un musée exportable

Le Centre Pompidou reste mutique face aux dénonciations. Son président, Laurent Le Bon, préfère vanter la plus importante exposition cubiste organisée en Asie depuis un demi-siècle. Derrière l'argument du rayonnement, la logique financière est assumée : fermé cinq ans pour travaux, le musée multiplie les accords commerciaux à l'étranger – Séoul après Shanghai et Malaga. L'institution s'est même dotée d'une direction du « développement économique et international » pour renforcer ses partenariats internationaux.

La marque Pompidou se loue, et peu importe à qui. L'institution publique prête son prestige pour financer son expansion, quitte à blanchir l'image d'un marchand d'armes. Reda et Elise, tous deux artistes, expliquent : « Beaubourg c'est notre outil de travail, c'est nous qui devrions décider de la forme que prend cette institution ». Alors que cette dernière s'exporte grâce à des financements privés baignant dans l'industrie militaire, les travailleurs qui ont bâti le fameux « prestige » de cette institution n'ont pas voix au chapitre. Elise ajoute : « On est ici pour résister à cette ambiance mortifère qui normalise des partenariats inacceptables. »

Car le cas Pompidou-Hanwha illustre un mode opératoire bien rodé. Avec le Louvre Abu Dhabi, dont la seule marque a été louée près de 400 millions d'euros sur trente ans, l'État français fait de ses institutions des instruments de soft power, pour renforcer sa diplomatie culturelle. Cette logique marchande prospère à mesure qu'il assèche la culture : le budget 2026 ampute le ministère de plus de 200 millions d'euros quand celui des armées bondit de 6,7 milliards. L'Etat définance les musées, finance la militarisation, et pousse les institutions à s'allier avec les industriels de la guerre.

Célébrer les armes, criminaliser la solidarité

Alors que d'un côté les institutions culturelles de l'État français nouent sans hésiter des partenariats avec des entreprises privées de l'armement liées au génocide, la répression frappe les voix du secteur culturel qui s'élèvent pour dénoncer le génocide en cours. En novembre, une contestation organisée par plusieurs organisations de défense des palestiniens, dont Artistes pour la Palestine et Palestine Action, contre la présence de l'Orchestre Philharmonique d'Israël – le « principal ambassadeur culturel » de l'État colonial – à la Philharmonie de Paris avait été violemment réprimée et des militants placés en garde à vue. Le 15 avril dernier, Raphaël et Clara, deux étudiants des Beaux-Arts de Paris ont été convoqués par la direction en conseil de discipline pour avoir manifesté leur soutien au peuple palestinien. Étrange conception de la liberté artistique que de dérouler le tapis rouge à un marchand d'armes tout en sanctionnant des artistes pour un acte de solidarité.

Cette répression se place dans un contexte de criminalisation du soutien à la Palestine avec la condamnation d'Olivia Zemor et les procès en « apologie du terrorisme » de Rima Hassan, Omar Alsoumi et Anasse Kazib. Face à cette criminalisation systématique des soutiens à la Palestine, il est nécessaire de faire front collectivement. C'est dans ce sens que Révolution Permanente organise un rassemblement à l'occasion du procès d'Anasse Kazib le 25 novembre à 11h ainsi qu'une grande soirée contre la répression du soutien à la Palestine à Saint-Denis, le 18 juin, suivi d'un concert de Médine, rappeur lui aussi criminalisé pour son soutien à la Palestine.

L'impasse du cadre institutionnel / La nécessité d'une riposte par en bas

Les institutions culturelles au service de l'impérialisme français et de ses politiques de soutien à Israël ne vont pas rejeter d'elle-même les partenariats signés avec les entreprises de l'armement sans une mobilisation et un rapport de force à construire avec les travailleurs du musée et les artistes en dénonciation du génocide et de la complicité de l'État français par la répression des soutiens à la Palestine. Claire Touzard, journaliste et autrice, présente au rassemblement souligne que l'enjeu n'est pas seulement de mieux représenter les dominé•es, « c'est la façon dont on produit, et celle dont on démantèle ces institutions ralliées aux pouvoirs économiques et politiques ». Shanti, militante au FRACBI et à Artistes pour la Palestine, ajoute « Quand il y a un partenariat avec une entreprise d'armement dans le monde de l'art contemporain, l'art contemporain doit prendre sa place. En tant qu'artiste on n'est pas en dehors de cette société : on est traversés par les mêmes peines, la même indignation que n'importe qui. »

C'est en ce sens que nous avons également lancé une grande campagne artistique pour exiger la relaxe d'Anasse Kazib et de tous les réprimés : il est nécessaire d'opposer à la criminalisation un soutien massif, et faire de la création un outil pour notre camp social, en toute indépendance des classes dominantes et des institutions culturelles. Les outils de l'art et la culture ne sont pas l'apanage des milliardaires et des États impérialistes. Rejoignez la campagne !

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