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CMA CGM, Orange, Total… le « social washing » des grandes entreprises à Marseille

Tue, 09 Jun 2026 21:34:14 CEST

Révolution Permanente

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Le 28 mai dernier, Rodolphe Saadé a invité ses confrères du patronat à un « débat » sur le mécénat organisé par son journal La Provence. L'occasion de redorer leur image et de renforcer leur influence sur le secteur associatif, dépecé par l'austérité organisée au bénéfice de ces mêmes grands patrons.

La Provence a mis en avant son propre événement pour réunir les acteurs du mécénat « autour des nouvelles formes d'engagement et de leur impact concret » pour faire « face à la baisse des financements publics ». Dans la salle, de nombreuses associations du secteur social sont présentes. Les Restos du Cœur, la Croix rouge, la Banque alimentaire… toutes attentives aux tirades des présidents des fondations. Neuf représentants d'entreprises étaient conviés à ce débat, présenté par le rédacteur en chef de la Provence, journal du patron de la CMA-CGM, Rodolphe Saadé.

Sa soeur Tanya Saadé-Zeeny, présidente de la fondation CMA-CGM était la figure de proue de cette soirée durant laquelle elle n'a cessé de marteler que l'armateur s'engage envers le secteur associatif et social et qu'il doit collaborer avec les autres groupes présents. Les autres participants, que ce soit à la tribune ou en spectateur, n'ont eu cesse couvrir d'éloges la soeur du grand patron.

Une mise à l'honneur du CAC40 à Marseille via ses fondations

Parmi les invités, on retrouve les présidents des fondations TotalEnergies, BNP Paribas, Carrefour ou encore Orange, mais aussi Éric Berton, président de l'université Aix-Marseille et Joseph Arakel, président de la Banque alimentaire des Bouches du Rhône et … fondateur d'une entreprise dans le transport et la logistique réalisant 230 millions de chiffre d'affaire en 2025.

Les fondations du gratin du CAC40 sont réunies mais les yeux sont rivés sur Tanya Saadé, venue prêcher pour sa paroisse. « La CMA CGM ce n'est pas que du business », c'est ce qu'elle s'efforce de répéter, en affirmant que « s'engager (est) quelque chose qui (nous) est très cher, en famille, à la CMA CGM ». Ce qu'elle ne dit pas, c'est que le mécénat est un outil de soft-power qui permet d'asseoir l'influence du patronat et qui permet également la défiscalisation de masse.
C'est ce que nous raconte Rayan*, un travailleur social anciennement salarié d'une association grandement financée par les fondations dont la CMA CGM : « Ils nous utilisent en nous donnant des miettes pour acheter une influence. Eux, ils défiscalisent et paient donc beaucoup moins d'impôts, ils profitent de l'argent public pour verser des dividendes alors que les jeunes que l'on accompagne et même nous sommes en galère. L'austérité est à leur profit et ils profitent d'elle pour se placer en sauveur car sans eux, l'association disparaît. Lorsque j'en discutais avec mes collègues, ils me répondaient qu'ils ne voyaient pas comment faire autrement. Et les fondations jouent sur ça, en envoyant des chèques, des tenues, des salariés qui viennent aider. Ils deviennent indispensables alors que c'est eux qui nous mettent en galère. »

Le mécénat, un outil d'influence politique du patronat

En ayant recours au mécénat via leur fondations, les grands groupent viennent se placer en sauveurs. Ils créent un rapport de dépendance avec les associations, dans un contexte de coupes budgétaires inédites, notamment avec le budget 2026 passé en 49.3. En outre, ces financements aux associations viennent occulter le fait que cette austérité a été mise en place pour… financer ces mêmes entreprises et la militarisation du pays. Ce n'est pas comme si les grands groupes n'avaient pas profité de plus de 200 milliards d'euros d'aides publiques en 2025.

Les mécènes viennent se positionner là où les collectivités territoriales ne peuvent plus le faire. Se met alors en place un engrenage mortifère puisque les associations se tournent vers les fondations pour remplacer les fonds publics et survivre. Le patronat lui, continue d'organiser l'austérité et d'engranger les profits tant en se payant un vernis social et humanitaire qui lui offre dans le même temps quelques ristournes fiscales supplémentaires.

C'est une hypocrisie que maîtrise à la perfection Rodolphe Saadé avec son empire. En effet, la compagnie maritime CMA-CGM bénéficie d'un cadeau fiscal exceptionnel : la taxe au tonnage.
Cette taxe est forfaitaire et tient compte uniquement du poids des navires. Le volume ou la valeur des marchandises ne rentrent pas en compte, alors qu'elle sert à remplacer l'impôt pour les sociétés pour l'armateur.
Ce régime fiscal a permis à la CMA CGM d'éviter plus de 5 milliards d'euros d'impôts en 2022 d'après Médiapart dans un contexte dans un contexte austéritaire où les collectivités territoriales, la culture, l'éducation et les associations subissent des coupes budgétaires.

Ce cadeau fiscal est encore plus ridicule lorsqu'il est mis en lien avec une déclaration du maire de Marseille, Benoît Payan, qui se réjouit de la politique menée par le « vrai maire » de Marseille : « On est dans une situation où je ne sais pas comment je vais faire mon budget 2025, avec 50 à 70 millions en moins. Si la CMA veut utiliser son argent pour faire du social [...] c'est très bien. »

Le débat organisé par La Provence l'a bien illustré avec l'adjoint au maire marseillais, Julien Harounyan qui a continué sur cette voie en évoquant le « le lien qu'il faudrait affirmer entre la ville de Marseille et la fondation CMA CGM ». Il va même plus loin en affirmant que « l'idée qu'ambitionne aujourd'hui la Ville de Marseille est de créer une véritable fondation de territoire » en réunissant la municipalité, les associations et les fondations des grandes entreprises.

Saadé évite de passer à la caisse, profite de l'argent public et envoie sa fondation pour faire des appels à projet à dimension sociale. Le mécénat est un outil de soft-power qui permet d'accroître l'influence des entreprises et de s'acheter une image. Ce procédé va même jusqu'au sein de l'entreprise avec le mécénat de compétences où les travailleur.euses sont détachés pour intervenir auprès des associations. Cet achat d'image doit aller jusqu'à convaincre ses propres rangs, en espérant acheter la paix sociale dans un contexte d'inflation et de casse des conditions de vie des travailleurs.

Ce même achat d'image via le mécénat sert finalement à dépolitiser les problématiques structurelles et servent à ne pas questionner le capitalisme et les profits stratosphériques de Saadé et ses copains.

Une hypocrisie accentuée par la recrudescence des guerres impérialistes

Tanya Saadé dit se concentrer sur deux axes : l'humanitaire et l'éducation. Pour le premier, il s'agit selon elle de « pallier l'urgence » et « être là pendant les crises ». Mais qui est à l'origine de ces crises ?

Si on ajoute à cela le retour des guerres impérialistes au premier plan, le narratif bienfaisant des fondations s'effondre totalement. Cela peut s'illustrer avec la CMA CGM qui stoppe les livraisons vers Cuba pour ne pas mettre à mal le marché conclu avec Trump alors que le pays est asphyxié par l'impérialisme américain. Bizarrement, la CMA CGM ne pallie plus à l'urgence pour le peuple cubain.

Même scénario avec Total, et sa fondation représentée lors du débat au siège de La Provence qui vient se poser en sauveur alors que le groupe a profité de la guerre en Iran pour s'enrichir et étouffer les travailleurs qui vont jusqu'à travailler juste pour payer leurs pleins d'essence.
Dans ce contexte, ça saute aux yeux, les grandes entreprises viennent donner des miettes en réponse à la misère qu'elles créent : l'extorsion de la plus-value, les pénuries de ressources et d'emploi, les désastres écologiques, les crises et les guerres.

Ce type de fondations consistent à masquer les dégâts causés par les grands groupes et tuer dans l'œuf toute remise en question du système capitaliste. C'est la raison pour laquelle il est nécessaire de les démasquer, notamment auprès des travailleurs du secteur social et associatif. Pour faire face à l'austérité et à la casse sociale, ce n'est pas sur les entreprises génocidaires ou écocidaires qu'il faut s'appuyer. Il faut construire une riposte d'ensemble avec les travailleurs associatifs et l'ensemble des classes populaires qui sont visées par la casse austéritaire. Car la vraie réponse à l'urgence, c'est une alternative permettant de vivre sans la « charité » des grands patrons.

Pour mettre fin à cette impunité : la CMA CGM, Total et les autres entreprises stratégiques doivent être expropriées, placées sous contrôle des travailleurs, pour réellement répondre aux besoins de notre classe.

*Le prénom a été modifié.

Crédit photo : Sabine Roux de Bézieux et Tanya Saadé, capture d'écran La Provence

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