Ni Una Menos : en Argentine, le mouvement féministe dans la rue contre Milei et les violences de genre
Thu, 04 Jun 2026 17:46:13 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe 3 juin, des mobilisations féministes ont eu lieu dans tout le pays à l'occasion du 11ème anniversaire de Ni Una Menos, et alors qu'une jeune fille de 14 ans a été victime d'un féminicide fin mai. La dénonciation de la responsabilité du gouvernement patriarcal et austéritaire de Javier Milei est au cœur de la mobilisation.

Ce mercredi 3 juin, à l'occasion du 11ème anniversaire de la mobilisation « Ni una menos » en 2015, qui avait arraché le droit à l'avortement, des dizaines de milliers de personnes se sont mobilisé·es en Argentine contre les violences sexistes et sexuelles et le gouvernement d'extrême droite de Milei. Cette mobilisation se tenait quelques jours seulement après le féminicide dont a été victime Agostina Vega, jeune fille de 14 ans, assassinée le 24 mai dans la ville de Córdoba. Son meurtre a provoqué une onde de choc dans tout le pays, ravivant une colère déjà accumulée face à une recrudescence des violences sexistes et sexuelles.
La mobilisation a été massive. De Buenos Aires à Córdoba, de Rosario à Neuquén, de Tucumán à Río Gallegos, c'est tout le pays qui a explosé de colère. À Buenos Aires, devant le Congrès national, le rassemblement central a réuni une foule immense où la chanteuse Cazzu et l'actrice Thelma Fardín ont lu le texte du mouvement depuis la scène. « Le 3 juin, c'est notre cri », a lancé Cazzu à la foule, « le cri de rage qui a pris la rue il y a onze ans en Argentine et s'est répandu dans le monde entier. Aujourd'hui, face au gouvernement de Milei qui nie la violence patriarcale, nous disons : nos vies ne sont pas jetables. Les vies de nos filles comptent. »
À Córdoba, la ville d'Agostina, une foule immense s'est également rassemblée, devant laquelle la grand-mère de la jeune fille assassinée a pris la parole : « Ils n'ont commencé à la chercher sérieusement que le mardi. Ils continuent de tuer ma petite-fille. » Partout dans les rues du pays, travailleuses, étudiant·es, jeunes et mères accompagné·es de leurs familles et de leurs enfants ont scandé « si un jour je ne rentre pas, foutez tout en l'air. Ni una menos ! » et réaffirmé : « Ce gouvernement promeut la violence et la cruauté envers les filles et les femmes. »
Une accusation qui fait écho aux propres déclarations du président. À Davos en 2025, Milei avait déjà laissé entendre que son gouvernement chercherait à supprimer la qualification pénale de féminicide, estimant qu'elle « légalise le fait que la vie d'une femme vaut plus que celle d'un homme ». Dans la même veine, sa ministre de la Sécurité nationale a désigné la mort d'Agostina Vega comme un « homicide », refusant d'employer le terme de « féminicide ». Récemment le président a même relayé une fake news sur X s'attaquant directement à Myriam Bregman, porte-parole du PTS et personnalité politique préférée des Argentins la mettant en scène avec des traits de femme battue.
El presidente Milei reproduce la violencia y repite fake news. pic.twitter.com/Il6xFgnsjL
— Myriam Bregman (@myriambregman) June 1, 2026
Mais bien au-delà des discours, le gouvernement Milei a taillé de 95 % les budgets consacrés aux politiques visant à lutter contre les inégalités de genre, un démantèlement méthodique qui détruit les rares filets de protection dont disposaient les femmes les plus précaires. Le ministère des Femmes, Genre et Diversité a été supprimé dès décembre 2023, la Línea 144, principale ligne d'assistance aux victimes de violences de genre a été définancée, et le programme « Acompañar » qui garantissait un soutien économique aux femmes en situation de violence, a été privé de tout budget pour 2026. Ce programme, qui couvrait plus de 100 000 personnes en 2023 et en 2024, n'en protégeait plus que 434 en 2026. Des coupes qui s'attaquent également aux acquis de 2015, à commencer par le droit à l'avortement, auquel les plus précaires ont de plus en plus de mal à accéder. Dans ce contexte, entre le 1er janvier et le 24 mai 2026, 99 victimes de violences de genre ont été recensées en Argentine, soit un féminicide toutes les 44 heures selon le Registre national, un chiffre que les différentes organisations féministes du pays jugent sous-évalué.
Face à ces attaques, nos camarades du collectif Pan y Rosas, impulsé par le PTS, organisation sœur de Révolution Permanente en Argentine, étaient en première ligne de la mobilisation. Myriam Bregman, porte-parole du PTS a pris la parole pour rappeler l'importance de s'organiser face au gouvernement de Milei et contre le patriarcat : « Qu'ils le sachent : nous allons déchaîner toute la fureur dont nous sommes capables. On ne peut plus perdre une seule fille. On ne peut plus perdre une seule femme. [...] Camarades, je vous appelle à nous organiser collectivement. En premier lieu, au sein de Pan y Rosas : nous devons être des milliers. Mais aussi pour construire notre propre outil politique, où jamais plus on ne nous dira d'attendre, où jamais plus on ne nous dira que nous allons trop loin, et où nous pourrons vraiment nous battre pour une vie qui mérite d'être vécue. [...] Pour les jeunes, pour les filles comme Agostina, pour eux, pour nous toutes et tous. Nous sommes des milliers dans la rue. Maintenant, toute cette énergie doit s'organiser. À bas le machisme. À bas le patriarcat. »