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BNF : la direction utilise le prétexte des « réparations » pour attaquer le droit de grève

Thu, 04 Jun 2026 18:06:30 CEST

Révolution Permanente

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Ce mardi 26 mai, la direction de la BnF a convoqué les syndicats pour leur annoncer que les jours de grève, jusqu'ici prélevés de manière échelonnée, seront désormais retirés directement des salaires. Elle franchit un nouveau cap en s'attaquant à un acquis central des travailleurs dans l'exercice du droit de grève.

La direction de la Bibliothèque nationale de France (BnF) a annoncé aux syndicats une remise en cause majeure des modalités de prélèvement des jours de grève. En mettant fin à un système d'échelonnement pour imposer des retenues immédiates sur les salaires, elle s'attaque à un acquis essentiel permettant aux travailleur·es, en particulier les plus précaires, d'exercer leur droit de grève. Cette mesure s'inscrit dans un contexte plus large d'austérité dans le secteur culturel, où les directions cherchent de plus en plus à faire payer la crise aux salarié·es.

Depuis plus de 25 ans à la BnF, les retenues sur salaire après des jours de grève étaient étalées à hauteur de deux jours prélevés par mois. Cet usage n'était pas un cadeau de la direction, mais un acquis arraché par les travailleur·es, qui permet notamment aux plus précaires de continuer à exercer leur droit de grève sans finir le mois avec une paye à zéro. Perdre plusieurs jours de salaire dans un contexte où beaucoup peinent à boucler leurs fins de mois suffirait à décourager les mobilisations futures. L'échelonnement constitue donc une protection minimale, une manière de rendre la lutte soutenable dans la durée.

« Je ne sais pas comment je vais payer mon loyer cet été », confie une agente. « On nous parle de dialogue social toute l'année, mais quand il s'agit de nous punir pour avoir fait grève, là il n'y a plus aucune discussion. » Une autre agente résume la situation plus directement : « Ils veulent faire peur aux gens. Si tu sais qu'on peut te retirer des milliers d'euros d'un coup, tu réfléchis à deux fois avant de te mobiliser. » Cette offensive intervient dans un contexte déjà extrêmement dégradé à la BnF, où les attaques contre les conditions de travail se multiplient.

La direction de la BnF s'attaque en effet également aux congés en imposant que les travailleur·es en posent pour la fermeture annuelle fin août. La menace de la suppression des congés maladie sans justificatif plane également sur les travailleur·es. En parallèle, sur les trois dernières années, 55 postes ont été supprimés, les problèmes d'entretien des équipements mettent en péril la sécurité des travailleur·es et les charges de travail augmentent, alors même que les salaires stagnent tandis que le coût de la vie augmente.

Pour justifier ces attaques, la direction met en avant les nombreux travaux de rénovation à réaliser dans les bâtiments, et la dette qu'engendrerait le mécanisme d'échelonnement. S'il est urgent de réaliser des travaux pour la sécurité des travailleur·es, des usager·es et des collections, il est inacceptable de faire payer cela aux travailleur·es, alors que la situation budgétaire est le résultat des politiques d'austérité du gouvernement. Par ailleurs, l'excuse de la dette est profondément hypocrite : ce ne seront pas les quelques dizaines de milliers d'euros de dette générée par l'échelonnement des jours de grève qui suffiront à financer les millions d'euros de travaux à réaliser.

La décision de la direction de la BnF ne tombe donc pas du ciel. Elle s'inscrit dans une offensive beaucoup plus large menée dans l'ensemble du secteur culturel et plus généralement dans toute la fonction publique. Au Centre Pompidou ou encore à l'Opéra de Paris, la rénovation des bâtiments est également mise en avant pour justifier les attaques austéritaires tout en permettant au gouvernement de donner l'illusion que les caisses ne seraient pas vides. Partout, les directions cherchent à casser les capacités de résistance collective. Derrière le discours permanent sur les restrictions budgétaires et les « efforts nécessaires », une même logique domine : faire payer la crise aux travailleur·es.

En supprimant cet acquis, la direction ne cherche pas seulement à récupérer de l'argent, mais aussi à envoyer un message. Philippe Lonné, directeur de la BnF et ancien haut fonctionnaire en Kanaky directement nommé par Macron, remplit parfaitement sa fonction en cassant les conditions de travail tout en annihilant les possibilités de mobilisation. En attaquant les modalités de prélèvement des jours de grève, la direction attaque directement le droit de grève lui-même. Elle cherche à transformer chaque mobilisation en risque financier insupportable, et la rétroactivité de la mesure révèle d'ailleurs toute la brutalité de l'attaque. C'est une stratégie désormais bien connue : précariser pour empêcher de lutter et faire peur pour étouffer les mouvements avant-même qu'ils ne naissent.

Cependant, cette attaque peut aussi devenir un point de bascule. La colère est profonde parmi les travailleur·es, précisément parce que beaucoup comprennent que ce qui est visé aujourd'hui dépasse largement la question des retenues sur salaire. Face à cette offensive, et à l'appel de l'intersyndicale Sud-BnF/CGT, les travailleur·es revendiquent non seulement le maintien de l'échelonnement et le retrait de la mesure concernant les jours de congés, mais aussi la création d'emplois pérennes, la garantie de la sécurité de bonnes conditions de travail, ainsi qu'une revalorisation immédiate des salaires. Pour cela, l'intersyndicale appelle à se mobiliser dès le mois de juin.

Crédits photo : Wikimedia Commons

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