Guerre en Iran : l'État impose 6 milliards d'euros de coupes austéritaires aux travailleurs
Wed, 03 Jun 2026 15:31:49 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEnvisagée dès avril, le gouvernement vient de confirmer 6 milliards d'euros de coupes budgétaires supplémentaires, en prétextant la guerre impérialiste contre l'Iran. Une nouvelle attaque pour faire payer la crise aux travailleurs.

Alors que le gouvernement avait peiné à imposer son budget 2026, finalement adopté à coups de 49.3 grâce à la non-censure du PS, l'exécutif poursuit sa fuite en avant austéritaire. Après un budget qui prévoyait déjà entre 17 et 20 milliards d'euros de coupes budgétaires, Bercy vient d'annoncer 6 milliards d'euros d'économies supplémentaires, dont 4 milliards sur les dépenses ministérielles et 2 milliards sur la Sécurité sociale.
Une nouvelle offensive dans la continuité du budget adopté en début d'année : faire payer aux travailleurs, aux jeunes et aux classes populaires la crise, tout en préservant les intérêts du patronat et la montée en puissance de l'appareil militaire.
Les collectivités territoriales et l'emploi en première ligne des nouvelles coupes
Parmi les principaux postes ministériels visés figurent l'écologie et les politiques de soutien à l'emploi, mais qui vont avoir un impact direct et violent sur les collectivités locales. Le gouvernement Macron, qui prétend régulièrement défendre la « transition écologique » pour justifier ses politiques patronales, n'a aucun mal à couper dans ses financements lorsque cette fable n'est plus aussi serviable. L'Agence nationale de l'habitat, qui finance notamment le dispositif « MaPrimeRénov' », verra son budget amputé de 16 % par rapport aux crédits initialement prévus.
Surtout, le Fonds vert, destiné à financer les projets environnementaux des collectivités locales, subira lui aussi une nouvelle saignée. Déjà passé de 2,5 milliards d'euros en 2024 à seulement 840 millions dans le budget 2026, il devrait encore perdre près de 20 % de ses crédits. Une attaque directe contre les collectivités territoriales, déjà étranglées financièrement, qui devront assumer les conséquences de ces coupes sur les projets de rénovation énergétique, de mobilité ou d'adaptation au changement climatique. Alors qu'on leur demande toujours plus, les collectivités territoriales disposent toujours de moins en moins de moyens, avec un effet violent sur l'accès aux services publics, aux transports et en soins, notamment dans les zones rurales.
Même logique du côté de l'emploi. La mission « Accès et retour à l'emploi » perdra 263 millions d'euros, soit près de 4 % de son budget. La formation professionnelle sera amputée de 123 millions supplémentaires. De nouvelles coupes de plus de 380 millions d'euros donc, à l'heure où le chômage est à un taux record et que de nombreux secteurs sont frappés par la suppression de postes, plans sociaux et fermetures d'entreprises. Encore une fois, c'est aux plus précaires que le gouvernement compte s'attaquer, alors que les gouvernements Macron n'ont eu de cesse de s'attaquer à l'assurance-chômage.
Police préservée, armée sanctuarisée
Le gouvernement tente de présenter ces coupes comme réparties entre tous les ministères. Pourtant, les chiffres montrent une réalité différente. Le budget de la police fait bien l'objet d'un gel partiel de 237 millions d'euros, mais cette réduction intervient après une hausse initiale de 437 millions prévue dans le budget 2026. Finalement, les crédits de la police continuent donc d'augmenter d'environ 200 millions d'euros par rapport à 2025, loin des attaques subies par les services publics comme la santé ou l'éducation.
Le contraste est encore plus frappant avec le budget militaire, totalement épargné par cette nouvelle vague d'économies. Quelques jours après que l'Assemblée nationale a entériné une nouvelle hausse de budget de l'armée, ces nouvelles attaques contre les travailleurs rappellent que la militarisation souhaitée par les classes dominantes demeure une priorité absolue pour le gouvernement.
Seuls les 2 milliards d'économie sur la sécurité sociale seront, pour une fois, pris au patronat, par le biais du dégel d'une cotisation patronale – c'est-à-dire une cotisation supprimée temporairement puis remise en vigueur. Une manière de jongler avec la colère sociale très présente depuis les premières annonces du budget 2026 en septembre dernier, et surtout avec l'inflation en cours qui menace de faire exploser la colère sociale, notamment avec des prix du carburant historiquement hauts. A moins de un an des élections, et alors que le flou demeure autour du futur candidat du bloc central plus délité et confus que jamais, aucun groupe politique ne souhaite prendre trop de risques sous peine de le payer très cher dans quelques mois. Nul doute que cette mesure exceptionnelle de « reprendre » 2 milliards au patronat, alors que tous les derniers budgets ont été marqué par la sanctuarisation des cadeaux aux patrons, a quelque chose à voir avec la pression des élections à venir. Mais que la bourgeoisie se rassure, ces 2 milliards sont bien loin des plus de 200 milliards de cadeaux publics annuels au patronat.
Faire payer la crise aux travailleurs au nom de la situation internationale
Le gouvernement justifie cette nouvelle austérité dans les dépenses publiques par les impacts de la guerre en Iran, et en particulier de la fermeture du détroit d'Ormuz qui a fait s'envoler les prix des carburants. Ainsi, David Amiel, Ministre de l'Action et des comptes publics, parlait déjà fin avril d'une « situation géopolitique instable au Moyen-Orient » qui va impliquer « un coût pour les finances publiques de 6 milliards d'euros ».
Mais cette argumentation masque l'essentiel : ce sont déjà les classes populaires qui paient directement les conséquences de l'inflation. Alors que la hausse des prix du gaz est effective depuis le 1er mai avec une hausse de 15%, les répercussions sur le carburant, les transports et de nombreux produits de consommation vont de plus en plus se faire sentir. C'est l'ensemble des conditions de vie des travailleurs qui est en train de se détériorer, et le gouvernement a décidé de continuer à aggraver cette situation avec encore plus d'austérité.
Face à cette situation, le gouvernement ne propose que des mesures dérisoires pour les salariés comme la revalorisation du SMIC de 2,4% au 1er juin, qui est automatique dès lors que l'inflation dépasse les 2%. Alors que le prix d'un plein a doublé, tout ce que l'État propose c'est une augmentation de 35€ par mois. Même pas de quoi remplir un panier de courses pour une famille.
En revanche, la destruction des services publics ne s'arrête pas. La Drees, le service statistique du ministère de la santé, a publié une étude ce 2 juin 2026 révélant que la durée d'attente aux urgences ne fait qu'augmenter. En effet, la durée médiane d'attente aux urgences a augmenté d'une heure en 10 ans, passant à 3h10 d'attente. Et lorsque les patients doivent être hospitalisés, la moitié des cas passent désormais plus de 6h30 aux urgences. Voici les conséquences concrètes des baisses de budget pour la santé : des fermetures de lits et des suppressions de postes qui entraînent la saturation des hôpitaux, la dégradation de la prise en charge des usagers et des conditions de travail pour les soignants.
Préparer tant bien que mal un budget 2027 sous haute tension
Signe que cette nouvelle cure d'austérité n'est qu'une étape, Bercy a également missionné quatre économistes pour préparer le budget 2027 et identifier de nouvelles pistes de réduction de la dépense publique. Sans surprise, le gouvernement s'est tourné vers des profils largement acquis aux recettes libérales qui dominent depuis des décennies : réduction de la dépense publique, recherche de gains de productivité et poursuite des réformes structurelles.
Alors que les classes dominantes rencontrent de plus en plus de difficultés à trouver un chemin pour aller au bout de leurs politiques austéritaires et anti-ouvrières, elles cherchent à légitimer leurs attaques sous un langage technocratique et une fausse légitimité scientifique. Avant même l'élection présidentielle 2027 qui doit être un tournant pour elles, le budget 2027 s'annonce comme une nouvelle épreuve pour le gouvernement, afin de continuer à faire payer la crise aux travailleurs. Et en attendant, le gouvernement tente de continuer ses attaques par d'autres moyens.
Contre l'austérité et la militarisation, il est urgent de construire une réponse ouvrière sur le terrain de la lutte de classe, capable de rompre avec ce régime pourrissant et de défendre les intérêts du monde du travail.