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Répression de l'antifascisme : le gouvernement veut dissoudre l'organisation lilloise Front de Rue

Wed, 03 Jun 2026 19:31:45 CEST

Révolution Permanente

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En annonçant simultanément la dissolution de l'organisation antifasciste Front de Rue et du groupuscule identitaire Patria Albiges, le gouvernement cherche à se dissocier de l'extrême droite pour mieux réprimer la gauche. Solidarité face à la répression d'État !

Ce mardi 3 juin, le gouvernement a annoncé son intention de dissoudre deux organisations : Patria Albiges, un groupuscule identitaire d'extrême droite implanté dans le Tarn, et Front de Rue, une organisation antifasciste présente notamment à Lille et dans le Nord. Une décision scandaleuse présentée par l'exécutif comme une nouvelle étape dans la lutte contre les « groupes violents ultra ou extrêmes », mais qui s'inscrit surtout dans une politique consistant à renvoyer dos à dos l'extrême droite et ceux qui la combattent.

Créé en 2021 à la suite de la dissolution de Génération identitaire, le groupe Patria Albiges s'est construit dans la continuité directe de la mouvance identitaire en se présentant comme un « mouvement de jeunesse » luttant contre l'immigration, l'islamisme ou encore le « wokisme ». Le groupuscule s'est également illustré par plusieurs faits de violence. En 2025, onze militants proches de l'organisation ont été condamnés après avoir participé à une expédition punitive contre un militant antifasciste à Albi. Leur porte-parole, Lorenzo Bodin, avait déjà été condamné en 2023 à huit mois de prison avec sursis pour des violences commises contre deux syndicalistes. Fondé par Clément Cabrolier, fils d'un ancien député du Rassemblement national, Patria Albiges entretient également des liens avec plusieurs organisations de la galaxie identitaire et apparaît comme l'un des héritiers directs de Génération identitaire.

Laurent Nunez a également décidé de dissoudre l'organisation antifasciste Front de Rue implantée dans le Nord, notamment à Lille. En annonçant simultanément les deux dissolutions, le gouvernement cherche avant tout à se dissocier de l'extrême droite pour mieux réprimer la gauche, alors même que ce même gouvernement avait adhéré au récit victimaire et fallacieux de l'extrême droite autour de la mort du militant néonazi Quentin Deranque en février dernier. En se plaçant en juge responsable face au « danger des extrêmes », le gouvernement poursuit sa répression des organisations de gauche radicale et antifascistes et, au-delà, la criminalisation des partis de gauche institutionnelle qui le dérange, comme la France insoumise.

Lire aussi : Dissolutions : Nuñez va dissoudre des groupes d'extrême-droite pour mieux réprimer la gauche

Cette nouvelle vague de dissolutions s'inscrit dans la continuité de l'offensive engagée ces derniers mois contre l'antifascisme. Au printemps, Laurent Nuñez avait déjà lancé des procédures visant plusieurs « émanations » locales de la Jeune Garde, dans le prolongement de la dissolution nationale de l'organisation prononcée en 2025. Une offensive qui a franchi une nouvelle étape avec la décision récente du Conseil d'État de rejeter le recours déposé par la Jeune Garde contre sa dissolution, validant ainsi la politique répressive du gouvernement.

Cette opération intervient alors même qu'une nouvelle loi séparatisme est en cours d'examen à l'Assemblée nationale. Présentée comme un outil destiné à lutter contre l'islamisme, cette nouvelle version de la loi de 2021 vise surtout à approfondir les mécanismes répressifs déjà existants. Parmi les nombreuses mesures répressives de la loi contre les organisations jugées dangereuses par l'Etat, on retrouve un élargissement des motifs de dissolution, un renforcement du contrôle administratif des associations ou encore de nouvelles possibilités d'interdiction.

Cette loi va donc faciliter les dissolutions d'organisations qui se sont déjà multipliées sous les deux mandats de Macron. Ont notamment été visés des collectifs musulmans, des organisations de solidarité avec la Palestine, des groupes antifascistes ou encore des mouvements écologistes.

Face à un groupe comme Patria Albiges, il peut être tentant de se réjouir de sa dissolution. Cependant, en acceptant ces mesures coercitives, on légitime de fait la capacité du gouvernement à réprimer les groupes politiques qu'il juge dangereux. Or, l'expérience récente est éclairante car chaque fois que le gouvernement dissout un groupe d'extrême droite, il s'en sert pour justifier ensuite des attaques contre le mouvement social. C'est précisément ce mécanisme qui était déjà à l'œuvre lors des débats autour de la dissolution de Némésis.

L'enjeu est donc de ne pas entretenir d'illusions sur le rôle de l'État. A rebours de certains secteurs de la gauche qui revendiquent davantage de dissolutions, il faut construire un rapport de force indépendant de l'État pour lutter contre la multiplication des groupuscules d'extrême droite en tout genre. Face à la montée des idées réactionnaires, la seule réponse efficace reste l'organisation à la base, l'auto-défense des mobilisations, la solidarité entre organisations syndicales, associatives et politiques, et la construction d'un front capable de faire reculer à la fois les groupes réactionnaires et l'offensive autoritaire du gouvernement. Non à la dissolution de Front de Rue ! Solidarité face à la répression !

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