Retour

Bolivie : la mobilisation et l'auto-organisation s'étendent malgré l'attentisme des directions syndicales

Wed, 03 Jun 2026 19:48:10 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Lors d'une réunion dimanche 31 mai et lors de l'assemblée de mardi 2 juin, ouverte à toutes les organisations en lutte, la centrale ouvrière bolivienne (COB) appelle à la poursuite des barrages routiers jusqu'à la démission de Paz, mais elle n'œuvre toujours pas à construire la grève générale illimitée, alors que l'exécutif envisage une répression militaire.

Après un mois de révoltes ouvrières et paysannes contre le président de droite Rodrigo Paz, différents secteurs en lutte se coordonnent pour faire tomber le gouvernement. Dans ce contexte, des milliers d'ouvriers, de paysans, de voisins et de secteurs populaires se sont réunis ce mardi dans une assemblée ouverte massive, convoquée par les conseils de voisinage de la ville de El Alto, avec une importante impulsion des comités de blocage et de mobilisation, avec parmi eux le Comité de coordination des blocus du District 8. La concentration a réuni des délégations des 20 provinces aymaras de La Paz avec la Fédération Tupac Katari, des organisations paysannes, notamment de femmes avec les Bartolinas, des organisations indigènes comme la CONAMAQ, des syndicats de travailleurs de Luz y Fuerza, le Conseil Central des Fédérations et Associations d'Artisans de El Alto, des ouvriers manufacturiers, travailleurs de la Fédération syndicale des travailleurs miniers de Bolivie, la COB, les transporteurs, les comités de quartier et différents secteurs qui animent les journées de lutte, blocus et mobilisations qui traversent le pays.

La massivité des assemblées a montré l'énorme potentiel existant dans les multiples formes d'auto-organisation qui ont émergé au cœur de la lutte. En ce sens, la proposition d'avancer vers une coordination des différents comités et organisations, capable d'articuler les efforts, de centraliser les décisions et de renforcer l'intervention indépendante des travailleurs et des classes populaires mobilisés, a commencé à prendre de l'ampleur. L'unité d'action entre les secteurs ouvriers, paysans, de quartier et populaires, qui ont soutenu des blocus, des marches et des mobilisations en différents points du pays, apparaît aujourd'hui comme l'une des principales forces du processus de lutte et une condition indispensable pour affronter les tentatives du gouvernement d'épuiser ou de diviser le mouvement.

En plus de cela, de nombreux représentants ont fait valoir que la situation a atteint un point où il ne suffit plus de maintenir les mesures actuelles. Le gouvernement ne parvient pas à mettre un coup d'arrêt à la mobilisation populaire, mais il ne recule pas non plus. Un équilibre instable s'est ainsi créé, qui ne peut être résolu que par une intervention plus décisive de la classe ouvrière organisée.

Les bureaucraties syndicales tentent de freiner la mobilisation

Le 1er mai, la centrale ouvrière bolivienne (COB) appelait déjà à une grève générale illimitée, mais sans mettre son appareil au service de la construction effective de cette grève. Un mois s'est écoulé, avec près de 90 barrages routiers chaque jour dans tout le pays. La police a procédé à des centaines d'arrestations, dont des dirigeants syndicaux, et la répression menée par le gouvernement a tué 7 personnes. Au cours de la réunion de ce dimanche 31 mai, les représentants des comités de quartiers et des assemblées locales ont été clairs : « La COB doit contribuer à rendre la grève générale effective. »

Pendant l'assemblée de mardi 2 juin, ainsi qu'au cours de la réunion convoquée par la COB ce dimanche 31 mai, les représentants ont exprimé leur rejet unanime des négociations mises en place par Rodrigo Paz pour calmer la mobilisation. Sous la pression de leur base et des différents secteurs mobilisés, la COB s'était déjà résolue à renoncer à aller à ouvrir un dialogue avec le gouvernement. Les assemblées ont également rappelé que, malgré la campagne de désinformation, les points de blocage des routes du pays laissent passer les ambulances et le matériel sanitaire. La confédération syndicale a ainsi maintenu son appel à la démission du président et son refus de tout dialogue avec le gouvernement.

Ce dimanche 31 mai, la Fédération des ouvriers agricoles « Tupac Katari » a également organisé une assemblée générale à El Alto, la deuxième ville la plus peuplée de Bolivie. De leur côté, leurs camarades de La Paz, la capitale politique du pays, exigent la libération des personnes arrêtées par la police, par la voix de leur avocat Gabriel Justiniano : « Plus de dix personnes sont toujours enfermées dans la prison de San Pedro. Pour qu'il puisse y avoir un dialogue avec le gouvernement, il est nécessaire de les libérer. »

Plusieurs groupes indépendants ont participé à ces deux assemblées. Le comité de quartier du District 8 d'El Alto, par exemple, a défendu un projet de lutte unitaire. Comme l'expliquent nos camarades de la LOR-CI, l'organisation soeur de Révolution Permanente en Bolivie : « Lors de l'assemblée de la COB, ils ont expliqué que, face à la crise que traverse le pays, l'impasse ne pouvait être résolue que par une intervention forte de l'ensemble des travailleurs et des secteurs en lutte, sous la forme d'une grève générale. D'autres comités de quartiers se sont ralliés à cette position. »

L'auto-organisation, facteur déterminant pour étendre le mouvement

Après seulement six mois de gouvernement néolibéral, les luttes en cours en Bolivie ont un caractère historique. Le pays connaît sa pire crise économique depuis les années 1980, avec un taux d'inflation annuel à 14% le mois dernier, et de nombreuses pénuries. Les classes dominantes, représentées par Rodrigo Paz, veulent faire payer la crise à la classe ouvrière et aux petits paysans, par la force si nécessaire. Le parlement bolivien a autorisé mardi 26 mai Rodrigo Paz à instaurer l'état d'urgence dans le pays, ce qui ouvre la voie à un recours à l'armée pour réprimer les mobilisations, et une attaque grave contre les libertés politiques et syndicales.

Pour faire reculer les classes dominantes, l'enjeu pour les travailleurs et les classes populaires du pays sera d'avancer dans la coordination de tous les comités de grève, de tous les barrages routiers et de tous les cadres de mobilisation qui ont surgi dans le pays. Cette coordination sera indispensable pour maintenir la pression sur les directions syndicales et empêcher toute trahison, ainsi que pour limiter l'usure inévitable de ceux qui se mobilisent et étendre la mobilisation à de nouveaux secteurs de la population.

Une coordination démocratique de ce type, qui organise véritablement la grève générale jusqu'à la démission de Rodrigo Paz, peut devenir un point d'appui très important en vue d'établir un gouvernement provisoire des organisations en lutte. En 1971, l'Assemblée populaire, composée d'ouvriers, de paysans, et d'étudiants, a occupé le Parlement bolivien et ont commencé à siéger. Un véritable double pouvoir qui aurait pu aboutir à une situation révolutionnaire. Cette expérience est la preuve que les organisations et les comités en lutte aujourd'hui peuvent défendre une stratégie alternative à celle que propose la COB, qui conduira in fine le mouvement dans le mur, et jouer un rôle central dans la mobilisation qui permettra non seulement d'obtenir le renversement du gouvernement Paz mais aussi d'imposer des revendications fortes et à la hauteur de la crise que traverse le pays.

Lire aussi : Révolte en Bolivie : « Il faut une coordination nationale des secteurs en lutte pour dégager Paz »

/ / / / /