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Sous-traitance ferroviaire : « On nous met la pression parce qu'ils savent qu'on ne peut pas refuser »

Tue, 02 Jun 2026 19:50:15 CEST

Révolution Permanente

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Ancienne intérimaire chez Triangle pour le compte de Newrest, sous-traitant de la SNCF, Sarah* a témoigné pour Révolution Permanente des conditions de travail qu'elle a connues dans le secteur ferroviaire entre précarité, pression permanente et désorganisation.

Pendant près de deux ans, Sarah a travaillé comme intérimaire pour l'agence Triangle, qui fournit du personnel à Newrest, l'un des sous-traitants pour la restauration à la SNCF. À travers son témoignage, elle décrit un fonctionnement où la précarité est utilisée pour maintenir les travailleurs sous pression.

« Quand je suis arrivée, je sortais du chômage, j'étais contente d'avoir du travail », raconte-t-elle, d'autant plus qu'« au début, on nous donne beaucoup de travail pour nous faire rester ». Les missions s'enchaînent alors rapidement. « On nous donnait notamment beaucoup de gros trains », explique Sarah. Ces missions sont particulièrement recherchées car elles permettent d'obtenir des primes qui représentent une part importante du salaire des intérimaires. Mais cette situation ne dure pas et la concurrence entre travailleurs se fait vite ressentir. « Après, il faut leur courir après pour avoir du travail et on voit vite qu'il y a des préférences entre les intérimaires. Il faut les harceler par téléphone pour avoir nos plannings : ils peuvent t'appeler et te demander de partir dans 30 minutes. Ils font en sorte qu'on soit à leur botte ! »

Entre la difficulté à obtenir des missions et des plannings communiqués au dernier moment, souvent seulement trois jours à l'avance, l'incertitude permanente pèse lourdement au quotidien. « C'est impossible d'organiser une vie personnelle dans ces conditions », explique-t-elle. Même prendre des congés devient problématique : « Prendre des vacances, c'est mal vu. On prend le risque de ne plus être rappelés. » Une réalité régulièrement dénoncée par les travailleurs précaires, contraints de faire passer les exigences de l'entreprise et la nécessité de conserver un emploi avant l'organisation de leur vie personnelle ou familiale. Elle dénonce le fait que même en faisant ce travail à plein temps, et peu importe l'ancienneté, même 35 heures par semaine n'étaient jamais assurées. D'autant plus que les inégalités sont très fortes, comme le raconte Sarah, certains collègues pouvaient au contraire être débordés de travail. « Pourquoi ce stress permanent ? T'es dans un stress permanent, t'es sur un siège éjectable ! »

Pour Sarah, cette situation n'est pas un hasard. Elle estime que l'entreprise entretient volontairement cette précarité afin de maintenir un rapport de force largement en faveur de l'employeur. « Ils nous mettent sous pression parce qu'ils savent qu'on ne peut pas refuser. On a besoin d'argent. » Sarah décrit ainsi une atmosphère particulièrement anxiogène, qui pèse sur le quotidien et la santé mentale des salariés.

Elle dénonce également une gestion qu'elle juge « catastrophique ». « L'organisation, la façon dont on nous parle et dont on nous traite, c'est zéro », dit-elle, expliquant que c'est notamment ce qui l'a poussée à quitter le secteur : « j'aimais le travail mais cette gestion, c'était pas une vie ! » De plus, cette pression permanente ne s'accompagne jamais d'aucune reconnaissance. Alors que les agents sont régulièrement contraints d'accepter des changements ou des missions de dernière minute, leurs efforts ne leur offrent jamais la moindre sécurité. « T'es jamais récompensé quand tu les dépannes, mais par contre quand tu fais une bourde, c'est ciao » nous résume-t-elle, mettant en lumière un système qui fait de la précarité un outil de gestion de la main-d'œuvre et de mise au pas des travailleurs.

Le témoignage de Sarah montre qu'avec l'accélération de l'ouverture à la concurrence à la SNCF et dans le secteur du rail et sous couvert de promesses d'efficacité et de flexibilité ce sont les travailleurs qui paient au prix fort. Le recours croissant à la sous-traitance et à l'intérim contribue à dégrader les conditions de travail et la précarité de l'ensemble des salariés du secteur, pour les cheminots et plus encore pour les agents de la sous-traitance.

*Le prénom a été modifié.

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