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Ouverture à la concurrence : à Fontenay-aux-Roses, les chauffeurs en grève face au repreneur ATM

Tue, 02 Jun 2026 21:30:57 CEST

Révolution Permanente

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Du 1er au 7 juin, les agents du dépôt ATM de Fontenay-aux-Roses sont appelés à la grève par la CGT, FO et la CFDT. Seul l'UNSA a décidé de ne pas y appeler. Salaires, droits sociaux, droit de grève attaqué : dans ce dépôt symbole de l'ouverture à la concurrence, la colère éclate.

Ce lundi 1er juin 2026, dès 4h30 du matin, un piquet de grève s'est organisé devant le dépôt, où une quinzaine de membres de l'encadrement et de la direction d'ATM se sont présentés au dépôt de bus de Fontenay-aux-Roses. Une grève est appelée par l'intersyndicale CGT, FO et CFDT, sauf l'UNSA qui a choisi de ne pas y appeler. Prévu jusqu'au dimanche 7 juin, le mouvement prend notamment la forme d'arrêts de travail de 59 minutes.

Le dépôt de Fontenay-aux-Roses est le premier dépôt passé à la concurrence, dans le cadre d'une délégation de service public, à connaître une grève depuis le transfert de son exploitation. C'est le 1er mars dernier que l'opérateur italien ATM est venu remplacer la RATP sur dix-huit lignes de bus. Alors que l'ouverture à la concurrence est présentée comme une simple réorganisation technique, ce conflit montre ce qu'elle signifie concrètement pour les agents : salaires incompréhensibles, droits sociaux fragilisés, pression managériale et dégradation du service public.

Dans ce dépôt qui compte environ 650 salariés, la mobilisation part d'une colère accumulée depuis la reprise du site par ATM. En quelques mois, les agents décrivent une dégradation brutale de leurs conditions de travail, une multiplication des procédures disciplinaires (une soixantaine de procédures auraient été engagées depuis l'arrivée d'ATM selon les syndicats) et un non-respect du « sac à dos social », pourtant censé protéger les droits transférés après l'ouverture à la concurrence. Le mouvement rassemble des agents syndiqués et non syndiqués. « Depuis l'arrivée d'ATM, on a l'impression que tout ce qui devait être garanti par le sac à dos social est remis en cause. Les enfants malades, les proches aidants, les fiches de paie : tout devient flou, tout devient une bataille », explique un machiniste-receveur.

Selon les remontées syndicales, de très nombreux agents seraient concernés par des anomalies sur les fiches de paie, sans disposer d'outils fiables pour vérifier précisément les montants versés. Plusieurs salariés estiment subir un manque à gagner très important. « On conduit tous les jours, on assure le service, mais on n'est même pas capables de vérifier correctement ce qu'on nous paie. Quand il manque 200, 300 ou 400 euros, ce n'est pas un détail. C'est le loyer, les courses, les factures », témoigne une militante CFDT.

La colère dépasse les seuls machinistes. Du côté de la maintenance, les agents dénoncent un manque de pièces, de moyens et d'équipements de protection individuelle. Là encore, les salariés décrivent une organisation où l'exploitation continue malgré des alertes répétées. Les mainteneurs seraient contraints de travailler dans des conditions dégradées, avec des moyens insuffisants pour assurer correctement leurs missions. De plus, la présence d'environ 70 intérimaires sur le site interroge également les organisations syndicales. Dans un dépôt marqué par le début de la privatisation, ce recours important à l'intérim pose la question de la précarisation du travail et de l'organisation réelle de l'exploitation.

Ce climat s'est encore durci avec les premières déclarations de grève. Des machinistes affirment avoir vu le directeur du site déchirer des bulletins de déclaration individuelle. Pour les agents, ce geste n'a rien d'un simple emportement : il s'agit d'une provocation ouverte contre un droit fondamental. Dans le transport public, les salariés doivent déjà respecter un cadre strict pour se déclarer grévistes. Voir un responsable arracher ou détruire ces documents revient, aux yeux des grévistes, à piétiner concrètement l'exercice de ce droit.

Les agents dénoncent aussi des menaces physiques particulièrement graves de la part du même directeur. D'après les syndicats, celui-ci chercherait régulièrement la confrontation de très près, en réduisant volontairement la distance avec certains salariés. L'un de ces épisodes aurait visé un militant CGT, face auquel il se serait placé front contre front, à seulement quelques centimètres. « Nous avons vu le directeur du site venir se placer à quelques centimètres d'un militant CGT, front contre front ou presque. Ce n'est pas du dialogue. C'est de l'intimidation. On parle de salariés, pas de gens qu'on peut provoquer physiquement pour les faire craquer », nous disent certains agents.

Tous ces éléments s'inscrivent dans une logique patronale plus large : discipliner les salariés transférés, isoler les militants, casser la confiance collective et faire comprendre que la contestation aura un prix. Quand une direction répond aux déclarations de grève par la provocation, aux revendications salariales par l'opacité et aux alertes des agents par la pression disciplinaire, elle montre le vrai visage de la concurrence dans les transports : une offensive contre les droits et contre celles et ceux qui les défendent.

La question du service rendu aux usagers est également posée. Plusieurs plateformes d'accès pour les personnes à mobilité réduite seraient hors service sur des bus en circulation. Pour les agents, laisser sortir des véhicules dans cet état revient à exclure concrètement des usagers en fauteuil roulant ou à mobilité réduite du service public de transport. « On nous parle de continuité du service, mais quel service public quand des bus sortent avec des plateformes PMR hors service ? Les premières victimes, ce sont les usagers les plus fragiles », souligne un militant CGT.

Ce conflit doit servir d'avertissement pour tous les dépôts concernés par l'ouverture à la concurrence. Fontenay-aux-Roses n'est pas une exception : c'est un laboratoire. Un lieu où les nouveaux opérateurs testent leurs méthodes dépôt par dépôt, en espérant imposer l'opacité salariale, la remise en cause des droits et le management par la peur avant que les agents ne puissent construire un rapport de force.

Dans un secteur fragmenté par la concurrence, la grève de Fontenay-aux-Roses pose une question centrale : laisser chaque dépôt affronter seul les attaques ou construire une riposte collective pour en finir avec l'ouverture à la concurrence. Pour les agents, il ne s'agit pas seulement de défendre quelques acquis isolés, mais de faire respecter leurs droits, leurs salaires, leur dignité au travail et construire un réseau de transport sous le contrôle direct des travailleurs.

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