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« Gang des blacks » : à Bondy, des lycéens se mobilisent contre le racisme au lycée Jean Renoir

Tue, 02 Jun 2026 19:53:15 CEST

Révolution Permanente

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Depuis le 4 mai, des élèves du lycée Jean Renoir à Bondy (93) se mobilisent pour dénoncer les violences racistes et islamophobes subies par des élèves et personnels au sein de l'établissement. Une mobilisation réprimée par la direction du lycée et la police.

« On a raison de se révolter », « dehors racistes », « on est légitime, à être ici, à être scolarisé·e·s », c'est en exprimant une grande colère et détermination que les élèves du lycée Jean Renoir à Bondy (93) se sont mobilisés par deux blocus devant leur établissement les 4 et 18 mai pour dénoncer les violences racistes systémiques subies par un grand nombre d'élèves et de personnels.

Les lycéens mobilisés dénoncent de nombreux propos racistes et islamophobes, visant des élèves et des personnels de l'établissement

À l'origine de cette mobilisation, la publication d'un enregistrement audio sur les réseaux sociaux dans lequel on entend la conseillère principale d'éducation de l'établissement désigner une élève comme faisant partie « du gang des black ». Des propos racistes choquants face auxquels les élèves se sont rapidement organisé·e·s en créant une page Instagram pour récolter des témoignages similaires dans l'établissement. « On n'est pas dans ton pays ici, tu ne fais pas comme tu veux », « on aurait dit que tu vends de la drogue au pont de Bondy », de très nombreux témoignages ont afflué et démontré le caractère répété de ces violences racistes. Les victimes sont très souvent des filles musulmanes ou supposées telles : « Les voilées vous n'avez pas le droit, on devrait vous les arracher », « alors que vous les filles, soit vous serez des femmes au foyer… »

D'anciens personnels ont également témoigné avoir été victimes de remarques racistes pour avoir voulu déposer une demi-journée le jour de l'Aïd. Sur Ici Paris Île-de-France, une enseignante d'anglais, solidaire avec les élèves et présente avec d'autres collègues pour les soutenir sur le blocus, raconte les nombreuses remarques racistes, sexistes, et validistes qu'elle a elle-même déjà subi : « On est facilement à même de croire les paroles des victimes parce que ça nous est arrivé à nous aussi. J'ai eu des moqueries par rapport à du handicap, par rapport à mes origines, par rapport à qu'est-ce que le vêtement que je porte ce jour-ci dit de moi ? »

Face à la détermination lycéenne, la réponse répressive de l'institution et la nécessité de combattre l'islamophobie et le racisme

Suite au premier rassemblement des lycéen·e·s mobilisé·e·s, la réponse du proviseur s'est voulue répressive, menaçant de porter plainte pour diffamation. Pourtant, si la CPE a été suspendue à la suite de la première mobilisation, c'est le proviseur, malgré sa volonté d'étouffer toute expression lycéenne, qui a été chargé par le rectorat de recueillir les témoignages dans l'établissement pour faire la lumière sur les faits !

Non seulement les revendications des lycéen·e·s ont été ignoré·e·s, mais c'est la BRAV-M qui a ensuite été déployée pour réprimer sévèrement la manifestation du 18 mai, conduisant au gazage des lycéen·e·s et à l'interpellation d'une élève. Ces derniers dénoncent également les appels aux parents et les menacent de conseils de discipline et de plainte que fait peser sur eux la direction pour étouffer la mobilisation.

Une répression policière et institutionnelle féroce qui montre une fois de plus que le racisme n'est pas un fait isolé et individuel, mais systémique et relayé y compris par l'institution scolaire. On ne peut en effet comprendre ce phénomène sans saisir le rôle qu'a pu jouer la multiplication des lois islamophobes et racistes : loi de 2004 qui interdit le port des « signes religieux » à l'école, « loi séparatisme », « circulaire abaya », renforcement des signalements pour atteinte à la laïcité, et même, dans certains cas, « fichage » des élèves musulman·e·s ou assimilé·e·s comme tel·le·s...

Certains enseignant·e·s sont poreux à la pression de l'institution et à l'islamophobie d'Etat, s'en faisant parfois le relai actif. À Jean Renoir, d'après les témoignages des élèves et de certain·s enseignant·e·s, la salle des profs et les assemblées générales apparaissent scindées entre une partie soutenant les élèves, et une autre partie qui apporte, dans un réflexe corporatiste, un soutien inconditionnel à la CPE, cautionnant de fait ses propos. Une pétition a même été publiée par certain·e·s enseignant·e·s niant tout fait de racisme dans le lycée et qualifiant la mobilisation lycéenne de « campagne de dénigrement ». Ce qui les amène non seulement à s'appuyer sur l'institution et la police pour réprimer les élèves, mais également à reproduire des comportements violents à l'encontre de leurs collègues racisé·e·s.

Médiapart rapporte ainsi le témoignage d'une enseignante devant quitter l'assemblée générale après les minimisations des violences racistes par ses collègues : « Des personnes non blanches se sont levées et ont quitté la salle, parfois en claquant la porte, comme cela a été mon cas. Parce qu'elles étaient blessées dans leur humanité, parce qu'elles étaient indignées et bouleversées par les propos tenus. »

Dans un secteur comme l'Éducation nationale, marqué depuis des décennies par des offensives islamophobes répétées, il n'est pas étonnant que le racisme se soit normalisé dans certains secteurs du corps enseignant. Pour mener la lutte anti-raciste dans l'éducation, il est indispensable de combattre cette islamophobie en démontrant qu'elle nourrit le racisme et détourne la colère sociale vers de faux responsables.

Le problème n'est pas l'immigration ou les étrangers, mais les institutions et le capitalisme, qui cherchent des boucs émissaires à la crise afin de diviser notre classe. Dans le même temps, ces divisions servent précisément les intérêts de l'institution, en faisant obstacle aux mobilisations communes des personnels et des élèves, qui partagent pourtant des intérêts communs : mettre fin aux oppressions et obtenir de meilleures conditions d'enseignement et d'apprentissage.

Crédits photo : capture d'écran

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