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Menaces contre Mathilde Panot : face à l'extrême droite, faire front en indépendance de l'État !

Tue, 02 Jun 2026 18:34:51 CEST

Révolution Permanente

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En été 2025, l'ancien chef de l'OAS, groupuscule d'extrême droite, a menacé Mathilde Panot en divulguant son adresse personnelle. L'annulation de la procédure engagée par la députée insoumise illustre une nouvelle fois une justice qui protège l'extrême droite et rappelle la nécessité de construire une mobilisation large et par en bas pour y faire face.

Alors que Rima Hassan subit une énorme vague de répression et sera jugée le 7 juillet prochain pour son soutien au peuple palestinien, que Rachel Kéké est en passe de se faire licencier en raison de son engagement syndical et politique, et que Bally Bagayoko subit une campagnes raciste incessante depuis son élection à Saint-Denis, l'annulation le 16 mai dernier par la justice d'une procédure demandée par Mathilde Panot et visant la figure de l'extrême droite radicale Logan Nisin fait ressurgir l'affaire.

Ancien dirigeant de l'Organisation des armées sociales (“OAS”), un groupuscule néofasciste fondé en 2017 en référence explicite à l'Organisation armée secrète - groupe partisan de l'Algérie française responsable de plus de 20 000 attentats et de centaines de morts en France comme en Algérie dans les années 1960 -, Nisin avait d'abord été condamné en octobre 2021 à 9 ans de prison pour « association de malfaiteurs terroriste ». Le procès portrait sur la préparation d'actions violentes de l'organisation contre des mosquées, des commerces tenus par des musulmans, ainsi que contre des personnes désignées comme arabes, noires ou immigrées, dans la perspective assumée et ultraréactionnaire d'une « remigration ».

Or, après que Jean-Luc Mélenchon ait déjà ciblé par l'OAS à ses débuts, quelques semaines après la sortie de prison de Logan Nisin à l'été 2025, Mathilde Panot explique qu'il a diffusé sur internet plusieurs photographies et informations permettant d'identifier son adresse personnelle, l'obligeant même à [déménager en urgence après ces publications. Son avocate a aussi souligné que Nisin menait depuis plusieurs mois une campagne de harcèlement politique à son encontre sur les réseaux sociaux en diffusant notamment des « montages représentant Mme Panot recevant des coups de poing » par IA.

Cependant, cette procédure a été annulée pour des raisons de forme liées à la rédaction du dossier, sans que le fond des accusations soit examiné : une nouvelle démonstration du deux poids deux mesures entre l'indulgence dont bénéficient fréquemment les militants et organisations d'extrême droite devant la justice, et la sévérité avec laquelle y sont traités les militants écologistes, antifascistes, pro-palestiniens et l'ensemble des mouvements sociaux en général.

L'État et la justice ne sont pas nos alliés contre l'extrême droite

À la suite de cette annulation de procédure, Mathilde Panot a donc demandé au parquet d'Aix-en-Provence de relancer les poursuites en corrigeant les irrégularités procédurales relevées par le tribunal.

Plusieurs responsables insoumis ont également exigé une reprise immédiate des poursuites contre Logan Nisin. Louis Boyard a dénoncé le parquet qui a fait sortir un « terroriste dangereux » et mis en danger sciemment la vie de Mathilde Panot. Ségolène Amiot, Marie Mesmeur, Ugo Bernalicis ou encore Clémence Guetté ont également appelé à une intervention rapide de la justice et interpellé le procureur de la République à « urgemment agir » et « reprendre les poursuites sans délai ».

Pourtant, on ne viendra pas à bout de l'extrême droite en s'en remettant à l'appareil judiciaire. Tout comme l'appel à dissoudre administrativement le groupuscule d'extrême droite Némésis revient à légitimer un outil qui sert avant tout à frapper les organisations militantes, les associations et les mouvements de contestation, demander au procureur de durcir sa réponse pénale contre l'ancien dirigeant de l'OAS ne peut constituer une perspective politique crédible pour notre camp social.

Car l'appareil répressif de l'État est d'abord et avant tout conçu pour défendre l'ordre social existant. Et chaque fois que ses pouvoirs sont renforcés, ce sont les travailleurs, les militants, les jeunes des quartiers qui en subissent les conséquences. Renforcer les moyens de l'État au nom de la lutte contre l'extrême droite, c'est toujours renforcer les armes qui seront demain utilisées contre celles et ceux qui contestent l'ordre établi.

Notamment, dans son jugement contre l'OAS - pour « association de malfaiteurs terroristes », infraction façonnée pour élargir toujours plus le périmètre de la répression -, le tribunal évoquait une organisation cherchant à « déstabiliser les institutions », à « fracturer le corps social » et multipliait les références au risque de « passage à l'acte » ou aux « appels à la rébellion ». Or, ce sont précisément ces mêmes logiques sécuritaires qui servent régulièrement à criminaliser les mouvements sociaux, et notamment pro-palestinien.

Et plus généralement, la réponse pénale ne constitue jamais une stratégie permettant de faire reculer durablement l'extrême droite : on ne combat pas un courant politique en l'enfermant derrière les barreaux, pas plus qu'on ne fait disparaître les idées réactionnaires par des décisions de justice. D'ailleurs, l'emprisonnement de Logan Nisin n'a en rien mis fin à son engagement. À sa sortie de prison, il continue à se présenter comme un « militant nationaliste » et a publiquement remercié plusieurs organisations néofascistes pour leur soutien.

Enfin les institutions et la justice ne peuvent constituer un rempart solide contre l'extrême droite parce qu'elles participent elles-mêmes à la banalisation de ses thèmes de prédilection : lorsque Bruno Retailleau réclame la dissolution d'organisations antifascistes tout en reprenant à son compte les obsessions identitaires de l'extrême droite ; lorsque les soutiens du peuple palestinien sont poursuivis devant les tribunaux tandis que les discours racistes se banalisent sur les plateaux de télévision ; lorsque les manifestations sont réprimées au nom de l'ordre public pendant que les violences réactionnaires se multiplient.

Face à l'extrême-droite, faire front en indépendance de classe et de l'Etat

Nous exprimons notre solidarité avec Mathilde Panot, comme avec l'ensemble des militants, et organisations pris pour cible par les offensives de l'extrême droite.

Et c'est précisément parce que nous prenons au sérieux le danger qu'elle représente que nous refusons d'entretenir l'illusion selon laquelle les appareils répressifs qui répriment quotidiennement notre camp social et protègent l'ordre établi - la police, les tribunaux et les gouvernements - pourraient constituer un rempart pour la combattre.

Face à l'extrême droite, la seule perspective capable de nous protéger durablement est celle de la mobilisation indépendante des institutions et de la construction d'un rapport de force collectif par le bas face aux forces réactionnaires.

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