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Contre le génocide : à l'Efrei, des étudiants se mobilisent contre le partenariat avec Carrefour

Tue, 02 Jun 2026 14:18:42 CEST

Révolution Permanente

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À l'Efrei, école d'ingénieurs en informatique, des étudiants se mobilisent contre le partenariat entre leur école et Carrefour, entreprise complice de la colonisation israélienne. Face au silence de la direction, ils entendent poursuivre la mobilisation jusqu'au retrait du partenariat.

L'Efrei, école d'ingénieurs en informatique implantée à Villejuif et à Bordeaux, annonçait en janvier dernier sur LinkedIn un partenariat avec le groupe Carrefour. L'implication documentée depuis plusieurs années du groupe de la grande distribution dans l'occupation israélienne en Palestine a poussé les étudiants à se mobiliser contre ce partenariat.

Une pétition a été lancée par des étudiants de l'Efrei pour exiger la fin de cet accord avec une entreprise « complètement impliquée dans la colonisation israélienne ». Ces étudiants expliquaient leur démarche dans un entretien publié sur RP->https://www.revolutionpermanente.fr/Contre-la-colonisation-des-eleves-ingenieurs-denoncent-le-partenariat-de-l-Efrei-avec-Carrefour] : « Signer ce partenariat en 2026, avec une boîte dont on sait qu'elle est la cible d'un boycott, c'est injustifiable..

Carrefour, une entreprise qui tire profit de la colonisation en Cisjordanie

En effet, de nombreuses organisations de solidarité avec la Palestine, telles que Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS), ont souligné l'implication de Carrefour dans la colonisation israélienne. Ainsi en mai 2023, Alexandre Bompard, PDG de l'enseigne, se déclarait « fier d'inaugurer aujourd'hui 50 magasins en Israël ». Le groupe avait alors conclu des accords de franchise dans les colonies illégales israéliennes en Cisjordanie, afin d'écouler plus de 400 produits carrefour et de générer des profits pour la multinationale française.
Pire encore, après le 7 octobre, la branche israélienne de Carrefour avait directement soutenu la guerre génocidaire menée par Israël contre le peuple palestinien, en offrant des colis alimentaires gratuits aux soldats déployés à Gaza.

En 2024, contraint par une vague d'indignation publique, l'entreprise avait finalement décidé de retirer les produits de la marque carrefour des enseignes au sein des colonies israéliennes. Cependant, le groupe n'a jamais renoncé à ses accords de franchise, qui concernent aujourd'hui plus de 150 magasins, comme il le revendique sur son propre site internet, et qui continuent de lui générer des profits.

Face aux revendications des élèves, la direction fait l'autruche

Conscient du rôle de Carrefour et choqués de l'accord entre leur école et l'entreprise, les étudiants de l'Efrei ont commencé par contacter la direction de leur école par mail au travers d'une lettre qui justifie leur position et leur indignation.

La direction a simplement décidé d'ignorer cette lettre, ce qui a amené les étudiants mobilisés à rendre publique la situation en publiant leur lettre en ligne. Ce choix s'est avéré judicieux puisqu'un étudiant explique que « C'est seulement une fois que ça a pris une ampleur publique que la direction de l'école s'est manifestée ».

Dès lors, Frédéric Meunier, le directeur de l'Efrei a proposé une première rencontre avec les élèves mobilisés. Face aux revendications des étudiants, la direction a affirmé qu'elle n'était pas au courant des agissements de Carrefour, comme le relate Pierre-Hugo, dans une vidéo publiée sur la page Instagram du collectif « Étudiants pas complices ».

Selon le directeur, cette ignorance prouverait que la complicité du groupe avec la colonisation israélienne n'est pas de notoriété publique, et donc qu'aucune rupture de partenariat avec Carrefour n'était justifiée. L'étudiant ayant assisté à l'entretien raconte même que la direction n'a pas hésité à citer la multinationale chinoise Shein comme entreprise avec qui un partenariat serait véritablement inacceptable, dans la continuité de la polémique hypocrite de fin 2025->https://www.revolutionpermanente.fr/Shein-derriere-la-polemique-le-patronat-francais-cherche-a-defendre-ses-parts-de-marche2].

Des accords criminels et militaires qui s'enchaînent pour l'école

Au-delà de Carrefour, ce sont des dizaines d'entreprises privées qui sont partenaires de l'Efrei, dont un certain nombre de parties prenantes de la militarisation ou de la répression des classes populaires. On retrouve ainsi des noms comme Capgemini, grosse entreprise de services du numérique (ESN) française, qui a notamment développé des algorithmes pour faciliter la traque des étrangers par les milices racistes de l'ICE aux États-Unis. Le groupe d'armement français Thalès est lui aussi partenaire de l'école, quand bien même il « a vendu, entre 2018 et 2023, pour au moins 2 millions d'euros de composants électroniques et de systèmes de communication destinés à équiper des drones israéliens » comme le révélait en mars 2025 le média Disclose, documents commerciaux à l'appui, et dont le matériel « est susceptible de servir dans des bombardements contre des civils palestiniens ».

Ces accords dans le domaine de l'armement ne concernent pas uniquement le secteur privé. Ainsi, c'est aussi le Ministère des Armées lui-même qui se trouve parmi les partenaires affichés par l'école. En mai 2025, l'Efrei avait par exemple signé une convention avec la Garde nationale, un rapprochement qui viserait à « former des étudiants toujours plus engagés, ouverts au monde, aux expériences variées et utiles à la société » mais aussi à « conforter le lien armée-nation ». Dans ce but, l'école propose notamment une « préparation militaire au leadership », des « visites d'installations militaires », ainsi que des « exercices et simulations coordonnés par les forces ».

En mars 2026, Frédéric Meunier, le directeur de l'école, avait rempilé en signant une convention cadre avec le commissariat numérique de défense (CND), un organe de l'armée qui se donne pour mission « de doter les forces armées d'outils numériques robustes, capables de les accompagner en opération et de préparer les ruptures technologiques de demain ».

En signant cette convention, le directeur affirmait alors être « convaincu[s] qu'il est important pour l'Efrei de faciliter l'engagement de ses étudiants qui souhaitent s'engager dans les métiers de la Défense ». Cela, dans un contexte où « le besoin en compétences technologiques et numériques dans le domaine militaire prend toujours plus d'importance ».

Alors que le capitalisme français est en train de s'armer jusqu'aux dents dans un contexte de déclin international instable, les classes dominantes veulent s'assurer de mettre les compétences de la jeunesse et des travailleurs au service de leurs projets mortifères. Systèmes d'information, réseaux, intelligence artificielle, cybersécurité : chaque formation doit contribuer à la militarisation.

Un projet mortifère alors que, dans le même temps, l'impérialisme français, tout juste retiré du Sahel, continue d'armer Israël depuis le début du génocide et renforce sa présence militaire dans ses colonies.

Des accords stratégiques qui concernent l'ensemble de la filière

En réalité, les accords signés par la direction de l'Efrei se révèlent symptomatiques de dynamiques guerrières plus larges, qui impactent l'ensemble des écoles d'ingénieurs françaises. Comme l'illustrent les données recueillies par le collectif Entreprises Illégitimes dans l'Enseignement Supérieur (EIES), au sein de ces partenariats, on retrouve essentiellement des grands industriels français du CAC40, tels que la Société Générale, TotalEnergies ou encore Thalès – que nous citions plus tôt.

Pour autant, si ces accords prennent un caractère de plus en plus structurant, alors que l'État français dope les budgets de l'armée tout en prônant l'austérité budgétaire en matière de santé et d'éducation, il n'y a pas de fatalité à ce que les savoirs des futurs ingénieurs soient mis au service des guerres menées par les classes dominantes. C'est ce qu'ont bien compris les étudiants mobilisés de l'Efrei, qui n'ont pas l'intention de s'arrêter là. Dans un live Twitch du vendredi 29 mai, Pierre-Hugo, l'un des étudiants, a annoncé que les modes d'action contre le partenariat seront prochainement partagés sur la page Instagram du collectif. Afin de mettre au partenariat de leur école avec un groupe profondément empêtré dans la colonisation israélienne comme Carrefour, les étudiants comptent bien se faire entendre.

A l'image du collectifs étudiants comme « Insalien·ne·s en Lutte à Lyon », ou encore des travailleurs du sous-traitant en ingénierie Magellium-Artal à Toulouse, il va falloir construire une mobilisation large, articulant leur lutte à celles du mouvement ouvrier, pour imposer non seulement la transparence du contenu des partenariats, mais aussi la rupture de tous les accords avec des entreprises complices du génocide à Gaza.

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