Retour

Canicule dans les labos de l'ENS : « L'école fait plus attention aux machines qu'aux chercheurs »

Mon, 01 Jun 2026 16:55:02 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

34°C dans les laboratoires, exposition aux produits chimiques volatils : des étudiants et chercheurs de l'ENS Ulm témoignent des conditions de travail dégradées dans leur école pendant la canicule.

Durant la dernière semaine de mai, les travailleurs ont fait face à une canicule exceptionnelle à cette période de l'année, avec des températures atteignant les 34°C pendant 6 jours d'affilée. Dans le secteur de la recherche scientifique, des années d'austérité budgétaire ont fragilisé les conditions de travail au point que la canicule crée une situation dangereuse pour les chercheurs, renforcée par les effets de la chaleur sur les produits manipulés.

Ces dernières années, le gouvernement a imposé des coupes budgétaires massives dans l'enseignement supérieur et la recherche, notamment 1 milliard de coupes en 2025 et 400 millions supplémentaires en 2026. Les récents plans austéritaires du gouvernement Lecornu préparent eux aussi des coupes massives dans la recherche, avec l'annulation de 182 millions d'euros de crédits.

À l'ENS, les coupes budgétaires ont conduit à renoncer à l'adaptation des laboratoires aux vagues de chaleur liées à la crise climatique. Dans certains laboratoires qui ne sont pas climatisés, les thermomètres affichent des températures supérieures à 30°C, allant parfois jusqu'à 34°C. Une atmosphère étouffante dans laquelle doivent travailler les étudiants, stagiaires et chercheurs.

Laure*, chercheuse non permanente du département de chimie de l'ENS Ulm, témoigne : « Avec la blouse, les gants et les lunettes ça devient vite insupportable. On fait aussi beaucoup d'aller retours entre les différentes salles de manip et au bout d'un moment c'est très fatigant ». Des conditions qui les forcent à adapter leur manière de travailler afin d'éviter les malaises. « J'évite d'aller au laboratoire l'après-midi et je privilégie les tâches que je peux faire depuis mon bureau. Je prends beaucoup de retard sur mes expériences » raconte Nicolas*.

Cette situation oblige également les chercheurs à travailler dans un environnement dangereux. Nicolas* explique : « Certains solvants, dont certains sont inflammables, deviennent très volatils à cette température, ce qui rend les équipements de protection collectifs moins efficaces. On se retrouve à respirer des espèces potentiellement toxiques ou cancérigènes, parfois inodores donc indétectables ». Cette exposition augmentée aux produits chimiques volatils peut causer des risques pour la santé. Laure* en témoigne : « Dans un labo en pleine canicule, j'ai déjà eu des maux de tête en manipulant de l'ether qui s'échappe plus facilement de la sorbonne car trop volatile à ces températures ».

Des centaines de doctorants et chercheurs subissent la canicule de plein fouet à l'ENS du fait de l'austérité qui n'épargne aucun établissement de l'enseignement supérieur. Nicolas* témoigne de l'hypocrisie de l'institution qui se présente comme le fleuron de la recherche française : « La température de certaines pièces a pu être maintenue à 18°C pendant la canicule pour préserver l'efficacité de quelques machines, l'école fait plus attention aux machines qu'aux chercheurs ».

L'ENS Ulm, qui est en déficit budgétaire pour la cinquième année consécutive, est loin d'être le seul endroit où la canicule touche de plein fouet les conditions de travail et d'étude. La canicule récente et ses conséquences sont le résultat direct de décennies de destruction de l'environnement par le capitalisme, accompagné par les gouvernements successifs et leur austérité budgétaire.

Ces dernières années, les étudiants et travailleurs de l'ENS ont démontré leur capacité de mobilisation en organisant des campements contre le génocide en Palestine et récemment contre les financements privés d'entreprises complices des crimes de l'État d'Israël. Face à la canicule et aux attaques austéritaires, il est urgent que les étudiants de l'ENS fassent front avec les chercheurs et personnels de l'école pour exiger des moyens massifs pour la recherche publique ainsi que le contrôle démocratique des budgets par les étudiants et personnels de l'école.

*Les prénoms ont été anonymisés.

/ / / / / / / / /