Non à la répression ! Soutien aux personnels du lycée Utrillo mobilisés contre les VSS et le racisme
Mon, 01 Jun 2026 10:10:25 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAu lycée Maurice Utrillo, les personnels ayant dénoncé des violences sexistes, sexuelles et racistes sont aujourd'hui visés par une enquête administrative. Contre la répression des lanceurs d'alerte, rendez-vous au rassemblement de soutien le 3 juin !

Une enquête du rectorat à charge contre les personnels lanceurs d'alerte
Depuis 2011, les personnels du lycée Maurice Utrillo à Stains dénoncent les violences sexistes, sexuelles et racistes répétées de la part d'un enseignant ciblant les élèves. Comme ils le rappellent dans un communiqué datant du 12 avril, ils « n'ont cessé d'alerter la hiérarchie par tous les canaux adaptés : courriers, témoignages, demandes d'audience, fiche RSST, etc. ».
Ce n'est qu'en avril de cette année que le rectorat, qui durant toutes ces années avait tout simplement ignoré ces alertes, a diligenté une enquête administrative, qui s'est néanmoins révélée être à charge non pas contre les violences commises mais contre les personnels lanceurs d'alerte. Ceux-ci dénoncent « une inversion de culpabilité : ce ne sont pas les violences qui en sont le sujet, mais les “tensions dans l'équipe”. (...) Les entretiens n'ont porté que sur les supposées tensions entre collègues et ignorent les violences commises. » Avec cette enquête, l'institution sort de plus d'une décennie de silence pour réprimer les personnels qui cherchent à protéger les élèves. La commission d'enquête a par ailleurs refusé d'entendre les élèves qui souhaitaient témoigner.
Un nouvel exemple de la manière dont l'institution chercher à couvrir des faits de violence pour les étouffe
Cette situation scandaleuse est un cas d'école de la façon dont l'institution traite les affaires de violences sexistes, sexuelles et racistes qui ont cours en son sein, soit en les ignorant soit en mettant en cause celles et ceux qui les dénoncent. Sous couvert de respect des protocoles de signalement et des procédures d'enquête, la gestion institutionnelle des affaires de violences conduit à la silenciation des faits et à l'étouffement des affaires gérées en toute discrétion dans les coulisses du rectorat. L'institution scolaire révèle ainsi le rôle structurel qu'elle joue dans la reproduction des violences et l'organisation d'un véritable système patriarcal et raciste.
Les personnels d'Utrillo le soulignent dans leur dernier communiqué, ce qu'il se passe dans leur établissement est loin d'être un cas isolé : de nombreuses cas de violences ont éclaté ces dernières années, « au sein de l'établissement Notre-Dame de Bétharam, dans le périscolaire parisien et montpelliérain, au lycée Bayen de Châlons-en-Champagne, au lycée Jean Renoir de Bondy, au lycée Romain Rolland de Goussainville, au lycée Maurice Utrillo de Stains, etc. Elles ne sont que la partie émergée de l'iceberg. »
Amplifier la lutte antiraciste et féministe au sein de l'Education nationale via la coordination des mobilisations
Dans ce contexte, les personnels d'Utrillo appellent leurs collègues d'autres établissements ainsi que les parents et les élèves à se mobiliser largement lors d'un rassemblement à Saint-Denis, le 3 juin, à signer cet appel et témoigner.
Cette initiative nous montre la voie à suivre pour lutter contre les violences sexistes, sexuelles et racistes. Face à une Education nationale qui abandonne les victimes, nie les faits et réprime les lanceurs d'alerte, il s'avère nécessaire de s'organiser par en bas, en toute indépendance de l'institution, entre personnels, parents et élèves, pour faire front et apporter une réponse collective à la hauteur. C'est par la construction d'un véritable rapport de force que nous pourrons lutter contre la silenciation et la répression qui sont au fondement de la reproduction et de l'aggravation des violences.
La mobilisation d'Utrillo apparaît comme la pointe avancée des mobilisations contre les violences sexistes, sexuelles et racistes ayant cours dans l'éducation nationale qu'ils cherchent à coordonner. C'est en ce sens que les personnels du collège voisin Pablo Neruda à Pierrefitte ont rédigé un communiqué de soutien à leurs collègues et aux élèves d'Utrillo, où ils affirment que « la réaction et la mobilisation collective des personnels de différents établissements, d'ancien·ne·s élèves du lycée et d'habitant·e·s de Stains et Pierrefitte nous semblent salvatrices et nous paraissent être la voie à suivre, à rebours de celle de l'institution. » Et les personnels d'Utrillo ont eux aussi eu la même façon de se mettre en lien avec les autres établissements en exprimant leur solidarité aux personnels et aux élèves du lycée Jean Renoir mobilisés contre les violences racistes dont ces derniers ont été la cible. De même, les personnels du lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles (95), mobilisés suite à des faits de VSS au sein de leur établissement, ont lié leur combat à celui d'Utrillo dans une tribune qui souligne que « quand le respect des protocoles de l'institution n'engage pas que le silence, c'est la répression des personnels lanceurs d'alerte qui tombe » et affirme en conséquence la nécessité de se mobiliser par la grève et l'amplification de la solidarité et de la lutte. Autre exemple récent, au lycée Romain Rolland de Goussainville (95), les personnels et les élèves ont mené cette année une lutte exemplaire face aux violences sexistes et sexuelles, en imposant de prendre elles et eux-mêmes en charge le recueil de la parole des victimes et la lutte contre leur silenciation, à travers la mise en place d'ateliers organisés en indépendance de l'institution et le blocage du lycée.
Face aux menaces de répression, commencer à œuvrer à une telle coordination des expériences de luttes sur ce terrain est une initiative centrale.