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Révolte en Bolivie : « Il faut une coordination nationale des secteurs en lutte pour dégager Paz »

Sat, 30 May 2026 12:11:24 CEST

Révolution Permanente

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La mobilisation en Bolivie continue de s'amplifier, tandis que le gouvernement cherche à l'affronter en articulant tentative de négociations et menace de saut répressif. L'urgence est à la construction d'une coordination des secteurs en lutte, souligne la LOR-CI, organisation sœur de RP en Bolivie, dans cette déclaration.

Alors que la Bolivie traverse l'une des plus graves crises politiques et sociales de ces dernières années, le gouvernement de Rodrigo Paz tente de trouver une issue par en haut qui lui permettrait de restaurer sa marge de manœuvre pour gouverner. Au milieu des blocages, des grèves, des pénuries et d'une rébellion ouvrière, paysanne, indigène et populaire en expansion, le gouvernement a convoqué cette semaine une instance de dialogue, le « Conseil économique et social », qui a finalement échoué à trouver un accord avec les secteurs en lutte.

Cependant, celle-ci a permis à Paz d'annoncer l'ouverture de négociations pour obtenir un prêt massif de 5 milliards de dollars auprès du FMI. Le gouvernement cherche à présenter cette perspective comme un moyen de « stabiliser » la situation et de retrouver une marge de manœuvre en octroyant des subventions ou des concessions partielles à certains secteurs durement touchés par la crise, comme les travailleurs des transports. Ces derniers jours, les syndicats du transport routier lourd, venus de presque tous les départements du pays, se sont joints aux blocages et aux mobilisations, exigeant eux aussi la démission de Paz. Malgré le fait qu'ils ont accepté la hausse brutale du prix des carburants, ils se sentent lésés : l'essence de mauvaise qualité qui leur a été vendue, sans qu'ils bénéficient de la moindre subvention, a fini par endommager gravement leurs véhicules.

Les négociations avec l'ensemble des secteurs que cherche à engager le gouvernement ne sont pas encore terminées, mais la dynamique objective semble mener à une radicalisation et une prolongation de la crise plutôt qu'à une issue négociée. L'échec du dialogue renforce l'hypothèse selon laquelle le gouvernement pourrait adopter une solution de force pour sortir de la crise. De nombreuses rumeurs circulent selon lesquelles Paz pourrait décréter l'état d'exception dans certaines régions du pays, en particulier à La Paz, épicentre du conflit, dans la nuit de samedi à dimanche.

Une crise qui s'accélère d'heure en heure

Ce qui avait commencé comme une vague de blocages et de mobilisations contre les politiques d'austérité du gouvernement de Rodrigo Paz s'est transformé en une rébellion ouvrière, paysanne, indigène et populaire qui bénéficie de nombreux points d'appui dans différents départements du pays, et qui commence à paralyser des régions entières.

L'ampleur du mouvement ne peut plus être mesurée uniquement au nombre de barrages ou de manifestations. À La Paz, les transports publics et le transport de marchandises connaissent de fait une situation de paralysie illimitée en raison des pénuries de carburant. Le manque de farine menace de priver de pain de larges couches de la population tandis que les laboratoires pharmaceutiques ont annoncé l'arrêt de la production de médicaments. Cochabamba connaît un durcissement des blocus et les points de blocage continuent de se multiplier. Le gouvernement apparaît de plus en plus impuissant et il est incapable de rétablir le fonctionnement normal de la vie économique et politique du pays.

Dans ce contexte, le Parlement agit comme un agent direct du durcissement répressif. L'abrogation de la loi 1341, qui fixait des limites à l'état d'exception tout en rendant les fonctionnaires et les forces de l'ordre responsables pénalement des violations commises, exonère l'exécutif et les parlementaires de tout contrôle politique ou pénal, ouvrant ainsi la voie à un état de siège régionalisé dans les zones les plus conflictuelles. Loin de jouer un rôle de médiation politique, le Parlement et les tribunaux, qui viennent de rejeter le recours en habeas corpus déposé par le dirigeant de la COB, Mario Argollo, font de plus en plus nettement le choix de la répression face à la montée de la mobilisation [NdT : quelques heures après la publication de ce texte, un nouveau tribunal a statué pour annuler le mandat d'arrêt contre Mario Argollo et Vicente Salazar (dirigeant de la Fédération des Travailleurs Paysans « Túpac Katari ». Une décision qui peut permettre au régime de rouvrir la voie aux négociations.]. Le gouvernement continue de mettre en avant le « dialogue », mais chaque séquence de négociation apparaît déconnectée des secteurs qui portent réellement la mobilisation. Les tables de concertation impulsées par la vice-présidence ou les forums économiques officiels cherchent à donner une image d'apaisement alors même que le conflit ne cesse de s'aggraver.

La crise du régime se manifeste également par les difficultés des bureaucraties syndicales et paysannes qui sont débordées par les mobilisations. Des dirigeants de la COB et des organisations paysannes reconnaissent ouvertement qu'ils ont été dépassés par leur base. Dans différentes régions du pays, le rejet des directions conciliatrices et clientélistes s'amplifie alors qu'elles sont accusées de chercher à freiner ou à détourner une lutte qui prend un caractère toujours plus radical.

La situation actuelle montre que le gouvernement est pris entre deux impasses : il ne parvient pas à vaincre le mouvement par la répression mais, dans le même temps, il ne peut offrir de concessions partielles sans remettre en cause l'ensemble de sa politique économique et l'austérité. Chaque menace répressive s'accompagne de la crainte que des violences ou une escalade militaire n'accélère encore davantage le processus en cours.

L'irruption des bases et la tendance à l'auto-organisation

L'un des éléments les plus marquants de la situation politique actuelle est le développement embryonnaire de formes de coordination venues de la base. Les cabildos (assemblées populaires), les comités de blocage et les espaces de coordination locale et régionale commencent à émerger comme des alternatives face à la passivité, voire à la collaboration ouverte, des directions bureaucratiques.

Des expériences comme celles de Puente Vela et du district 8 d'El Alto illustrent cette tendance. Des délégations ouvrières et paysannes, des travailleurs des mines ainsi que des représentants d'autres départements se retrouvent dans ces espaces communs de délibération et de coordination, tandis que des couches toujours plus larges cherchent à se doter de leurs propres mécanismes de direction pour continuer et développer la lutte.

Dans les rues apparaissent également des phénomènes profondément politiques. La grande marche des femmes contre la répression ce mercredi, où les mères ont appelé les conscrits, leurs fils, à quitter l'armée et à rejoindre le peuple mobilisé, témoigne d'un puissant instinct de classe : elles comprennent que le gouvernement pourrait tenter de s'appuyer sur les forces armées dont les rangs sont formés par les fils et les filles des travailleurs, des paysans et des communautés indigènes. Elles exigeaient ainsi « justice pour les victimes tuées et blessées » par la répression menée par Paz, « la fin de la répression et de la persécution contre les dirigeants » du mouvement ainsi que « la fin du service militaire de nos enfants parce que nous les avons envoyés servir la patrie, non pour tuer leur père, leur mère, leurs frères, leurs oncles ou leurs grands-parents ».
La possibilité de développer une politique tournée vers les casernes, qui vise à empêcher toute tentative de répression et à gagner les soldats au camp du peuple mobilisé, acquiert une importance stratégique dans un contexte de radicalisation croissante.

Une situation de plus en plus révolutionnaire

De larges secteurs de la population ont le sentiment de ne plus être représentés par l'État et perçoivent le gouvernement, le Parlement et les institutions judiciaires comme des institutions totalement étrangères et hostiles à leurs besoins, ce qui aggrave leur faiblesse. Ni le Parlement ni les directions bureaucratiques ne parviennent à canaliser le conflit, poussant Paz et l'exécutif à envisager de plus en plus sérieusement une solution de force pour rompre par la répression l'équilibre instable, et de plus en plus intenable, de ces derniers jours.

Cet équilibre instable est marqué par les difficultés du gouvernement à trouver une issue qui permettrait de débloquer le conflit. De la même manière, les secteurs mobilisés, bien qu'ils soient parvenus à incorporer des couches populaires de plus en plus larges à la mobilisation, ne parviennent pas encore à imposer et à rendre effective la grève générale illimitée dans toutes les mines, dans les secteurs industriels et des services. Une telle perspective constitue la seule manière de rompre cet équilibre instable en faveur des travailleurs et des classes populaires.

La solution répressive et l'idée de mettre en place l'état de siège qui semble gagner en substance après l'échec des différentes séquences de négociations présentent cependant des risques immédiats pour le gouvernement Paz et les classes dominantes. En effet, les tentatives de lever les barrages routiers ces dernières semaines ont non seulement échoué mais les opérations militaires ont accru la colère populaire et provoqué l'entrée en lutte de nouveaux secteurs. Le risque que pose l'état de siège pour le gouvernement tient à ce que son entrée en vigueur pourrait pousser de grands secteurs de la classe ouvrière et des classes populaires, issus des communautés indigènes et paysannes, qui ne se sont pas encore joints à la mobilisation, à le faire en déclenchant un grand soulèvement national.

Nous ne sommes pas face à une crise conjoncturelle. Les éléments déclencheurs de la crise sont liés à des revendications structurelles de caractère historique, comme la lutte contre le racisme, la spoliation des terres et le colonialisme, associés aux classes dominantes blanches et métisses. Dans ce cadre, la perspective d'un simple changement institutionnel - avec des élections anticipées, une succession négociée ou un accord parlementaire - apparaît non seulement incapable de résoudre cette crise profonde mais ne peut que l'approfondir. Le mot d'ordre « Dehors Paz » commence à se combiner avec la nécessité de construire une orientation propre aux organisations en lutte.

Pour une coordination nationale de lutte et une grève générale jusqu'à la chute du gouvernement

Face à cette situation, il devient urgent d'impulser, par en bas, des organismes de coordination, indépendants des bureaucraties conciliatrices. La formation de coordinations régionales et nationales de lutte pourrait devenir un outil pour centraliser les forces dispersées du mouvement et discuter d'un programme propre aux travailleurs, aux travailleuses et au peuple pauvre.

La lutte pour organiser réellement la grève générale jusqu'à la chute du gouvernement apparaît comme une tâche centrale. Il ne s'agit pas seulement de résister à l'austérité et à la répression, mais d'ouvrir la voie à une issue politique portée par les organisations qui soutiennent aujourd'hui la lutte dans les rues, sur les blocages routiers et dans les cabildos.

Le mot d'ordre « Dehors Paz » doit s'accompagner de l'abrogation de tous les décrets, de toutes les lois, des normes et des dispositions anti-ouvrières, anti-paysannes et anti-populaires. Il va de pair avec l'annulation de tous les mandats d'arrêt contre les dirigeants et les militants réprimés ainsi que la libération immédiate de tous les détenus et prisonniers politiques. La COB doit organiser véritablement la grève générale illimitée qu'elle a elle-même votée le 1er mai. Le CEN, le Comité exécutif national de la COB, n'a rien fait pour paralyser le travail dans les mines menacées de privatisation, comme Colquiri, Huanuni ou Coro Coro. Nous faisons nôtres les mots d'ordre du Comité de coordination des blocages du district 8 de Senkata, qui affirmait qu'il faut construire la grève nous-mêmes pour la rendre effective.

Face à un Parlement qui légitime la répression et à un gouvernement qui prépare l'état de siège, la seule issue progressiste consiste à poser la perspective d'un gouvernement provisoire des organisations en lutte, capable de vaincre l'austérité, d'abroger toutes les mesures anti-ouvrières et d'offrir une issue par en bas à la crise nationale.

La crise ne doit pas être payée par celles et ceux qui en subissent déjà les conséquences, qu'il s'agisse de l'inflation, du chômage ou de la précarité, mais par les grands groupes économiques, les banquiers, les agro-industriels, les propriétaires terriens et les patrons qui se sont enrichis pendant des années en pillant les ressources du pays et qui, avec Rodrigo Paz, livrent le pays à la voracité des multinationales et de l'impérialisme nord-américain. Dans ce cadre, depuis la LOR-CI, section bolivienne du Courant Révolution Permanente, nous considérons qu'il est fondamental que les cabildos et les organisations en lutte affirment que ce sont les riches et les capitalistes qui doivent payer la crise. Il faut imposer des impôts progressifs sur les grandes fortunes, en plus d'exiger le non-paiement de la dette extérieure que Paz et le FMI sont en train de négocier.

Face à la pénurie de dollars et à la fuite des capitaux organisée par les banquiers et les agro-industriels, il est urgent d'imposer le monopole de l'État sur le commerce extérieur afin d'empêcher que les dollars ne partent vers les paradis fiscaux. Cette mesure doit s'accompagner de la nationalisation des banques, placées sous le contrôle des travailleurs et des travailleuses, qui constitue la seule manière d'accorder des crédits bon marché aux petits producteurs, aux artisans et aux petits commerçants. Face à la conspiration putschiste des agro-industriels et du comité civique de Santa Cruz, nous devons défendre l'expropriation des grands propriétaires terriens et des monopoles stratégiques.

Pour réaliser ces revendications, il est fondamental d'avancer dans la coordination démocratique de tous les comités de grève, de tous les barrages routiers et de tous les cadres de mobilisation qui ont surgi dans les rues et sur les routes du pays. C'est indispensable pour éviter la trahison des directions bureaucratiques, pour combattre l'usure inévitable de ceux qui se mobilisent et pour garantir l'incorporation de nouveaux secteurs dans la mobilisation. Une coordination de ce type, qui organise véritablement la grève générale jusqu'à la démission de Paz, peut devenir un point d'appui très important qui permettrait d'établir un gouvernement provisoire des organisations en lutte et d'ouvrir la voie à un processus véritablement démocratique, dans lequel les travailleuses et les travailleurs des campagnes et des villes prendraient entre leurs mains le destin de tout un peuple.

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