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« Les travailleurs sont exposés à des températures extrêmes » : Mornia Labssi, inspectrice du travail

Sat, 30 May 2026 00:24:28 CEST

Révolution Permanente

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Ces derniers jours, les travailleurs sont en première ligne de la canicule, avec des conséquences potentiellement graves. Mornia Labssi, inspectrice du travail et militante CGT, revient sur la situation.

Mornia Labssi, tu es inspectrice du travail, tu fais des contrôles canicule depuis plusieurs années. Est-ce que tu pourrais nous dire d'abord quelle est la réalité du monde du travail sous la canicule en Ile-de-France ?

La canicule au travail, en Île-de-France comme ailleurs, révèle une réalité très dure : celle de salariés exposés à des températures extrêmes, souvent déjà épuisés, et pas toujours conscients du danger qu'ils courent. Sur les chantiers du bâtiment, dans les cuisines, les brasseries, les arrière-salles, les phases de terrassement, de charpente ou de ferraillage, mais aussi dans des métiers comme les voituriers, la chaleur peut dépasser 40 degrés. Les pauses sont parfois insuffisantes, l'eau n'est pas toujours à proximité, l'ombre manque, et l'organisation du travail reste trop souvent pensée comme si la canicule n'était qu'un inconfort. En pratique, la fatigue est massive, le risque d'accident augmente, et la santé des travailleurs passe encore trop souvent après l'urgence de produire.

Quelle est l'attitude du patronat face à la question de la chaleur ?

L'attitude patronale reste trop souvent dans le déni, l'inertie ou la minimisation. Dans certaines entreprises, on demande encore aux salariés de « tenir », de finir la tâche, de ne pas ralentir le chantier, alors que la chaleur impose au contraire d'adapter l'activité. Le droit est pourtant clair : l'employeur a une obligation de sécurité et doit prévenir le risque lié aux fortes chaleurs. Le décret du 27 mai 2025 a renforcé ces exigences en imposant la prise en compte des épisodes de chaleur intense, avec adaptation de l'organisation du travail, eau potable fraîche, moyens techniques de protection, information et formation des salariés. Dans le BTP, le risque canicule est en plus intégré au chômage intempéries depuis 2024, mais ce dispositif reste encore trop peu mobilisé.

Comment les travailleurs se font-ils entendre ? Que conseilles-tu aux travailleurs confrontés à la canicule ?

Le rôle des organisations syndicales et du CSE est essentiel, mais il est encore trop rarement à la hauteur dans les grandes entreprises du bâtiment. Lorsqu'un danger grave et imminent existe, le CSE doit se mobiliser, déclencher l'alerte si nécessaire et exiger des mesures immédiates.

Les salariés, eux, peuvent exercer leur droit de retrait s'ils ont un motif raisonnable de penser que la situation présente un danger grave et imminent pour leur vie ou leur santé, conformément à l'article L. 4131-1 du Code du travail. Quand les représentants du personnel ne se saisissent pas de la situation, les salariés restent souvent seuls face au risque. C'est pourquoi il faut rappeler que la procédure de danger grave et imminent est un outil de protection, pas une formalité administrative.

Mais d'une manière générale , les salariés encaissent car souvent dans la précarité. De notre côté, en tant qu'inspection du travail, nous avons plusieurs leviers : les mises en demeure, les procès-verbaux, et, dans certains cas strictement encadrés, l'arrêt temporaire de travaux prévu par l'article L. 4731-1 du Code du travail. Mais il faut être clair : les moyens coercitifs restent limités, et l'État ne nous donne pas d'outil de sanction financière automatique à la hauteur du risque. C'est donc la présence effective sur le terrain, la répétition des contrôles, y compris en plein après-midi, et la capacité à constater la mise en danger réelle des salariés qui sont dissuasives.

Quand je contrôle un chantier et que je vois des travailleurs très fatigués, une organisation du travail non pensée, des mesures faibles, je fais retirer les salariés de l'exposition si nécessaire, je rappelle la mise en danger, je mets en demeure l'employeur, et je donne suite si la situation n'évolue pas. La prévention n'est pas une option : c'est une obligation.

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