« On nous traite comme des esclaves » : les travailleuses d'ONET en grève à l'aéroport de Toulouse
Fri, 29 May 2026 21:20:41 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis le 3 mai, les travailleuses d'ONET, en charge du nettoyage dans l'aéroport de Toulouse-Blagnac, sont en grève contre le management autoritaire. Face au mépris et aux humiliations, les grévistes font preuve d'une combativité exemplaire et exigent le départ de deux responsables.

Jeudi 28 mai, dix-neuf travailleuses de ONET, leader sur le marché français du nettoyage, manifestent leur colère devant le Hall D de l'aéroport de Toulouse-Blagnac. Depuis le 3 mai, elles sont en grève pour dénoncer le harcèlement qu'elles subissent et organisent régulièrement des rassemblements pour visibiliser leur lutte. Elles espèrent la suspension d'une responsable client et d'un chef d'équipe.
« C'est un ordre. Soit vous acceptez, soit vous êtes licenciée »
Les propos des grévistes sont révélateurs du climat de peur et de contrôle permanent qui règne au sein de l'entreprise : « Quand tu viens ici, t'as la boule au ventre. Tu travailles avec le stress. » Salariée depuis 2018 dans l'entreprise, une gréviste témoigne de la pression qu'elle a subie à son retour de congé maternité. Lorsqu'elle reprend le travail, son badge n'est pas renouvelé, ce qui la rend dépendante du reste de l'équipe pour effectuer de nombreuses tâches. Mais l'humiliation avait commencé avant : « Une semaine avant mon retour, ma responsable a changé mes jours de congé sans m'avertir, alors qu'ils étaient organisés en fonction de la garde de ma fille. » Alors que la salariée tente de s'opposer à cette réorganisation brutale, la responsable lui répond : « Ce n'est pas une proposition, c'est un ordre. Soit vous acceptez, soit vous êtes licenciée. »
Une salariée en poste depuis près de 20 ans raconte un autre épisode. Après le lancement d'une pétition pour demander la démission d'une responsable, celle-ci lui ordonne de refaire nettoyer plusieurs fois le même bureau. « Sa façon de me parler m'a choqué. J'avais les boules, j'étais en train de pleurer. Je suis rentrée chez moi, j'ai pas dormi. Le lendemain ils m'ont trouvé à 17 de tension. » À propos de cette responsable, une autre travailleuse témoigne : « Elle parle mal, elle coupe la parole, elle est agressive. Elle nous voit comme des esclaves. »
Sous-traitance, maltraitance
Les travailleuses effectuent des tâches pénibles dans des conditions difficiles, travaillent tôt le matin ou de nuit. À chaque étage, il faut nettoyer 70 bureaux, les sanitaires, les réfectoires, les salles de réunion, les escaliers… « Tu rentres chez toi, t'es épuisée », nous confie l'une d'entre elles.
Les responsables d'équipe les traitent avec mépris. « J'ai dit à mon chef que j'avais mal au dos, il a rigolé » dénonce une gréviste. Lorsqu'une autre travailleuse pose un arrêt maladie pour des problèmes de dos, certificat médical à l'appui, ce même manager l'accuse de fraude : « Elle fait exprès, c'est parce que ses enfants sont en vacances. »
Cette maltraitance s'accompagne d'une précarisation extrême des travailleuses de l'entreprise. Une salariée en poste depuis près de 20 ans, dont le cas n'est pas une exception, révèle qu'elle n'a jamais eu d'augmentation. Le montant de sa dernière prime de qualité ? 14 euros brut ! Dans un contexte d'inflation et d'explosion des prix du carburant, la politique de la direction d'ONET revient à cracher au visage de ces salariées du nettoyage dont le travail est essentiel pour le bon fonctionnement de l'aéroport.
La situation des grévistes d'ONET de l'aéroport de Toulouse-Blagnac n'est pas un cas isolé. Elle révèle plus largement la surexploitation des travailleur·euses du nettoyage, majoritairement des femmes issu·es de l'immigration, par des entreprises sous-traitantes qui s'appuient sur la division raciste et sexiste du travail pour imposer des conditions de travail extrêmement dégradées et des salaires de misère. Fin avril, toujours à l'aéroport de Toulouse-Blagnac, les salarié·es de l'entreprise de nettoyage Arc-en-ciel étaient en grève contre des « cadences impossibles ».
Dans ce secteur, l'entreprise ONET est réputée pour la maltraitance de ses salarié·es. À Montpellier, au CHU et à la SNCF ou encore dans les gares en région parisienne, les travailleur·euses du nettoyage ont fait du slogan « ONET malhonnête ! » un hymne de ces luttes.
Intimidations du chef d'équipe et de la police
Face au harcèlement permanent, les travailleuses d'ONET ont décidé de relever la tête : « On a signalé la situation à la direction plusieurs fois. Sans réponse ». Après le lancement d'une pétition pour demander la démission de la responsable client et du chef d'équipe, les travailleuses sont entrées en grève le 3 mai dernier.
La direction d'ONET ne répond qu'avec du mépris et tente à tout prix de briser la grève. Cette multinationale qui réalise des milliards d'euros de chiffre d'affaires, joue la montre en faisant remplacer les grévistes, en espérant que la précarité les fasse céder et reprendre le travail. En parallèle, la direction a montré toute son hypocrisie en lançant sa propre enquête interne dont « les premiers éléments n'ont pas permis de conclure à la nécessité d'une modification de l'organisation. » Circulez, rien à voir ! Une attitude qui sert à justifier la poursuite de la surexploitation des travailleuses et révèle la complicité de la direction avec le harcèlement qu'elles subissent.
Pire, les grévistes font face à des coups de pression et à des intimidations du chef d'équipe et de la police. Selon une gréviste, le chef d'équipe est passé sur un piquet en lançant : « Il faut que cette grève s'arrête ! » De son côté, les policiers auraient rappelé aux travailleuses la perte de salaire induite par la grève, afin de les pousser à reprendre le travail. Des menaces scandaleuses qui montrent que la direction est prête à tout pour stopper la grève et refuser les revendications des grévistes.
Dans ces conditions, les grévistes font preuve d'une combativité exemplaire. Au bout de la deuxième semaine de grève, elles ont arraché à la direction le lancement d'une enquête par un cabinet indépendant. Une avancée, même si les grévistes sont conscientes que la nomination du cabinet par la direction laisse peu de doute sur les conclusions de l'enquête.
Avec l'appui du syndicat SUD Nettoyage, les grévistes ont lancé une caisse de grève. Alors que ces femmes, souvent mères de famille, sont déjà dans une situation précaire dans un contexte où le coût de la vie explose, la perte de salaire liée aux jours de grève rend cet outil indispensable pour organiser le soutien financier et poursuivre la mobilisation. Sans cette solidarité essentielle, la combativité des grévistes deviendra vite insuffisante pour faire durer le conflit et arracher leurs revendications.
D'autre part, les grévistes se réunissent quotidiennement devant le hall D de l'aéroport pour visibiliser leur lutte. Afin d'élargir le mouvement, il faut chercher à faire connaître cette grève exemplaire en cherchant à se lier aux autres travailleur·euses de l'aéroport, dont beaucoup sont employé·es par des sous-traitants et subissent des conditions de travail similaires.
Face au mépris et au harcèlement que subissent les travailleuses d'ONET, dont la direction est complice, il est essentiel d'exprimer la plus large solidarité avec la mobilisation des grévistes, en donnant à la caisse de grève et en rejoignant leurs rassemblements !
Pour donner à la caisse de grève : cliquez ici.
Crédit photo : Révolution Permanente.