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16 morts en Inde sous 50°C : les plus pauvres et les travailleurs en première ligne de la canicule

Thu, 28 May 2026 20:54:05 CEST

Révolution Permanente

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Alors que des températures extrêmes frappent une grande partie de l'Inde, la canicule révèle une nouvelle fois les conséquences sociales du dérèglement climatique : travailleurs contraints de continuer sous une chaleur écrasante, pénuries d'eau, infrastructures saturées et populations pauvres en première ligne.

Des vagues de chaleurs extrêmes de plus en plus précoces dans l'année

Alors que l'Inde avait connu la plus longue vague de chaleur en 2024, avec 24 jours consécutifs de températures extrêmes dans plusieurs régions du pays et un record atteint de 52,9° dans la capitale, cette année 2026 s'annonce encore pire que les précédentes. Les températures dépassent déjà de 4 à 8 °C les moyennes saisonnières. Ces deux dernières semaines, au moins 16 personnes sont mortes en pleine rue dans le sud de l'Inde (État de Telangana), à cause de la chaleur infernale.

Si les vagues de chaleur sont des phénomènes courants en Inde, celles-ci sont de plus en plus prématurées, plus intenses et fréquentes à cause du réchauffement climatique. Certaines régions du Nord-Ouest, du centre et de l'Est de l'Inde enregistrent des températures dépassant les 44 °C la nuit. Les vagues de chaleur qui touchaient autrefois principalement le Nord-Ouest aride atteignent désormais les villes côtières, jusque-là épargnées par de telles températures.

Selon Mrutyunjay Mohapatra, principal expert météorologue du pays, « les vagues de chaleur seront plus fréquentes, plus durables et plus intenses si des mesures de précaution ou de prévention ne sont pas prises ». Une autre étude récente parue dans la revue scientifique Science Advances a révélé que le nombre de vagues de chaleur faisant plus de 100 morts en Inde a augmenté de 2,5 fois entre 1960 et 2009 à cause du changement climatique. D'ici la fin du mois de juin, le bilan humain risque de considérablement s'alourdir.

Des conséquences mortelles pour la santé humaine

Couplée à un taux élevé d'humidité, ces vagues de chaleur empêchent le corps humain d'évacuer la transpiration car l'air chaud est saturé. La température corporelle ne peut donc pas baisser, ce qui entraîne un stress thermique et endommage les organes, notamment le cœur et les reins. Selon l'Humanité, « les scientifiques estiment qu'une exposition de quatre à six heures suffit pour être létale, y compris pour une personne jeune et en parfaite santé ».

Sur le site de Times of India, on ne compte plus les articles qui informent sur les symptômes de stress thermique : transpiration abondante, souffle court, vertiges et éblouissements, battements de cœurs accélérés… Les plus jeunes et les personnes âgées sont les plus vulnérables car elles manquent de ressources et sont plus isolées socialement. A Dehli, les services ambulatoires de toute la ville sont saturés, notamment par la prise en charge de centaines d'enfants atteints de pathologies liées à la vague de chaleur. De nombreuses écoles ont dû fermer leurs portes, alors que l'Inde a déjà avancé le calendrier des vacances d'été depuis 2022. Dans les villes de plusieurs millions d'habitants comme Delhi, le béton des immeubles et le bitume ne font qu'accroître la dangerosité. Les températures s'approchent de 50°C à l'ombre. L'air de la ville est également saturé de particules fines.

Les travailleurs pauvres sont les premières victimes des décès et complications

Les travailleurs et les populations les plus pauvres d'Inde sont ceux qui ont le moins accès à l'air conditionné. Ils subissent les effets accrus de ces phénomènes de stress thermique. Les maisons deviennent dangereuses faute d'équipements de refroidissement, alors que le gouvernement appelle la population à rester chez elle. Pour celles et ceux qui peuvent accéder à la climatisation ou à des ventilateurs, les coupures de courant prolongées sont cependant la norme. Un pic de demandes en électricité a été atteint jeudi 26 mai, alors que certains transformateurs et câbles électriques ont été dégradés par la chaleur et ont cessé de fonctionner.

Les chiffres officiels du gouvernement sont peu fiables et l'étendue des conséquences sur la population indienne est très probablement supérieure aux statistiques fournies. Selon le Times of India, la région de l'Andhra Pradesh a ainsi enregistré plus de 300 cas d'insolation entre le 1er mars et le 19 mai. A New Delhi, sur les chantiers de construction, les ouvriers du bâtiment sont forcés de poursuivre les travaux pour quelques centaines de roupies par jour, l'équivalent de quelques euros. Ils sont très nombreux à être victimes de coups de chaud, alors qu'ils travaillent pour les clients des quartiers huppés de la capitale. Pour Le Monde, Massum Gairulla, un maçon indien de 21 ans, témoigne : « Tout mon corps me fait mal, je suis obligé de faire une pause toutes les trente minutes pour pouvoir tenir toute la journée ».

Partout dans le monde, les plus pauvres perdent la vie à cause du réchauffement climatique

Si la plateforme IQAir indique que les 50 villes les plus chaudes de la planète se situent toutes en Inde, chaque année, plus de soixante régions du monde sont touchées par des canicules mortelles. Les habitants des régions tropicales humides sont les plus exposés. Une légère hausse des températures ou de l'humidité moyennes suffit à entraîner des décès.

En Arabie saoudite, alors que débute le Hadj à La Mecque, les températures attendues dans la nuit sont de l'ordre de 47 degrés. Selon l'Organisation mondiale de la santé, « entre 2000 et 2019, près de 500.000 décès dus à la chaleur sont survenus tous les ans, dont 45 % en Asie et 36 % en Europe. Rien qu'en Europe, à l'été 2022, on estime à 61 672 le nombre de décès excédentaires liés à la chaleur ».

Ces dernières semaines, comme le souligne Reporterre, « les pays européens ont aussi vu leurs températures exploser, avec 32 °C maximum en Espagne le 24 mai, 31 °C en Italie, 29 °C en Belgique et 28 °C en Autriche. Alors qu'en France, la vigilance jaune canicule a été étendue à dix-huit départements le 25 mai, le Royaume-Uni, lui, a vu son record de température pour un mois de mai être battu : 33,5 °C près de Londres. Une première depuis 1944, où la température maximale était de 32,8 °C ».

En l'absence de réduction drastique des émissions de CO2, jusqu'à 75 % des habitants de la planète pourraient être victimes de vagues de chaleur meurtrières à l'horizon 2100. Seulement 90 entreprises sont responsables de deux tiers des émissions de CO2 au niveau mondial et ce sont les 1% les plus riches qui émettent en moyenne 70 fois plus de gaz à effet de serre que les 50% les plus pauvres. Des chiffres qui rappellent qui sont les responsables de morts de la canicule et qu'un système entier est à combattre.

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