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Unistra : la présidence forcée de reculer après l'annulation d'un évènement contre « Bienvenue en France »

Thu, 28 May 2026 12:22:25 CEST

Révolution Permanente

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À Strasbourg, la présidence de l'université a tenté d'interdire un événement organisé contre « Bienvenue en France », allant jusqu'à proscrire sa tenue « sur les réseaux sociaux ». Face à cette mesure de censure inédite, organisations étudiantes et syndicats se sont mobilisés, ont saisi le tribunal administratif et obtenu la suspension de l'arrêté.

Jeudi 21 mai, à l'université Strasbourg, un festival parodique intitulé « Bienvenue en France – les prix de la honte » était organisé par plusieurs organisations étudiantes et syndicale. Votée en assemblée générale, l'initiative entendait dénoncer avec dérision la loi raciste « Bienvenue en France » et les frais d'inscription différenciés pour les étudiants étrangers, ainsi que le rôle joué par l'Université de Strasbourg dans leur application.

Plusieurs « prix » symboliques visant à tourner en ridicule les responsables et institutions qui portent cette offensive raciste et sélective ont été décernés. Parmi eux, un prix « Un certain regard » pour les inventeurs du nom « Bienvenue en France », ou encore un prix récompensant le Conseil d'État pour avoir considéré des frais d'inscription à plusieurs milliers d'euros comme « modiques ». Le prix du meilleur premier rôle, catégorie « 3 étoiles Bienvenue en France » a été attribué à Frédérique Berrod, la présidente de l'Unistra.

Mais deux jours avant l'événement, la présidence de l'Unistra publiait un arrêté d'interdiction totalement inédit. Dans ce texte, Frédérique Berrod justifie sa décision en invoquant une prétendue « atteinte à la dignité des personnes » et un risque de « trouble à l'ordre public ». Plus grave encore, l'arrêté prétend interdire la tenue de l'événement « sur tous les campus et y compris sur les réseaux sociaux ». C'est une décision extrêmement grave, qui marque un saut dans la répression des mobilisations étudiantes — car ce que visait réellement la présidence, c'était l'interdiction d'une critique publique et collective de sa politique.

Face à cette offensive, les organisations étudiantes l'Alternative Etudiante Strasbourg (AES), la FSE, Solidaires Etudiants, le Poing Levé et l'intersyndicale ont déposé un recours en référé devant le tribunal administratif afin d'obtenir la suspension de l'arrêté, et ont écrit un communiqué unitaire pour dénoncer une « répression inédite » et appelant à soutenir la mobilisation. Cette mobilisation unitaire a permis de faire reculer la présidence. Le tribunal administratif a suspendu l'arrêté, désavouant de fait la tentative de censure de l'Unistra. L'événement a donc pu être maintenu jeudi 21 mai devant la présidence.

Cette répression n'est pas anodine. Ces dernières années, les présidences d'université ont multiplié les attaques contre les mobilisations étudiantes : interdiction d'un séminaire antimilitariste à Paris 13, intervention de la police pour briser une mobilisation contre l'austérité au Mirail, répression de deux étudiant.es aux Beaux Arts de Paris pour leur soutien à la Palestine…

Cette répression s'inscrit dans le contexte d'accélération de l'offensive du gouvernement autour de « Bienvenue en France ». Malgré le rejet massif du décret par le CNESER, Philippe Baptiste entend généraliser les frais d'inscription différenciés pour les étudiants étrangers extracommunautaires dès la rentrée 2026. Une offensive raciste et sélective qui vise à exclure les étudiants étrangers pauvres de l'université et qui sert de laboratoire pour augmenter à terme les frais d'inscription pour l'ensemble des étudiants issus des classes populaires.

Dans cette offensive, Strasbourg joue un rôle d'avant-garde. L'Unistra est l'une des universités les plus engagées dans l'application des frais différenciés et a déjà procédé cette année à la désinscription de dizaines d'étudiants étrangers insolvables. Mais la présidence ne se contente plus d'appliquer les politiques gouvernementales : elle cherche désormais à empêcher publiquement leur contestation. Dans leur communiqué, les organisations répondaient directement à l'argument de la présidence sur la prétendue « atteinte à la dignité » des personnes visées par la parodie : « Mais qu'en est-il de la dignité des étudiant·es de master étranger·ères qui, depuis cette année, sont désinscrit·es à la veille de leurs examens ? De la dignité des étudiant·es qui doivent choisir entre payer leur loyer et les frais d'inscription ? » Une manière de rappeler que la véritable violence ne réside pas dans la satire ou la critique politique, mais dans l'exclusion concrète d'étudiant·es précaires au nom d'une politique raciste et sélective.

Mais cette radicalisation répressive montre aussi la fragilité politique de « Bienvenue en France ». Car malgré les passages en force du gouvernement ou les contraintes budgétaires, la colère continue de monter chez les étudiants et travailleurs de l'université. Les mobilisations du 12 mai contre le décret, les assemblées générales organisées dans plusieurs facs et maintenant cette victoire contre l'arrêté de l'Unistra montrent qu'une partie de la jeunesse et des personnels refuse de laisser passer cette offensive.

La question de construire une riposte plus large contre « Bienvenue en France », la sélection sociale et la répression des mouvements étudiants reste entière. Dans cette perspective, les organisations mobilisées appellent à poursuivre la mobilisation.

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