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Révolte populaire en Bolivie : une contre-offensive face à la droite latino-américaine ?

Thu, 28 May 2026 20:30:18 CEST

Révolution Permanente

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La rébellion du peuple bolivien contre le gouvernement de Rodrigo Paz s'inscrit dans une région en pleine ébullition, marquée par le déclin des États-Unis comme puissance dominante et par des tentatives de garder la main sur l'Amérique latine. La question stratégique de savoir comment vaincre les droites pro-impérialistes devient de plus en plus concrète.

La rébellion bolivienne face à l'offensive impérialiste

Ce qui est en jeu ces dernières semaines en Bolivie, c'est de savoir si nous assistons au début d'une contre-offensive dans les rues contre la nouvelle vague de droite en Amérique latine. Le président Rodrigo Paz est au pouvoir depuis un peu plus de six mois et fait déjà face à une rébellion qui se prépare depuis le début de l'année, malgré les trahisons de la bureaucratie et la répression. Entre décembre et janvier, il y a eu trois semaines de barrages routiers et de mobilisations. Nous sommes aujourd'hui face à une rébellion ouvrière, paysanne et populaire. Le 16 mai dernier, le gouvernement a tenté de la briser par une répression brutale qui a fait quatre morts. Le résultat a été inverse : le lendemain, les barrages routiers étaient encore plus nombreux et le lundi suivant, une immense marche est descendue d'El Alto vers La Paz avec le slogan « Dehors Paz ».

Le vendredi 22 mai, une nouvelle journée de mobilisation et de barrages a eu lieu. Le samedi suivant, le gouvernement a tenté de briser les barrages, mais cette opération baptisée « banderas blancas » [« drapeaux blancs »] a échoué lamentablement grâce à la résistance. Le 24 mai, près de 60 barrages ont été recensés dans tout le pays. Le lundi 25, une nouvelle journée de mobilisation a eu lieu d'El Alto à La Paz, la plus importante de ces dernières semaines, intégrant de nouveaux secteurs au conflit.

Le plan du gouvernement Paz vise à augmenter le prix des carburants, et à attaquer l'éducation et la santé, tout en baissant les impôts des grands patrons. Il cherche à s'emparer des terres paysannes et indigènes, à piller le lithium et les ressources communes, et à soumettre davantage le pays au FMI et aux puissances étrangères. Il n'est donc pas surprenant que Donald Trump ait apporté un soutien total à Rodrigo Paz, que Netanyahu ait suivi, et que Milei ait envoyé des avions militaires Hercule au gouvernement bolivien. Ces soutiens s'expliquent par le fait que ce qui se passe en Bolivie ouvre la perspective de vaincre dans la rue les gouvernements de droite pro-impérialistes.

Au milieu de l'offensive redoublée de l'impérialisme dans la région, les États-Unis voient se dessiner le danger que la rébellion bolivienne emporte l'un de ses pions. Il faut également lire cela à la lumière du conflit avec la Chine. Il s'agit d'une tentative de réaffirmer le contrôle géopolitique de ce qu'ils considèrent comme leur arrière-cour. Et la Bolivie est une zone stratégique : elle fait partie du triangle du lithium avec le Chili et l'Argentine.

Avec sa nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale, Trump a lancé sa propre doctrine Monroe, celle d'une « Amérique pour les États-uniens ». Il a pris des mesures contre le Venezuela, où il a mis en place un quasi-protectorat avec l'aide de Delcy Rodríguez. Aujourd'hui, il exerce à nouveau une pression extrême sur le peuple cubain, où une attaque plus directe est tout à fait envisageable.

Le 20 mai dernier, une double opération a eu lieu : Raúl Castro a été inculpé d'homicide pour le crash de deux avions de tourisme en 1996 et le porte-avions USS Nimitz a été déployé dans les Caraïbes. Trump est affaibli par ses défaites face à l'Iran et fortement contesté dans son propre pays : son taux de popularité est au plus bas, à 35 %, selon le dernier sondage Reuters-Ipsos. Le déclin hégémonique des États-Unis s'accélère, et c'est précisément ce qui le pousse à mener des interventions plus agressives contre les peuples de la région. Une défaite du gouvernement de Paz dans la rue serait, dans ce contexte, un coup dur pour les classes dominantes au niveau régional, et pour les plans de l'impérialisme américain.

Paz, Milei, Kast : trois visages d'une même offensive en difficulté

Si l'on observe la situation à l'échelle régionale, on peut se demander si, dans le sud du continent, le projet de subordination impérialiste imposé par la droite commence à s'effriter. Milei, Kast et Paz sont les trois visages d'une même offensive impérialiste, et tous trois sont déjà en difficulté. Kast a pris ses fonctions il y a un peu plus de deux mois et, selon un récent sondage de Cadem, son taux d'impopularité atteint déjà 58%. En Argentine, Milei affiche un taux d'impopularité avoisinant les 65%. En Bolivie, Paz a connu une chute rapide de sa popularité, comme en témoignent les soulèvements dans les rues. Ce sont des gouvernements de plus en plus en crise, mais qui continuent néanmoins à mener l'offensive.

Au Chili, face aux attaques sur le prix des carburants et l'éducation, le mouvement étudiant, acteur incontournable de la politique chilienne, recommence à sortir dans la rue. Rappelons que le Chili sort du soulèvement de 2019, qui scandait le « Dehors Piñera », contre le président de l'époque, Sebastián Piñera. Celui-ci a été sauvé par la bureaucratie syndicale de la CUT et le Front Large de Boric. Au Pérou, ce mois-ci, le mouvement étudiant mène un vaste mouvement d'occupation des universités pour des revendications démocratiques contre les directions universitaires, dans un pays traversé par une profonde crise politique, avec un régime totalement discrédité depuis le coup d'État institutionnel de 2023.

Dans le cas de l'Argentine, face au péronisme et à la bureaucratie de la CGT qui jouent un rôle clé dans le fait de laisser passer les attaques de Milei, de nombreux secteurs commencent à tirer des conclusions, ce qui se traduit par un phénomène de sympathie politique autour de Myriam Bregman et de la gauche trotskiste. La rébellion qui secoue la Bolivie est le point le plus explosif d'un phénomène plus large. La question stratégique de savoir comment vaincre l'offensive de la droite et de l'impérialisme se pose de plus en plus concrètement, ou devrait se poser ainsi.

« Démocratie » et droit à la rébellion : ce sont eux les véritables putschistes

Entre-temps, Lula, l'un des animateurs du récent sommet progressiste à Barcelone, se solidarise avec le gouvernement de Rodrigo Paz, allié de Trump, que la rébellion populaire bolivienne veut renverser, tout en appelant au « plein respect des institutions démocratiques et de l'État de droit ». Il ne faut pas oublier que ces droites sont arrivées au pouvoir à cause de l'échec des gouvernements réformistes. De l'échec de Boric au Chili à la crise du péronisme en Argentine en passant par celle des gouvernements du MAS en Bolivie, chacun a intégré les organisations du mouvement de masse dans l'État, à des degrés divers.

Les droites latino-américaines et les puissances étrangères disent que ce qui se passe en Bolivie est une tentative de coup d'État, et accusent les travailleurs et paysans boliviens de ne pas respecter la démocratie en exigeant la démission de Paz. Pour eux, la « démocratie » consiste à ce que le peuple se contente de voter tous les quatre ou cinq ans, tandis que, jour après jour, ce sont les agents de l'impérialisme, les patrons et les grands propriétaires terriens, les véritables détenteurs du pouvoir, qui prennent les décisions. Lors des dernières élections, beaucoup ont voté pour Paz et Lara contre les candidats de la droite la plus dure comme Tuto Quiroga. Mais dès son entrée en fonction, Paz a lancé un plan d'austérité brutal, montrant ainsi ce que les classes dominantes entendent par « démocratique ». Comme le soulignent à juste titre les comités de blocage autoorganisés, les véritables « putschistes » sont le gouvernement, pour avoir escroqué le peuple et mis en œuvre un autre programme que celui promis.

Dans l'histoire récente de la Bolivie, nous avons également vu à maintes reprises des processus d'une grande radicalité, mais ils ont été écartés de la scène par une combinaison de détournements et de répression. Ces jours-ci, ce qui est en cours, c'est une rébellion ouvrière et populaire, car ceux d'en bas ne veulent plus continuer comme avant, ils ne supportent plus leurs conditions de vie totalement dégradées. Par ailleurs, il existe un élément central : le racisme profond qui sévit en Bolivie, tel qu'il s'est manifesté dans toute son ampleur lors du coup d'État de 2019, et dont la confrontation alimente la rébellion. La récente brûlure de la Wiphala a d'ailleurs contribué à multiplier les points de blocage.

Le peuple bolivien a le droit de se rebeller, et ce n'est qu'à partir de là qu'il y a une chance que les majorités puissent décider de leur propre destin. La grande question est de savoir comment éviter que cette force ne soit à nouveau détournée, contenue ou vaincue.

Un nœud stratégique : combiner la rébellion populaire avec la grève générale

Le processus auquel nous assistons en Bolivie et les différents événements qui se déroulent en Amérique du Sud semblent indiquer qu'une nouvelle situation est en train de s'ouvrir dans la région. Dans ce contexte, des débats stratégiques de fond refont surface, qu'il est nécessaire d'approfondir. Il existe un schéma récurrent dans toutes les révoltes de ces derniers temps : la mobilisation éclate, puis se pose immédiatement le problème de savoir comment éviter la démobilisation vers laquelle poussent les bureaucraties syndicales. Ce n'est pas un détail, c'est le nœud de la question stratégique.

Comment briser cette résistance ? Il y a une question clé qui concerne l'articulation des forces et le développement de l'auto organisation pour la lutte visant à imposer le front unique aux grandes organisations de masse. Pour l'imposer, il faut des forces ; c'est pourquoi le développement d'institutions de coordination qui passent par-dessus l'appareil bureaucratique et unifient les secteurs en lutte est central. C'est un enjeu très important dans la lutte pour parvenir à combiner la rébellion populaire avec la grève générale, qui est l'outil dont dispose la classe ouvrière pour imposer son poids, vaincre ces gouvernements de droite et ouvrir une issue favorable aux majorités. Ce sont des luttes extrêmement dures qui ne se mènent pas toutes seules, d'où l'importance d'une gauche révolutionnaire forte pour mener ces combats et disputer l'hégémonie de la classe ouvrière.

Dans le cas bolivien, ce schéma se répète. Comme le souligne la déclaration politique de la LOR-CI, « Bolivie : Pas un pas en arrière, la COB doit mettre en œuvre la grève générale ! » : la rébellion ouvrière, paysanne, indigène et populaire prend de l'ampleur, malgré les tentatives du gouvernement de la démobiliser par la répression, les poursuites judiciaires, l'intimidation et la négociation avec les directions bureaucratiques qui ne cessent de trahir aux secteurs de base. Les bureaucrates qui négocient en dehors de la collectivité sont de plus en plus rejetés par la base, comme cela s'est produit avec une partie de la Confédération syndicale unique des travailleurs paysans de Bolivie (CSUTCB), la Confédération des peuples autochtones de Bolivie (CIDOB), le corps enseignant et la Fédération des comités de quartier (FEJUVE) du sud d'El Alto.

De plus en plus de conseils, d'assemblées et d'espaces d'auto-organisation se créent pour discuter de la manière de poursuivre la lutte. Malgré l'ampleur des barrages routiers et l'énorme volonté populaire, il manque un élément central qui pourrait réellement faire pencher la balance : une grève générale illimitée effective avec arrêt du travail dans tous les lieux de production. Cette mesure a été votée lors du conseil du 1er mai de la COB, mais la direction de la centrale ne l'a toujours pas mise en œuvre à ce jour. Face à cela, les représentants du comité des barrages autoorganisés du District 8, Senkata, ont fait remarquer à juste titre : « Nous nous battons corps et âme, nous sommes déjà en lutte ; il faut maintenant appeler Huanuni, Coro Coro et Colquiri, car là-bas aussi, on veut privatiser les mines. Nous devons mettre en œuvre la grève générale ».

La Bolivie comme laboratoire de la lutte des classes : trois conclusions provisoires

La rébellion bolivienne, encore en plein développement, expose un ensemble de questions décisives pour ceux et celles qui luttent contre les droites pro-impérialistes dans la région.

Premièrement, elle montre que la mobilisation est le seul langage que ces gouvernements comprennent. On ne vaincra pas ces gouvernements en leur demandant de respecter la démocratie qu'ils violent dès leur arrivée au pouvoir pour pouvoir mettre en œuvre leurs plans pro-impérialistes, mais bien par la mobilisation. Tant qu'il y a eu des déclarations, des communiqués et du « dialogue », Paz a poursuivi son plan d'austérité ; lorsque les barrages routiers et les mobilisations ont commencé, que la répression n'a pas réussi à briser, le gouvernement Paz est entré dans une crise profonde.

Deuxièmement, l'auto-organisation montre qu'elle est la seule alternative face à la démobilisation encouragée par les bureaucraties. La Bolivie présente des tendances dans ce sens : c'est grâce à l'auto-organisation, qui s'exprime essentiellement à travers les barrages routiers, soutenus par des comités spontanés, que la lutte se poursuit malgré les manœuvres de la COB et la répression du gouvernement. C'est le développement de ces formes d'auto-organisation vers des formes supérieures de coordination qui peut permettre de rassembler les forces pour imposer le front unique menant à la massification de la lutte et à la mise en œuvre effective de la grève générale afin d'imposer la démission de Paz et de tous les putschistes.

En troisième lieu, le processus bolivien montre également que l'action directe et l'auto-organisation se heurtent constamment aux tentatives de trahison des bureaucraties, ce qui souligne l'importance d'un parti révolutionnaire fort. Un outil qui mène résolument la lutte contre la bureaucratie, afin que le mouvement ne finisse pas par dépendre de la volonté de la bureaucratie elle-même, et que l'énergie déployée par les masses ne reste pas prisonnière du cercle vicieux de la mobilisation et de l'institutionnalisation. En d'autres termes, l'importance d'une organisation politique qui lutte sans relâche pour l'émergence indépendante d'un bloc ouvrier, paysan et populaire capable de prendre les rênes de la situation.

La rébellion bolivienne n'est pas un épisode isolé, c'est un laboratoire où sont mises à l'épreuve les questions stratégiques qui traversent toute la région. Si Paz tombe, si la grève générale aboutit, si les comités de blocage parviennent à dépasser l'appareil bureaucratique et à s'organiser en une coordination nationale, l'effet sur Milei, Kast et le reste de la droite de la région sera inévitable. Ce qui est en jeu en Bolivie et commence à se jouer de manière plus globale dans la région, c'est la possibilité de changer le cours de l'histoire. Tel est l'horizon stratégique, et la tâche de la gauche révolutionnaire est d'être à la hauteur.

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