Moratoire de 3 ans sur l'immigration : Darmanin lance l'offensive contre les immigrés avant la présidentielle
Thu, 28 May 2026 16:42:07 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDans les colonnes du Journal du Dimanche, Gérald Darmanin envisage de nouvelles mesures de guerre contre les étrangers. Sous couvert de « fermeté républicaine », il propose un moratoire sur l'immigration légale, la suspension du regroupement familial et une réforme constitutionnelle instaurant des quotas migratoires.

Dans un entretien au Journal du Dimanche le 23 mai, Darmanin a exprimé très clairement ses ambitions : « Mettons un coup d'arrêt à l'immigration, expulsons ceux qui doivent l'être (…) et travaillons aujourd'hui à l'assimilation de ceux qui sont sur le territoire national ». Autrement dit, mettre fin à l'immigration telle qu'elle existe aujourd'hui, tout en durcissant encore les conditions de vie des étrangers déjà présents en France.
Parmi les mesures avancées, l'une des plus brutales concerne l'attaque directe contre la vie privée et familiale des étrangers. Darmanin propose de suspendre le regroupement familial pour les étrangers titulaires d'un titre de séjour travail. En clair, un travailleur étranger vivant et travaillant en France n'aurait plus le droit de vivre avec sa famille. À cela s'ajoutent des déclarations visant à restreindre le droit au mariage pour les personnes étrangères, notamment celles sous OQTF, assimilées à des fraudeurs permanents, indignes de fonder une famille.
Le ministre va plus loin en appelant à une réforme constitutionnelle instaurant des quotas migratoires « selon les compétences et la zone géographique ». Sa proposition n'est donc pas de suspendre totalement l'immigration, mais plutôt de limiter strictement la régularisation des étrangers aux besoins immédiats du patronat français, s'inscrivant dans la droite lignée des politiques macronistes sur l'immigration choisie. Les immigrés seraient tolérés tant qu'ils sont corvéables à merci, surexploités dans les secteurs en tension, puis expulsables dès que les besoins changent. Malgré ses déclarations hypocrites contre « un capitalisme sauvage qui se sert de l'immigration (…), des travailleurs étrangers, particulièrement mal payés et exploités par des patrons sans scrupules », c'est bien les politiques qu'il mène avec son camp politique qui participe de cette exploitation.
En effet, ces dernières années, la macronie a multiplié les offensives xénophobes qui n'ont fait que durcir une politique migratoire déjà restrictive : diminution drastique de l'accès aux titres de séjour et de leur renouvellement, explosion du nombre d'OQTF prononcées et exécutées, précarisation administrative organisée, attaques contre les prestations sociales. Cette politique rend la vie impossible à des centaines de milliers de personnes, avec ou sans papiers, exposés à la menace constante de l'expulsion.
Cette nouvelle offensive est soigneusement enrobée d'un vocabulaire républicain nauséabond. Pour Darmanin, le problème posé par l'immigration ne serait pas seulement quantitatif, mais relèverait d'un supposé manque « d'amour de la France » et d'un non-respect des règles de la République par les étrangers, alimentant le mythe raciste de l'étranger délinquant. Mais quel amour pour un pays impérialiste qui pille les ressources du Sud global, maintient des relations de domination néocoloniale, du franc CFA aux interventions militaires, et contribue directement aux conditions qui forcent des millions de personnes à l'exil ? Quel amour pour un pays qui, lorsque tu es étranger, te criminalise, te traque, t'enferme dans un CRA dans des conditions indignes, te condamne à la rue ou à risquer ta vie en Méditerranée ?
Face à cette prétendue fracture, Darmanin appelle à renforcer « l'assimilation » des étrangers déjà présents sur le territoire. Cette notion fait directement référence à l'histoire coloniale française, où les indigènes devaient prouver leur conformité aux « critères de civilisation » pour espérer devenir citoyens. Elle sous-tend la régularisation des étrangers à l'effacement des spécificités culturelles, religieuses et sociales, à l'invisibilisation et au silence. Aujourd'hui, cette rhétorique habituellement portée par la droite identitaire est reprise par le macronisme, notamment dans ses attaques islamophobes incessantes. L'universalisme républicain revendiqué par Darmanin, qui prône « l'amour de l'histoire de France » et un état qui « aime tous ses enfants » sert surtout à masquer des politiques racistes bien concrètes.
Cet entretien donne un avant-goût de la proposition du bloc central dans la prochaine campagne présidentielle : la poursuite et l'intensification de ses offensives xénophobes, avec l'immigration comme thème privilégié. Darmanin s'inscrit dans une recomposition politique du macronisme derrière la candidature d'Édouard Philippe, qu'il espère capable de rassembler de Gabriel Attal à Bruno Retailleau.
Dans cette campagne électorale aux thèmes déjà réactionnaires, s'opposer sérieusement aux projets de la droite et de l'extrême droite implique de se placer du côté des personnes immigrées qui luttent pour leur régularisation et contre leur exploitation, et de refuser qu'ils soient utilisés comme la variable d'ajustement d'un système en crise. Face aux discours qui les dépeignent comme les ennemis naturels de la classe ouvrière française, il faut dénoncer leur exploitation accrue par le patronat et la complicité de l'État qui organise leur précarité administrative pour mieux les rendre corvéables.
Cela suppose de revendiquer la régularisation de tous les sans-papiers, l'augmentation des salaires, la fin de la sous-traitance, le retrait de l'ensemble des lois racistes, ainsi que le vote accessible à partir de 16 ans et sans condition de nationalité. Une bataille politique centrale pour construire une riposte antiraciste et de classe, à la hauteur des attaques à venir.