Escalade génocidaire au Liban : Israël intensifie son offensive coloniale et bombarde tout le pays
Thu, 28 May 2026 16:08:37 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDu 19 au 26 mai, l'armée israélienne a mené 328 vagues de frappes aériennes au Liban. Une escalade majeure dans l'offensive coloniale, justifiée par une rhétorique de plus en plus génocidaire, alors qu'Israël craint que l'accord de cessez-le-feu négocié entre Trump et l'Iran ne le contraigne à mettre fin au carnage en cours.

Alors que les pays arabes fêtent aujourd'hui l'Aïd al-Adha, l'armée israélienne poursuit ses massacres contre la population libanaise dans tous le pays, en particulier dans la région de Jabal Amel au sud. Malgré la prolongation de quarante-cinq jours du cessez-le-feu annoncée à Washington à l'issue des négociations entre les délégations libanaise et israélienne ce 15 mai, cette trêve demeure largement théorique, Israël poursuivant ses frappes et ses opérations militaires à travers le Liban-Sud.
Escalade génocidaire
Alors que les discussions autour de la fin à la guerre entre les États-Unis et l'Iran se poursuivent, Netanyahu a exprimé son mécontentement au sujet de l'inclusion du Liban dans les négociations, et a appelé cette semaine à intensifier ses opération dans le pays y compris dans la banlieue de Beyrouth. Comme l'affirme Bezalel Smotrich, avec une rhétorique génocidaire, « « la seule manière, à l'heure actuelle, d'empêcher que nos soldats soient touchés est de raser dix immeubles de Beyrouth pour chaque drone tiré. » Mercredi 27 mai, Israël a en outre déclaré que le sud-Liban était désormais une « zone de combat », initiant des vagues de bombardements extrêmement massives.
Ces derniers jours, à l'occasion de la commémoration du 25 mai 2000 – date qui marque la libération du Sud-Liban et la fin de l'occupation israélienne après 22 années d'occupation– Israël a cyniquement lancé une nouvelle vague de massacres contre la population sud-libanaise pour bafouer cette mémoire collective. Plusieurs villes et villages ont été frappés par des bombardements meurtriers visant directement des zones civiles et des équipes de secouristes.
À Machghara (Bekaa-Ouest), les frappes de la nuit du 25 mai ont fait au moins 15 morts et 16 blessés, tandis que les opérations de recherche se poursuivent encore sous les décombres. À Srifa, le centre de secours Al-Risala a été ciblé par des drones israéliens, blessant trois secouristes. À Teir Filsay, le secouriste Ali Youssef Mazeh a été tué dans une frappe directe alors qu'il conduisait un bulldozer. À Qar'oun, le secouriste Kamal Alzein a été tué par Israël qui a utilisé la technique du « double tap », une méthode qui consiste à bombarder une seconde fois une zone déjà frappée, au moment où les secouristes interviennent. Israël a ainsi intensifié le ciblage direct des équipes de la défense civile et des secouristes, dans le cadre d'une stratégie de frappe systématique contre les personnels humanitaires et de secours.
À Maarka, trois frappes aériennes ont visé une zone résidentielle, rasant un immeuble. Un massacre qui a fait au moins 10 morts et 15 blessés, tandis que plusieurs personnes restent encore ensevelies sous les décombres. Cette semaine également, l'aviation israélienne a poursuivi ses bombardements contre la ville côtière de Tyr, principal centre urbain de Jabal Amel et l'une des villes les plus importantes du sud du Liban. Cette escalade meurtrière a alourdi le bilan, qui monte désormais à près de 3300 morts depuis le début de la guerre, le 5 mars.
Parallèlement aux massacres et aux bombardements qui frappent le sud du Liban, Israel a annoncé le 26 mai sa volonté d'élargir la « ligne jaune » et à dépasser la zone située au nord du Litani afin d'approfondir son contrôle militaire à l'intérieur du territoire libanais. Le jour même, Israël a concrétisé son plan en s'attaquant à la région stratégique de Nabatiyé lors d'une séquence de plus de 35 frappes visant notamment Zawtar al-Charqiyé, Zawtar al-Gharbiyé, Arab Salim, Kfar Roummane et plusieurs autres villages. Des tentatives d'avancée terrestre auraient également été signalées vers Yahmar, Arnoun et le château de Chqif, dans le but de dominer les collines entourant Nabatiyé et les axes dominant le Litani.
Selon le centre Alma Research and Education Center, dans son rapport hebdomadaire couvrant la période du 19 au 26 mai, l'armée israélienne a mené 328 vagues de frappes aériennes au Liban au cours de la semaine écoulée, marquant une hausse significative par rapport à la semaine précédente, du 12 au 19 mai, durant laquelle 187 vagues de bombardements avaient été recensées. Concernant la répartition des frappes par rapport à la « ligne jaune », le rapport indique que 784 frappes ont été effectuées en dehors de cette zone, contre 78 à l'intérieur de ses limites.
Israël dans une impasse militaire
Selon plusieurs analystes, cette escalade est liée aux inquiétudes d'Israël au sujet du développement des drones à fibre optique par le Hezbollah, une technologie directement inspirée des tactiques développées pendant la guerre en Ukraine, dont la portée est estimée à 25 ou 30 kilomètres. Plusieurs médias israéliens soulignent que l'introduction par le Hezbollah de drones FPV guidés par fibre optique a placé l'armée israélienne face à de nouveaux défis opérationnels. Ces drones, à 300 dollars l'unité, difficilement détectables et quasiment impossibles à brouiller par les systèmes électroniques traditionnels, ont considérablement réduit la marge de manœuvre israélienne dans le sud du Liban, notamment en matière de surveillance, de ciblage et de protection des positions militaires.
L'armée israélienne se trouve ainsi dans une situation militaire difficile. Bien qu'elle soit parvenue à se positionner dans certaines zones frontalières comme à Khiam ou à Bint Jbeil, Israël a échoué à imposer un contrôle total sur les villages du Sud ou à établir une occupation stable et durable. Son avancée militaire apparaît lente et limitée au regard de la puissance de feu mobilisée et des moyens militaires engagés.
Aujourd'hui, des voix de plus en plus nombreuses au sein même de la presse israélienne reconnaissent l'absence de toute perspective politique ou militaire claire dans la guerre. Les opérations israéliennes semblent s'être transformées en une politique de destruction permanente. De même, l'objectif israélien de désarmer le Hezbollah, que ce soit par la pression militaire ou par l'intermédiaire du gouvernement pro-impérialiste de Joseph Anoun, chargé de ce dossier depuis 2024, n'a pas été atteint.
Cette impasse israélienne se reflète également dans les négociations en cours entre l'Iran et les États-Unis. Malgré le flou qui continue d'entourer ces discussions, plusieurs informations convergentes indiquent que Téhéran fait de la fin de la guerre au Liban une des conditions d'un accord avec Trump. Une telle issue représenterait, pour Israël, une défaite stratégique majeure après des mois de guerre et d'escalade militaire. De son côté, Tel-Aviv cherche à brouiller les cartes et à isoler le dossier libanais de toute solution régionale globale, consciente qu'un retrait imposé sous pression étasunienne serait perçu, au sein même de la société israélienne, comme une défaite politique et militaire directe.
Cette crise fragilise également Benjamin Netanyahou, dont le pouvoir est déjà menacé par une crise politique interne et par des affaires de corruption qui menacent son avenir politique. Pour rester au pouvoir, le gouvernement israélien pourrait chercher à maintenir un front ouvert au Liban ou, en cas d'un accord qui mettrait fin à la guerre, à relancer une guerre de haute intensité à Gaza, comme les frappes meurtrières récentes dans la bande de Gaza le laissent craindre, tandis que le plan colonial de Trump est dans une impasse totale.
Il faut construire la solidarité avec le peuple libanais
Au moment où les Libanais commémorent la libération du 25 mai 2000, lorsqu'Israël a été contraint de se retirer du Sud-Liban après 22 années d'occupation coloniale des villages de Jabal Amel, cette mémoire conserve aujourd'hui une portée profondément politique et symbolique. Elle rappelle qu'aucune occupation, aussi violente soit-elle, ne triomphe éternellement. Dans un contexte marqué par les massacres, les bombardements et la destruction qui frappent de nouveau le Liban, cette mémoire devient une source d'espoir.
Alors que les États-Unis et Israël ont essuyé un premier échec dans la guerre impérialiste en Iran, il y a urgence à profiter de la fragilité de Trump et de ses alliés pour construire un grand mouvement anti-impérialiste qui se prononce en faveur de la défaite de Washington et Tel-Aviv dans toute la région en totale indépendance du régime iranien et de ses alliés dans la région. Alors qu'Israël veut appliquer au Liban la « méthode Rafah », il y a urgence à construire la solidarité la plus large avec le peuple libanais.