Deux agents exclus de la mairie de Hénin-Beaumont : le RN montre son visage anti-ouvrier
Wed, 27 May 2026 20:46:04 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalSous couvert de motifs disciplinaires fallacieux, la mairie RN d'Hénin-Beaumont a exclu deux agents municipaux syndiqués, les privant de salaire pendant un et deux ans. Une attaque frontale contre SUD Collectivités Territoriales, qui s'inscrit dans l'offensive plus large du RN contre les syndicats et le monde du travail.

Steeve Briois, a franchi un cap dans son offensive antisyndicale. Fin avril et mi-mai, son administration a notifié à deux agents municipaux leur exclusion temporaire de la fonction publique d'un an pour Fabienne Payen, de deux ans pour Djelloul Khéris. Sans salaire. Leur tort ? Être syndiqués à SUD Collectivités Territoriales, deuxième syndicat de la ville.
Les motifs invoqués sont d'une vacuité rare : Fabienne Payen, agente administrative au service de l'état civil, se voit reprocher un « comportement désagréable » envers les usagers, le « dénigrement » du photomaton du buraliste voisin, et des commentaires sur la page Facebook officielle de la commune à propos de coupures de micro durant les conseils municipaux. Djelloul Khéris, adjoint d'animation et agent territorial depuis seize ans, est quant à lui accusé de « conflits d'intérêts chroniques » pour son engagement bénévole dans deux associations de la ville. Un engagement qui l'a notamment conduit à participer à un documentaire retraçant la lutte de l'une d'elles pour le théâtre municipal. La diffusion de la bande-annonce du film, en octobre 2025, avait déjà poussé Steeve Briois à demander la révocation pure et simple de l'agent.
Ces motifs ont été désapprouvés un a un par le conseil de discipline, une instance composée de représentants du personnel, de l'administration et du président du tribunal administratif. Pour les deux travailleurs, l'avis du conseil, bien que purement consultatif, a été défavorable aux sanctions. Il l'était même à l'unanimité concernant Djelloul Khéris, qui déclarait alors : « Je dérange, parce que je refuse d'être un syndicaliste silencieux ou décoratif. Ce qui gêne, ce ne sont pas mes engagements associatifs, mais d'être syndicaliste SUD. Ma convocation devant le conseil de discipline, c'est un message envoyé à tous les autres, mais je ne me tairai pas ! »
Sans surprise, Briois n'en a cure et poursuit son offensive. Cette affaire n'est pas un accident isolé. Elle s'inscrit dans une offensive systématique des municipalités RN contre toutes les formes d'organisation des travailleurs. À Liévin, le nouveau maire RN Dany Paiva vient de supprimer la traditionnelle cérémonie du 1er mai avec les syndicats. À Saint-Avold, le maire RN Hervé Simon a tenté d'interdire la fête populaire de la CGT dans le parc municipal. Partout, le même dessein : affaiblir les contre-pouvoirs, isoler les travailleurs, le tout au service d'une politique anti-ouvrière. Bref, de la « répression syndicale pure » pour reprendre les mots de Djelloul Khéris.
Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, bastion ouvrier historique, cette offensive antisyndicale a une signification politique profonde. Le RN ne se contente pas de gérer des villes. Il prépare le terrain à l'échelle nationale en donnant des gages au patronat. En s'attaquant à SUD CT, deuxième syndicat d'Hénin-Beaumont, à quelques mois des prochaines élections professionnelles prévues en décembre 2026, Briois envoie un signal clair : les travailleurs qui s'organisent et relèvent la tête face à l'extrême droite seront sanctionnés, quels que soient les avis des instances.
David Noël, président de la Ligue des droits de l'homme du Pas-de-Calais, résume : « Steeve Briois est un adepte de la répression et un ennemi du syndicalisme. » Derrière le discours « social » de façade du RN (protection des travailleurs français, souveraineté) se révèle une réalité implacable : un parti qui, localement, réprime les syndicalistes et, nationalement, soutient les offensives du gouvernement contre le droit du travail et le 1er mai.
Les deux agents exclus ne sont pas isolés. L'Union syndicale Solidaires annonce déjà « organiser la solidarité financière » pour Fabienne Payen et Djelloul Khéris, privés de salaire. La LDH 62 étudie une intervention en justice. Leur avocat prépare un recours en annulation. Mais face à la multiplication des attaques à Hénin-Beaumont, Liévin, Saint-Avold, Perpignan, Carcassonne c'est une réponse d'ensemble du mouvement ouvrier qui doit se construire.
Le RN fait la démonstration que son arrivée au pouvoir, partout où elle se concrétise, signifie une attaque frontale contre les syndicats et les droits des travailleur·euses. Face à cela, la solidarité avec les deux agents sanctionnés est essentielle, mais c'est bien la force de l'ensemble des organisations du mouvement ouvrier, leur capacité à faire front et à organiser leur lutte à la base qui pourra faire reculer ces offensives et, plus largement, endiguer la montée de l'extrême droite en révélant le vrai visage pro-patronal du Rassemblement national.
Capture d'écran : BFM 2.