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Harcèlement policier, amendes arbitraires : les jeunes d'Essonne et de Seine-et-Marne témoignent

Wed, 27 May 2026 20:38:40 CEST

Révolution Permanente

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À Longjumeau (91), 19 jeunes ont été verbalisés pour plus de 418 000 euros d'amendes. Une répression financière qui s'ajoute aux violences policières quotidiennes subies par les jeunes des quartiers populaires, entre contrôles racistes, humiliations et passages à tabac.

Des amendes colossales pour écraser la jeunesse

Une récente enquête de Loopsider révèle l'ampleur d'une pratique de plus en plus utilisée contre les jeunes des quartiers populaires : la répression par les amendes. A Longjumeau dans l'Essonne, 19 jeunes, parfois mineurs, ont été verbalisés par la police municipale pour un total de 418 186 €. Les amendes cumulées pour l'un d'entre eux vont jusqu'à 80 000 €. Ils reçoivent ces amendes dressées sans contrôle direct, parfois même lorsqu'ils ne sont pas sur place et pour des faits qu'ils contestent.

Plusieurs jeunes témoignent de ces violences : « On n'est même pas encore majeurs, on se retrouve avec des milliers d'euros d'amendes », « C'est parce qu'on habite ici, qu'on vit ce genre de situations ». Un autre rajoute : « Ils prennent directement sur mon compte bancaire ».

Ces témoignages recueillis à Évry et Longjumeau par Loopsider sont édifiants : des adolescents se retrouvent écrasés sous des dettes vertigineuses, allant de 9 000 € à 80 000 € d'amendes avant même d'avoir touché leur premier salaire. Ces violences policières se traduisent donc aussi par une violence économique. Ainsi, les jeunes des quartiers subissent un véritable harcèlement avec des amendes abusives dont ils sont de plus en plus victimes. Cette accumulation vise à instaurer une pression durable sur une jeunesse considérée par les institutions comme dangereuse. En saisissant directement les comptes bancaires ou les salaires des parents, l'État condamne ces familles à la précarité perpétuelle.

Des violences quotidiennes dans les quartiers populaires

Cette précarisation par la dette se couple à un harcèlement quotidien par la police municipale. A Melun, le 2 avril dernier, des militants de Révolution Permanente ont été témoins d'une arrestation violente d'un jeune aux abords du lycée. Circulant en trottinette, ce dernier a été pris en chasse par plusieurs véhicules de police et a été mis à terre violemment par des agents devant leurs yeux et ceux des lycéens qui, en sortant de cours, se sont retrouvés face à un déploiement de force démesuré avec plusieurs véhicules et policiers sur-équipés, le tout pour arrêter un jeune.

A la suite de cette arrestation, des lycéens se sont spontanément présentés à nous pour nous raconter leurs propres expériences avec les forces de l'ordre. Violences et racisme rythment leur quotidien lorsqu'ils sont confrontés à la police. Un des jeunes témoigne : « Dans les contrôles, on est victimes de beaucoup de racisme. Une fois on s'est fait contrôler, les policiers sont venus nous interpeller, nous ont insulté, nous on dit qu'on puait, qu'on était des sales africains, dans la voiture on se faisait frapper alors qu'on n'avait rien fait ». Son ami complète : « On marchait et ils nous interpellent, nous mettent au sol et menacent de sortir les chiens. Après ils nous ont forcé à chanter la marseillaise et nous tenir la main. Ils nous ont filmé et nous ont mis dans leur groupe de policiers ». Les violences sont aussi régulières dans la rue lors des contrôles : « Quand ils nous font des contrôles qui servent à rien, juste on est là on se balade, ils aiment bien nous frapper, surtout le soir quand ils peuvent faire ça y'a pas de preuves ». Mais aussi lors des garde à vue où un jeune explique : « Un jour j'étais un garde à vue, y'a un policier qu'est entré dans la cellule, il a caché la caméra et il nous a gazé ».

Parmi ces témoignages, ressort souvent le rôle de la police municipale dans ces violences : « La municipale ils ont un gros abus d'autorité, on se fait souvent frapper par la municipale ».
Autre fait marquant, le 16 mars dernier à Noisiel (Seine-et-Marne), des jeunes d'un quartier de la ville ont subi des violences de la part de policiers. L'un d'eux a même subi l'explosion d'une grenade lacrymogène contre sa figure alors même qu'il était plaqué au sol par un membre de la police policier.

Dans cette ville, comme partout ailleurs en France, des territoires entiers sont le « terrain de jeu » des forces de l'ordre. Le cas du meurtre d'El Hacen Diarra le 14 février dernier en est l'exemple le plus choquant dernièrement. Ces faits s'inscrivent dans un contexte sécuritaire et raciste de plus en plus important depuis une dizaine d'années. Les faits de violences policières à l'encontre des personnes racisés sont quasiment quotidiens, en témoigne les récits des jeunes du 77 et du 91.

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Humiliations et harcèlements comme maîtres mots de son action, couplées à des amendes aux montants faramineux, la police s'est muée en un véritable « juge de la rue », s'octroyant un pouvoir de sanction pénale sans procès, ni magistrat, ni défense.

Comme le dit un jeune : « Ils contrôlent que des noirs ou des petits rebeus ». Ces contrôles reposent sur une discrimination ethnique et sociale systémique. Des documents internes des commissariats le révèlent : la police emploie explicitement le terme d'« indésirables » pour désigner les jeunes hommes noirs et arabes des quartiers populaires. Ce mot, chargé d'une histoire coloniale et répressive (utilisé contre les Algériens dans les années 60 ou les juifs étrangers dans les années 30), marque une continuité dans la gestion étatique des populations jugées « menaçantes » pour le pouvoir dominant.

Dans cette optique, la rue devient un espace de bataille. Les jeunes sont punis pour leur simple visibilité dans l'espace public, et non pour des actes réels. Les infractions invoquées — crachats (« déversement de liquide insalubre »), nuisances sonores ou non-port du masque pendant le COVID — sont des prétextes à une « multi-verbalisation » visant à évincer ces populations de l'espace urbain. La police instaure ici une véritable ségrégation spatiale.

Il serait erroné de séparer la violence « financière » des amendes de la violence physique des coups, car ces deux pratiques découlent d'une seule et même logique d'humiliation et de domination institutionnelle. Cette violence, intrinsèque à la police, traite les citoyens de ces quartiers « comme des chiens ». Les témoignages des jeunes mettent en avant la réalité brutale de ce quotidien : certains évoquent une violence systématique à chaque contrôle.

L'État a transformé les quartiers populaires en laboratoires de surveillance. Pendant le confinement, les habitants de Seine-Saint-Denis ont été 140 fois plus verbalisés que le reste de la population. Cette répression extrême démontre que les crises (sanitaires ou sociales) sont systématiquement utilisées pour renforcer l'autoritarisme. En l'absence de services publics, d'éducation décente ou de perspectives d'emploi, il ne reste que la matraque et le carnet de contraventions pour maintenir le couvercle sur la marmite sociale.

S'organiser contre ces violences

Des embryons de résistances s'organisent, à l'image des jeunes de Longjumeau organisés collectivement pour déposer des recours ou encore comme les « Brigades de mamans » de Belleville qui patrouillent pour protéger leurs enfants de ce harcèlement financier et physique.

Cependant, on observe que les voies de recours actuelles sont délibérément obstruées : 90 % des contestations sont rejetées automatiquement, et l'officier du ministère public qui examine les plaintes est lui-même lié à l'institution policière.

L'extension permanente des prérogatives de la police municipale n'est pas une réponse à un besoin de sécurité, mais bien l'affirmation d'un besoin d'autorité de l'État, remettant en cause nos libertés, privilégiant la répression. Depuis 30 ans, le budget de la police est en augmentation constante. Cette inflation budgétaire s'accompagne d'une explosion des effectifs, qui ont triplé entre 1998 et 2019. Il est également à noter que les syndicats de police sont aujourd'hui les mieux financés de toute la fonction publique, renforçant des structures qui permettent un véritable racket d'État.

La jeunesse des quartiers populaires partout en France subit une répression policière qui s'accroit ces dernières années. Quand ils ne meurent pas asphyxiés ou sous les balles des agents de police, les jeunes sont victimes de contrôles incessants, d'humiliations, de coups et d'insultes racistes. Les statistiques des violences policières sont alarmantes. L'ONG pour le droit des victimes de violences policières Flagrant Déni a publié en novembre 2025 une enquête, qui souligne une progression structurelle du phénomène. Chaque jour trois affaires de violences policières sont ouvertes. Selon le ministère de la Justice, le nombre d'affaires est passé de 700 en 2016 à 1110 en 2024, soit une augmentation de 60 % en moins de dix ans.

L'attribution d'amendes abusives est également symptomatique de la volonté de l'État de mettre sous pression une jeunesse qu'elle veut exclure de la société. L'Essonne et la Seine-et-Marne offrent des exemples flagrants de ces violences policières.

Cette situation illustre la nature profonde de l'État et de l'institution policière. Comme l'explique l'avocat Arié Alimi dans un article pour La Relève et La Peste : « La violence est au cœur du fonctionnement de l'État. Toute la discussion autour du monopole de la violence légitime porte sur le fait de savoir s'il y a un privilège de la violence pour l'État. L'affirmer, c'est montrer une asymétrie ». Dans cette perspective, l'État agit comme l'instrument d'une classe dominante pour maintenir son pouvoir par les institutions, la loi et la force.

Depuis une décennie, le cadre législatif français s'est durci au rythme d'environ une loi répressive et sécuritaire par an. Résultat : la jeunesse des quartiers populaires partout en France subit une répression policière qui s'accroit sans cesse . Quand ils ne meurent pas asphyxiés ou sous les balles des agents de police, les jeunes sont victimes de contrôles incessants, d'humiliations, de coups et d'insultes racistes.

Cette situation demande de s'affronter directement et de façon conséquente à cette logique sécuritaire et répressive. A Saint-Denis par exemple, les conseillers municipaux de Révolution Permanente Elsa Marcel et Dorian Gonthier portent une voix radicale pour défendre les jeunes des quartiers populaires de la ville face à des polices toujours plus harcelantes, racistes et violentes. Leur opposition à l'escalade sécuritaire passe par des propositions concrètes pendant leur campagne et au conseil municipal : ils militent pour le démantèlement de la vidéosurveillance, le désarmement total et immédiat de la police municipale et la dissolution des corps spéciaux de police tel que la BAC, dont les pratiques violentes sont connues de tous.

Pendant la campagne des municipales, la France Insoumise a proposé de modifier la doctrine de la police municipale et d'en faire une « police de proximité ». A Saint-Denis, c'est le discours qui a été porté par Bally Bagayoko, tout en appelant l'État à « prendre sa responsabilité ». Un discours qui ne rompt pas avec le consensus sécuritaire et qui ne permet pas de lutter contre les violences policières de façon conséquente. A l'inverse, dans cette même ville, Elsa Marcel et Dorian Gonthier appellent à porter une politique qui aurait « le courage de regarder les choses en face. Refuser de s'adapter au consensus sécuritaire, construit de toutes pièces depuis les années 1980 pour imposer les offensives néolibérales brutales à des centaines de milliers de travailleurs, est donc absolument vital. Ça veut dire que réclamer le retrait du LBD est une mesure minimale et urgente et qu'il faut même aller plus loin, en exigeant le désarmement total et immédiat et la dissolution des corps spéciaux (BAC, CSI 93, CRS) ».

Sur BFM TV, Elsa Marcel ajoutait qu'à l'inverse de « mettre des barbelés autour de la précarité et de la misère sociale » il faut exiger un « investissement massif dans les services publics, la construction de logements et des politiques de santé publique massives ».

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