Chaleurs records : face à la canicule, il faut une réponse ouvrière
Tue, 26 May 2026 21:43:49 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalPic d'une semaine de chaleurs intenses, lundi dernier a battu les records de température en France pour un mois de mai. Pendant que le gouvernement rencontre le patronat de l'énergie, responsable de la crise climatique, pour accélérer « l'électrification », sept personnes sont déjà mortes. Face à l'urgence climatique et sociale, le mouvement ouvrier doit apporter une réponse à la hauteur.

Il n'a jamais fait si chaud, si tôt dans l'année. Lundi 25 mai, 300 records de températures ont été battus au plan national : 30,7° C à Rouen, 33° C à Brest, 34° C à Paris, 34,7° C à Bergerac… des températures historiques pour un mois de mai. A Poitiers, il n'avait pas fait aussi chaud depuis 1922. Plusieurs départements ont été placés sous vigilance orange canicule, notamment dans l'ouest. Une canicule précoce qui laisse présager le pire cet été, alors que l'an dernier déjà, 1 500 morts étaient imputées à la vague de chaleur qui s'est abattue sur l'Europe en juin et juillet.
Ce sont toujours les travailleurs qui paient : dans les cuisines, sur les chantiers, dans les écoles, dans les quartiers populaires entièrement bétonnés la chaleur vient frapper violemment, toujours plus tôt, toujours plus fort. Au point de provoquer des malaises et même des morts. Au moins sept, en à peine quelques jours. Selon l'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), à partir de 30° C dans les bureaux et de 28° C sur les chantiers, les travailleurs encourent des risques. Des risques particulièrement accrus pour les personnes ayant des antécédents médicaux, ou dépassant les 50 ans, alors que ces dernières décennies les gouvernements n'ont cessé de reculer l'âge de la retraite et de s'attaquer aux emplois pénibles.
Les météorologues de Severe Weather Europe décrivent un « dôme de chaleur extrêmement anormal et puissant », phénomène formé lorsqu'un système de haute pression se met en place dans la haute atmosphère, comprimant l'air en dessous et faisant grimper la température dans les couches inférieures. L'air chaud tend alors à emprisonner la chaleur. Un phénomène qui s'empire avec le réchauffement climatique, devenant de plus en plus fréquent et de plus en plus extrême. Ainsi, des températures record ont aussi été enregistrés Royaume Uni et en Allemagne, et les pays du sud et sud-ouest de l'Europe devront continuer à subir des températures maximales, allant jusqu'à 38 °C.
En pleine canicule, Macron rencontre le patronat de l'énergie
Alors que ces températures présentent des dangers absolus, le gouvernement continue dans sa politique du pire. En plein épisode caniculaire, Macron s'est octroyé une rencontre avec les patrons du secteur de l'énergie, du BTP ou encore des transports, pour discuter d'une « planification électrique ». Les mêmes patrons qui continuent de disposer de leurs salariés comme bon leur semble, malgré le danger de la chaleur, ou qui mettent en danger les usagers avec la casse permanente des outils et de conditions de travail, comme ce fut le cas pour les deux trains bloqués des heures entre Paris et Marseille ce lundi, où les wagons sans électricité ni climatisation ont parfois atteint les 60°C avec les passagers à l'intérieur. Derrière les effets d'annonce de ce nouveau sommet sur « l'électrification », axé sur la transition vers des énergies renouvelables, il s'agit surtout de défendre les intérêts des capitalistes français, à un moment où la guerre impérialiste en Iran et le blocus du détroit d'Ormuz font flamber les prix du carburant partout.
Signe que ce gouvernement ne cherche pas ni nous protéger de la catastrophe, ni même à la ralentir, mais compte bien l'accélérer, main dans la main avec les premiers responsables de la crise climatique comme Total, qui, en ce moment même, tirent des profits records sur la guerre en Iran.
Interrogée sur TF1, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a revendiqué cette politique, même si le bilan humain dramatique de ces derniers jours, avec 7 morts dont 5 noyades, a fini par la mettre à la défensive. Mais « il faut être prudent », préconise-t-elle, et attendre la fin de l'épisode caniculaire pour tirer de véritables bilans. Elle a aussi indiqué le gouvernement se tient disposé à aider « les hôpitaux, les écoles, les maternités » pour s'adapter aux températures élevées – les même structures publiques qui croulent sous coupures austéritaires imposées par les budgets successifs de Macron, menant à des classes bondées, des hôpitaux surchargés, et qui rendent impossible l'accueil lors des fortes chaleurs. Parole d'une politicienne qui sait déjà que l'été s'annonce meurtrier, et dont le gouvernement fait le choix d'agiter des mesures anecdotiques au service du patronat.
La situation des passagers du TGV Ouigo Lille-Marseille, confinés plus d'une heure dans un train bloqué sans électricité, sans climatisation et arrivés finalement avec presque sept heures de retard, montre l'importance de placer entre les mains des travailleurs une réponse à l'urgence climatique, pour leur sûreté ainsi que ceux des usagers. Les économies faites sans cesse sur la maintenance, les outils de travail et les travailleurs eux-mêmes, en somme la casse consciente et méthodique du rail public, montrent leurs conséquences concrètes pour l'ensemble des usagers et des travailleurs à mesure que les conditions d'exploitation se dégradent. Et les canicules se rapprochant et s'aggravant chaque année un peu plus avec le réchauffement climatique, ces politiques patronales ne sont pas au bout de leurs retombées criminelles.
A rebours de ces politiques, et face à l'urgence climatique qui frappe en premier lieu les classes populaires, c'est aux travailleurs de décider quand ils peuvent travailler et à quelles conditions. De véritables mesures de protection ne viendront pas du gouvernement en alliance avec le patronat, et ne pourront être obtenues que par un rapport de force qui part du mouvement ouvrier lui-même, pour imposer la baisse des cadences de travail, la diminution du temps de travail ou encore un aménagement de sites de production adapté aux fortes chaleurs, mais aussi en cas de nécessité l'arrêt de la production non essentielle. Cela pose directement la question de la mise sous contrôle ouvrier des sites de production, étant les plus à même d'aménager leurs lieux de travail et de penser une production loin des logiques de rentabilité qui sont à la racine du réchauffement climatique.