Global Sumud Flottilla : au tribunal, témoignages et plaidoiries dénoncent la complicité de l'État français
Tue, 26 May 2026 20:48:05 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe jeudi 21 juin, le tribunal administratif de Paris a examiné un référé-liberté déposé par la Global Sumud France. Si le tribunal a, sans surprise, couvert le ministère des Affaires étrangères, la plaidoirie et les témoignages ont permis de dénoncer la responsabilité de l'État français.

Ce jeudi 21 mai 2026, une audience devant le tribunal administratif de Paris s'est tenue après que la Global Sumud France, des dizaines de ressortissants français ainsi que des associations et partis politiques ont déposé un référé liberté contre le ministère des Affaires étrangères, à la suite de l'enlèvement dans les eaux internationales et de la détention de centaines de militants qui se rendaient à Gaza pour acheminer de l'aide humanitaire. De manière inédite, la responsabilité de l'État français a été dénoncée devant le tribunal administratif de Paris dans le cadre d'une nouvelle interception d'une flottille vers Gaza.
Au cours de cette audience, la Global Sumud France a rappelé les raisons motivant la mission de ses navires, qui faisaient route vers la bande de Gaza depuis le 14 mai 2026.
C'est dans un contexte où l'ONU a déclaré la famine à Gaza, et alors « qu'Israël a détruit les points d'accès à l'eau potable, les maisons, les espaces agricoles, tous les moyens de subsistance, la possibilité même de produire, de se nourrir, tout ce qui en somme permet de vivre sur un territoire », que les militants de la flottille n'ont pas eu d'autre choix que de tenter, inlassablement, d'établir un corridor humanitaire, comme l'a souligné Camille Duprié, avocate de la Global Sumud France.
Devant une salle d'audience remplie de militants, de proches des navigants arrêtés mais également de membres des précédentes flottilles, le tribunal a été confronté à plusieurs témoignages des conditions d'arrestation. Les propos de Raphaëlle Primet, élue communiste arrêtée lors d'une précédente mission de la flottille, ont été notamment rapportés pour décrire les violences subies :« L'interception a été faite sous la menace d'armes à feu, ils ont été insultés, détenus dans un froid intense, on leur a jeté de l'eau froide, il y a eu des simulations de fusillades pour les terroriser, ils ont été empêchés de dormir, mais il y a eu aussi des violences directes ».
Cette audience a été l'occasion de rappeler que le traitement des navigants n'est que la face visible des violences exercées plus largement par l'État colonial. Les militants présents à la barre ont ainsi tenu à rappeler le sort réservé aux détenus palestiniens. Jacques Frochën, membre de l'Association France Palestine Solidarité, a déclaré : « L'ONG B'tselem qualifie les prisons israéliennes de camps de torture et c'est ça qui devrait susciter l'indignation de la France ».
Au centre des débats, c'est également l'attitude du gouvernement français qui a été dénoncée. Les plaidoiries ont notamment porté sur la réaction de Jean-Noël Barrot après la diffusion des vidéos d'humiliation des militants de la flottille par Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale. Sur les réseaux sociaux, les images publiées par le ministre israélien ont largement circulé, montrant des personnes agenouillées, menottées, humiliées, forcées à maintenir leur tête contre le sol, les mains dans le dos. Contraint de réagir, le ministre français des Affaires étrangères a condamné hypocritement les actes de d'Itamar Ben Gvir, tout en rappelant au préalable que l'État français se désolidarisait de l'action des militants de la flottille.
Commentant ces vidéos choquantes, Benjamin Netanyahu avait qualifié les navigants de « terroristes », comme l'ont rappelé les avocates de la Global Sumud pour souligner le danger encouru par les personnes ainsi désignées par le gouvernement israélien, alors que la Knesset a récemment approuvé une loi qui permet à des tribunaux d'imposer la peine de mort aux personnes associées à des actes « terroristes ».
Face aux déclarations de Ben Gvir et aux tentatives d'humiliation des militants de la flottille, Maitre Mathilde Lanté, avocate des plusieurs organisation a rappelé : « Que si ces militants ont été mis à genoux, ils ont la dignité que n'a pas l'État israélien et l'État français qui est complice du génocide ». Elle a ajouté : « face à cette nécessité morale et à la faillite du droit international, l'action de ces militants et des dockers de Gênes qui ont appelé à une grève générale est nécessaire ».
Face à la représentante du ministère qui prétendait se soucier du sort des navigants, l'hypocrisie et la constance du soutien indéfectible de l'Etat français à l'Etat israélien ont été soulignées par Maître Prisca Ancion. Celle-ci a rappelé les propos de Jean-Noël Barrot à l'Assemblée nationale le 8 avril 2026, martelant son « amitié envers Israël », alimentant la propagande selon laquelle l'Etat israélien ferait preuve d'une « grande éthique, humaniste et universaliste », tout en calomniant Francesca Albanese.
Ce soutien qui rend l'Etat français complice du génocide se matérialise aussi dans la criminalisation continue des soutiens de la cause palestinienne sur le territoire français, de l'interdiction des manifestations aux poursuites pour « apologie du terrorisme » en passant par le projet de loi Yadan et les menaces d'expulsion comme celle visant le militant Ramy Shaath.
Au cours de la soirée, les navigants de la flottille ont finalement été expulsés et certains sont arrivés en Turquie. Les images de leur arrivée à l'aéroport ont confirmé les violences subies : plusieurs militants présentaient des blessures visibles (hématomes, plaies ouvertes) et des membres cassés.
Adrien Pain, marin à bord de la flottille, a témoigné : « On a été interceptés, il y a quatre jours, loin de Gaza. On nous a gardés sur un bateau-prison avec une cour et des barbelés. Tout le monde a été battu sur notre bateau, tout le monde est passé dans un conteneur noir dans lequel plusieurs soldats s'acharnaient sur nous. Il y a aussi eu des violences sexuelles. Il fallait quémander pour tout ».
Au même moment, le tribunal a rendu sa décision et, reprenant les arguments du ministère des Affaires étrangères, a rejeté la requête en mobilisant la notion juridique « d'acte de gouvernement » « non détachable de la conduite des relations internationales de la France ». Cette notion juridique opportuniste permet au juge administratif de ne pas se prononcer sur les décisions politiques sensibles de l'Etat français et de lui ménager une immunité juridictionnelle pour ne pas contredire l'exécutif alors que des droits élémentaires sont manifestement bafoués.
Ainsi, tout en refusant de juger le comportement de l'Etat français, le tribunal administratif conclut sa décision en offrant une véritable tribune au ministère des affaires étrangères listant ses mesures cosmétiques et hypocrites face à une opinion publique qui continue de s'émouvoir largement des images et témoignages qui rappellent l'actualité et l'atrocité du génocide en cours.
C'est en ce sens que nous devons continuer à nous mobiliser dans la rue, les facs et les entreprises pour dénoncer la complicité criminelle de l'impérialisme français. En contraignant les juridictions de l'Etat à proclamer leur propre impuissance et leur soutien en dernière instance à l'exécutif, ces procès mettent en lumière aux yeux du grand nombre la responsabilité du gouvernement français, ses contradictions et la nécessité de s'y affronter par la construction d'un rapport de force. Le 18 juin prochain, une soirée de solidarité contre la répression des soutiens de la Palestine avec Anasse Kazib, Rima Hassan, Myriam Bregman et Médine sera l'occasion de revenir sur la constitution de fronts larges pour renforcer le mouvement de soutien en France et à l'international.