Retour

« Les privilégiés, c'est les patrons ! » : un ouvrier de la sous-traitance aéronautique soutient les grévistes d'Airbus

Tue, 26 May 2026 09:22:58 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Alors que des salariés d'Airbus ont débrayé début mai après la division par deux de leur prime de participation, de nombreuses réaction pointent une mobilisation de « privilégiés ». Simon Gazano, ouvrier de la sous-traitance aéro, dénonce ces attaques et défend l'unité des travailleurs.

Début mai, des débrayages spontanés ont eu lieu sur plusieurs sites du groupe Airbus. Alors que les travailleurs prenaient leurs postes, ils ont découvert que leur prime de participation, qui est censée récompenser le travail des salariés d'Airbus, est divisée par deux. Un scandale, alors que le géant de l'aéronautique fait des bénéfices records avec près de 5.2 milliards d'euros en 2025.

Pourtant, dans les commentaires sur des articles et vidéos qui parlent de ce mouvement, j'ai pu lire que les travailleurs d'Airbus seraient des privilégiés. Pour moi, ouvrier dans la sous-traitance, ça me révolte de voir des accusations pareilles qui servent directement le discours des patrons d'Airbus.

Alors oui, on sait que les travailleurs d'Airbus ont des primes qui n'existent pas chez les sous-traitants ou sont moins importantes, que pour nous dans la sous-traitance, c'est plutôt difficile : augmentations des cadences, salaires bas, toujours plus de pression au travail, course à la militarisation et répression toujours plus intense, notamment envers les syndicats CGT combatifs.

Mais on voit bien que ces primes ne tiennent pas à grand-chose, qu'une prime de participation aux bénéfices peut se retrouver divisée par deux alors que les bénéfices de l'entreprise continuent d'augmenter comme les dividendes des actionnaires. Dans mon usine aux AHG c'est pareil, on a des primes qui ont baissé récemment alors que l'entreprise ne s'est jamais aussi bien portée.

Il faut comprendre ce qu'il y a derrière tout ça : crise économique et crise géopolitique font que les conditions de travail et de rémunération se dégradent pour tous les travailleurs, y compris ceux que l'on croyait les plus à l'abri, parce que embauchés dans une entreprise « fleuron de l'industrie française » avec des carnets de commandes remplis.

Ce signal, plutôt que de nous diviser à propos de soi-disant « privilèges », devrait nous alerter sur le fait que la dégradation de nos conditions de travail va empirer pour nous tous. Si les travailleurs d'Airbus ont des raisons de se plaindre, c'est que ça va être pire pour nous dans la sous-traitance. C'est les conditions de travail et de rémunération chez Airbus qui donnent l'étalon pour déterminer les conditions chez les sous-traitants, parce qu'à la fin on travaille tous pour les mêmes patrons.

C'est pour ça que ça ne sert à rien de s'opposer entre travailleurs des donneurs et des sous-traitant. Je suis contre ces raisonnements qui servent bien à nos directions qui nous regardent nous battre entre nous. Les vrais privilégiés, c'est les patrons ! C'est eux qui profitent du fait qu'on ait des mauvaises conditions de travail, des problèmes de salaires et de primes, pas les travailleuses et les travailleurs d'Airbus.

C'est les patrons de l'aéro qui ont organisé la division du secteur avec la sous-traitance. Ils l'ont fait pour réduire les coûts sur le dos des travailleurs et diminuer notre capacité d'organisation collective. Mais c'est pas une fatalité, on peut retrouver une unité et se battre ensemble. C'est pour ça que j'apporte tout mon soutien à mes collègues d'Airbus. Ils ont bien raison d'être en colère et ils nous montrent l'exemple à suivre.

On doit s'unir pour défendre ensemble des revendications offensives qui ne se limitent pas aux primes. Ca passe par exemple par poser sur la table l'augmentation de 400 euros pour toutes et tous et l'indexation des salaires sur l'inflation. Plus largement, on doit s'unir pour refuser la division que nos patrons nous imposent entre sous-traitants, intérimaires et embauchés dans les donneurs d'ordre. Pour ca on doit défendre l'unification de l'industrie aéronautique en une seule entreprise, qu'elle soit nationalisée et mise sous notre contrôle, c'est à dire celui des travailleurs et travailleuses.

Crédits photo : Capture Vidéo

/ / / / / / / / /