Islamophobie d'État : Nuñez interdit la rencontre annuelle des Musulmans de l'Ouest
Tue, 26 May 2026 22:36:57 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalSamedi dernier, la Rencontre annuelle des Musulmans de l'Ouest (RAMO) devait se tenir à Nantes. À la demande du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, elle a été interdite pour des « propos susceptibles d'y être tenus », installant un précédent islamophobe et autoritaire dangereux.

Vendredi 22 mai, le préfet de Loire-Atlantique Fabrice Rigoulet-Roze a signé un arrêté interdisant la RAMO, événement qui rassemble chaque année depuis quinze ans des milliers de fidèles à la mosquée Assalam. La motivation officielle serait la présence d'intervenants, notamment des cadres des Musulmans de France, « susceptibles de tenir des propos constitutifs d'infractions pénales ou portant atteinte à la dignité humaine, aux principes et valeurs de la République ». Ainsi, l'État français s'arroge le droit d'interdire préventivement une réunion de 2 000 musulmans sur la base de discours qui n'ont pas été prononcés lors d'un événement qui n'a pas encore eu lieu.
Cette interdiction totalement islamophobe crée ainsi un précédent très grave. Selon cette logique, n'importe quel événement public peut désormais être interdit sur la simple hypothèse que des propos « dangereux » pourraient y être tenus. De plus, cette attaque fait écho à une tentative similaire, quand le gouvernement avait essayé d'annuler la Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF) au Bourget en avril dernier, avant d'être retoquée par la justice. La tentative à Paris avait échoué, mais cette année, l'interdiction à Nantes est maintenue, installant ainsi une logique dont les conséquences dépassent ce seul événement. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a salué sur X une décision qui « marque une étape importante dans la lutte contre l'entrisme des Frères musulmans. [...] Face à l'islamisme politique, la République doit être ferme, précise et juridiquement irréprochable ».
Cette offensive ne surgit pas de nulle part. Elle s'inscrit dans une séquence de plus en plus répressive. Le ministre Nuñez prépare une loi « séparatisme 2.0 » visant à élargir les motifs de dissolution des associations et à interdire des publications sur la base de critères volontairement flous. La loi Yadan, de son côté, entend réprimer toute critique de la politique d'Israël en l'assimilant à de l'antisémitisme. Ces derniers mois, des militant·es comme Olivia Zemor, Anasse Kazib ou Omar Alsoumi sont poursuivi·es pour « apologie du terrorisme » pour avoir exprimé leur solidarité avec le peuple palestinien, pendant que des organisations antifascistes comme la Jeune Garde ont été dissoutes, Emmanuel Macron ayant même sollicité du Ministère de l'Intérieur qu'il engage des procédures de dissolution contre 5 « émanations » locales de la Jeune Garde. Des offensives permises dans le sillage de la première loi séparatisme qui avait d'abord permis la dissolution d'organisations musulmanes comme le CCIF, avant de viser plus largement.
Aujourd'hui, ce sont les musulmans, les militants antiracistes et antifascistes, et les soutiens à Gaza qui visés par une répression qui, demain, menace l'ensemble du mouvement social et de celles et ceux qui s'opposent à l'agenda réactionnaire des classes dominantes françaises. Il y a urgence à construire un mouvement antiraciste offensif, en alliance avec le monde du travail, et qui exige le retrait de toutes les lois islamophobes et sécuritaires en vigueur.