Bolivie. Pas un pas en arrière, les directions syndicales doivent organiser la grève générale !
Mon, 25 May 2026 14:11:09 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que l'opération militaire du gouvernement Paz a rencontré une importante résistance ouvrière et que la menace de l'état d'exception plane sur le pays, nous publions la déclaration de la LOR-CI, l'organisation sœur de RP en Bolivie, qui dénonce la passivité des directions syndicales et revient sur les acquis et les tâches du mouvement.

La rébellion ouvrière, paysanne, indigène et populaire prend de l'ampleur malgré les tentatives du gouvernement de démobiliser le mouvement par la répression, la judiciarisation, l'intimidation et les négociations menées avec des directions syndicales traîtresses, dans le dos des militants de base mobilisés. Les bureaucrates qui négocient en dehors des instances collectives sont désormais désavoués par la base, comme cela s'est produit avec une partie de la CSUTCB (Confederación Sindical Unica de Trabajadores Campesinos de Bolivia, organisation paysanne), de la CIDOB (Confederación de pueblos Indígenas Del Oriente Boliviano), du secteur enseignant et de la FEJUVE (Federación de Juntas Vecinales, fédération d'organisations de quartier) Sud d'El Alto.
Dimanche 24 mai, on comptait déjà près de 60 points de blocage dans tout le pays ; les mobilisations se poursuivent à La Paz ; les cabildos, les assemblées populaires et les espaces d'auto-organisation se multiplient pour discuter des moyens de poursuivre la lutte autour d'une revendication claire : la démission de Rodrigo Paz. Et les raisons ne manquent pas, comme le rappellent ceux et celles qui interviennent dans ces espaces d'auto-organisation, qui ont émergé à l'occasion des blocages routiers et des mobilisations dans la rue.
Les manifestants et manifestantes dénoncent la hausse du coût de la vie, l'adoption de lois et de décrets qui ne profitent qu'aux secteurs patronaux (comme le décret suprême 5503 et la loi 1720), l'essence de mauvaise qualité vendue par un gouvernement corrompu, la suppression de l'impôt sur les grandes fortunes, les menaces de privatisation des entreprises publiques, le sous-financement de la santé et de l'éducation, ainsi que le racisme des autorités, qui n'ont cessé de qualifier les manifestants de « tueurs à gages », de « terroristes », de « sauvages » ou de « vandales ». La liste est encore longue.
Malgré l'ampleur des blocages et l'immense volonté populaire, un élément décisif fait encore défaut : une véritable grève générale illimitée avec arrêt du travail dans tous les secteurs de la production. Cette mesure a été votée lors de l'assemblée (« cabildo ») du 1er mai organisé par la Centrale ouvrière bolivienne (COB), mais sa direction ne l'a toujours pas appliquée. Une action d'une telle ampleur pourrait mettre le gouvernement de Rodrigo Paz au pied du mur, car l'arrêt du travail dans chaque usine, dans les entreprises, dans les centres miniers et les lieux de production frappe directement les profits des grands patrons et l'économie dans son ensemble. Si ce sont les travailleuses et les travailleurs, des villes comme des campagnes, qui produisent les richesses, pourquoi ne pourrions-nous pas utiliser cette même force pour tout arrêter, nous faire entendre et décider de l'avenir politique de notre pays ?
Alors que le gouvernement de Paz assassine des manifestants dans une opération qui porte le nom hypocrite de « drapeaux blancs », la colère grandit au sein des secteurs mobilisés. Il est temps de renforcer l'unité construite par en bas. Lors d'une réunion convoquée par la COB (Centrale ouvrière bolivienne), samedi 23 mai, les représentants du comité des points de blocage auto-organisés du district 8 de Senkata ont réagi aux positions conciliatrices de plusieurs dirigeants en exigeant qu'on ne les abandonne pas sur les barrages, tout en appelant les travailleurs des mines à rejoindre la lutte : « C'est nous qui mettons nos corps en jeu, nous luttons déjà ; maintenant il faut appeler Huanuni, Coro Coro et Colquiri, parce qu'ils veulent aussi privatiser les mines. Nous devons rendre effective la grève générale ». Les travailleuses et travailleurs doivent prendre eux-mêmes en main la mise en œuvre de la grève générale.
Comme on l'entend dans les espaces de discussion qui fleurissent dans les rues : il n'est pas possible de reculer, car ce gouvernement a déjà révélé son projet de société, livrer nos biens communs naturels aux intérêts impérialistes, main dans la main avec Trump et ses alliés régionaux, ainsi qu'avec une poignée d'hommes d'affaires comme Marinkovic, Tuto, Doria Medina et Fernando Camacho, qui continuent de s'enrichir pendant que la grande majorité d'entre nous souffre de la faim. Face à un gouvernement qui n'a à offrir que l'austérité et la répression, la rébellion populaire est un droit fondamental. Comme le dénoncent les manifestants, ce gouvernement a trompé les secteurs populaires pour obtenir leurs voix, avant de révéler dès le premier jour sa véritable orientation politique.
Ils accusent aujourd'hui les personnes mobilisées – des familles ouvrières, paysannes et populaires – d'être des putschistes qui cherchent à déstabiliser le pays. Ce sont des imposteurs : les putschistes, ce sont eux. Ce sont les mêmes qui ont perpétré les massacres de Senkata, Huayllani et Pedregal en 2019. Ce sont eux qui avaient promis de respecter les conquêtes sociales et les droits acquis par les travailleurs et le peuple, mais qui, dès leur arrivée au pouvoir, ont gouverné pour les riches et les patrons, livré le pays à l'impérialisme étasunien et rétabli les relations diplomatiques avec l'État génocidaire d'Israël. Ce sont eux qui ont trompé le peuple et qui l'attaquent aujourd'hui.
Seules l'extension de la mobilisation et une véritable grève générale permettront d'imposer la démission de Paz et de tous les putschistes. Et si cette revendication aboutissait, une autre grande question se poserait immédiatement : celle de l'horizon politique. Certes, la voie institutionnelle prévoit l'organisation d'élections dans les 90 jours sous l'autorité du vice-président conformément aux mécanismes de succession. Mais nous ne pouvons accorder la moindre confiance à Lara, pas plus qu'au Tribunal suprême électoral. En effet, le Tribunal suprême a empêché toute organisation représentant les travailleurs, les secteurs paysans et indigènes de participer aux dernières élections ; c'est aussi elle qui a installé Revilla au gouvernement de La Paz sans qu'un second tour ait eu lieu. C'est pourquoi nous pensons que la seule voie qui permettrait réellement aux secteurs organisés de prendre en main l'avenir de la vie politique nationale consiste à renouer avec des expériences comme l'Assemblée populaire de 1971, afin de mettre en place un gouvernement provisoire des organisations en lutte, ouvrières, paysannes et populaires.
Si nous reculons aujourd'hui, le coup porté d'en haut demain sera bien plus violent. Nous ne pouvons pas permettre une nouvelle fois que la bureaucratie brade notre lutte, au prix du sang versé. Les organisations paysannes, indigènes, les assemblées de quartier et les groupes auto-organisés peuvent et doivent exiger de la COB qu'elle mette effectivement en œuvre la grève générale avec arrêt du travail dans toutes les usines, dans tous les centres miniers, les banques et les lieux de travail. Les travailleuses et travailleurs de base, qui voient avec angoisse qu'ils ne peuvent plus nourrir leurs familles, doivent prendre cette grève générale en main et exiger de leurs organisations syndicales qu'elles mènent ce combat jusqu'au bout.
Exigeons de la COB qu'elle mette effectivement en œuvre la grève générale illimitée avec arrêt du travail jusqu'à la démission du gouvernement de Rodrigo Paz et jusqu'à la satisfaction de toutes les revendications portées par la COB, les organisations paysannes et les communautés autochtones !
Assez de la criminalisation des luttes sociales ! Liberté et abandon des poursuites pour toutes celles et ceux qui ont été emprisonnés pour avoir lutté !
Pour une Assemblée populaire et un gouvernement provisoire ouvrier, paysan, indigène et populaire !
Le sang versé ne se négocie pas !
Crédits photo : Mauricio Aguilar (@lente_de_mauri).