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Renvoi des réfugiés ukrainiens, production de drones : l'accord Zelensky-Merz accélère la militarisation

Fri, 22 May 2026 15:27:23 CEST

Révolution Permanente

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L'accord de coopération militaire entre l'Ukraine et l'Allemagne pose la militarisation dystopique de l'Ukraine comme un modèle pour le continent.

« Qui est le plus grand fabricant de drones en Ukraine ? Les ménagères. Elles ont des imprimantes 3D dans la cuisine et elles font des pièces détachées de drones. Ça, ce n'est pas de l'innovation. » La polémique suscitée par les propos sexistes, xénophobes et méprisants du PDG de l'entreprise allemande d'armement Rheinmetall envers les Ukrainiennes a suscité des réponses faussement outragées des dirigeants ukrainiens.

Un marché en or pour une Allemagne en plein réarmement

Mais d'un côté comme de l'autre, les affaires restent les affaires : le 14 avril, quinze jours après la publication de l'entretien dans lequel le PDG tenait ces propos, le chancelier fédéral d'Allemagne Friedrich Merz signait avec le président ukrainien Volodymir Zelensky un partenariat stratégique de défense portant sur la fabrication en commun de drones militaires.

Ces systèmes de combat lourds et sans pilotes seront produits sur le territoire allemand. Il s'agira de la plus importante initiative de construction industrielle de ce type d'appareil, les entreprises concernées avançant le chiffre de plusieurs milliers d'appareils construits par an. Les deux pays souhaitent ainsi combiner leurs avantages industriels respectifs : du côté ukrainien, une production en masse à bas coût, dont l'efficacité a été prouvée au combat ; du côté allemand, l'inclusion des dernières technologies guerrières de pointe, dont notamment une navigation assistée par IA, une plus grande capacité de défense face aux brouillages électroniques ainsi que la possibilité de fonctionner sans nécessiter de couverture GPS.

La production sera notamment assurée par l'entreprise germano-américaine Auterion. Quelques mois plus tôt, le fabricant allemand de drones Quantum Systems et la start-up ukrainienne de technologie de défense Frontline Robotics avaient déjà annoncé former une co-entreprise pour produire en série des drones destinés à l'armée. De quoi alimenter les profits de guerre des entreprises impérialistes qui utilisent la guerre en Ukraine comme un levier d'enrichissement.

En marge de cet accord, les Pays-Bas ont aussi annoncé avoir conclu un contrat de 127 millions d'euros pour produire des drones d'attaques avec l'Ukraine, tandis que des industriels français se sont précipités, ce mois d'avril, en Ukraine en quête de marchés . Alors que les drones ont modifié en profondeur la nature du champ de bataille des dernières années, les puissances impérialistes européennes désirent se positionner sur ce créneau très concurrentiel, sur lequel certains de leurs rivaux comme la Turquie ont une longueur d'avance.

Envoyer les Ukrainiens à la guerre à tout prix

Alors que Merz contribue à transformer l'Ukraine en une semi-colonie européenne, il a également profité de l'accord pour imposer des clauses xénophobes, qui visent à renvoyer les jeunes Ukrainiens réfugiés en Allemagne sur la ligne de front. Il a ainsi demandé au président Ukrainien de faire des progrès « clairs » sur le renvoi des réfugiés ce qui a été consigné dans l'accord , tandis que son gouvernement réduisait les prestations sociales pour les réfugiés, hommes ou femmes, afin d'économiser quelque 700 millions d'euros.

Un nouveau témoignage de l'hypocrisie des puissances impérialistes, pour qui la population ukrainienne doit uniquement servir de chair à canon au service de leurs intérêts. Un autre signe particulièrement marquant de cette politique est l'afflux, dans un pays au système de santé étatique complètement défaillant, d'importants fonds européens au bénéfice d'une clinique appelée Superhumans, dont l'unique but est de réparer les mutilés de guerre pour les renvoyer au combat. Alors que les récits de guerre du XXeme siècle font parfois état d'auto-mutilations de combattants pour être démobilisés, cette ultime porte de sortie pour des hommes traumatisés pourrait être ainsi refermée par les progrès de la médecine cybernétique.

D'après l'ONG ukrainienne Pryncyp, l'État ukrainien a lui aussi investi massivement, pour renvoyer au combat entre 20 000 et 50 000 soldats ayant perdu un ou plusieurs membres. L'article « Ukraine, une société cyberpunk » de la revue DSI cite notamment l'exemple d'un combattant géorigien amputé des deux jambes, qui sert de mitrailleur sur un blindé grâce à deux prothèses en titane.

L'Ukraine, un laboratoire dystopique de la militarisation

L'accord germano-ukrainien s'inscrit ainsi dans la continuité de la politique des puissances impérialistes qui font de la société ukrainienne un laboratoire du réarmement européen tout en transformant le pays en une cité-caserne aux allures de plus en plus dystopiques. Alors que l'Allemagne veut introduire des systèmes technologiques de pointe dans l'industrie des drones, l'Ukraine apparait comme le terrain d'essai de nouveaux systèmes d'armement et de contrôle social qui pourrait être réutilisés par les puissances qui alimentent cette guerre réactionnaire.

Ainsi, bien aidé par des entreprises étasuniennes, Volodymir Zelensky a tenu sa promesse de campagne de mettre « l'État sur un smartphone » : l'application dystopique DIIA qui centralise aussi bien la déclaration d'une entreprise que la réception d'un certificat de vaccination, mais aussi la possibilité d'assister à ses audiences juridiques sur son smartphone ou la délation d'un supposé traître à la nation auprès d'un bot conversationnel, se propage à grande vitesse dans la population.

Cette fuite en avant numérique, sécuritaire et ultra-libéral s'étend au champ de bataille, , ce qui réussit à inquiéter jusqu'à la très atlantiste revue militaire Défense et Sécurité Internationale (DSI). Par exemple, afin d'être officiellement capable de détecter des « saboteurs » ou des soldats ennemis, ainsi que toute personne qui s'oppose à la direction militaire, l'Ukraine a déployé une application appelée Clearview AI capable d'identifier en quelques secondes un ennemi au moyens d'outils de reconnaissance faciales, couplées à une base de données de 10 milliards de photos récupérés sur Vkontakte, le facebook russe. Cet outil de surveillance généralisé a aussi été intégré aux drones, couplé aux fameux algorithmes qui leur permettent d'ouvrir le feu sur la base d'un calcul de probabilité d'appartenance d'une personne au camp ennemi.

Par ailleurs, un système de points a été mis en place en avril 2025 en « gamifiant » la tuerie de masse. Ce système récompense les soldats qui ont éliminé des cibles adverses, suivant un barème évolutif : « 6 points pour un soldat ennemi mis hors de combat, 20 points pour un char endommagé », etc… Ces points peuvent ensuite être utilisés sur une plateforme numérique pour acquérir du matériel militaire, avec un taux actuel de conversion d'un point contre 500€. Ce système de récompense revient donc à déshumaniser encore plus le conflit en transformant la mort en une récompense numérique et renforce « certaines pratiques sadiques entre les opérateurs drones et leurs cibles humaines tous camps confondus », tout en amplifiant les blessures psychologiques liées aux faits d'infliger via des drones des blessures de plus en plus perverses.

Par delà le champ de bataille, la continuité entre la société civile et l'armée, louée par les chercheurs invités sur les médias français comme Ana Colin Lebedev, diffuse la violence de ce conflit sur l'ensemble de la société, chaque citoyen étant, par exemple, au moyen de son smartphone, un relais potentiel d'informations pour l'armée. Le « crédit militaire » mis en place sur le champ de bataille risque ainsi tendanciellement de devenir un « crédit social » attestant de l'alignement du comportement de chacun avec les objectifs de la direction militaire.

Alors que les puissances impérialistes ont utilisé l'invasion russe pour canaliser la lutte de libération nationale du peuple ukrainien au service exclusif de leurs intérêts réactionnaires et de la défense de leurs positions avancées en Europe de l'Est, il y a urgence à dénoncer cette guerre réactionnaire et l'enrôlement des travailleurs ukrainiens dans un conflit qui combine la violence archaïque de la guerre des tranchées avec les technologies les plus dystopiques.

Tandis que Trump est enlisé dans la guerre en Iran et que la fragilité de l'impérialisme étasunien pousse Washington à chercher à se désengager de la guerre, la panique des capitales européennes attise les tendances au réarmement en cours depuis 2014. Alors que l'Allemagne aspire à construire la « première armée conventionnelle » d'Europe tout en donnant à la Bundeswehr des ambitions explicitement « expéditionnaires » et que la France poursuit ses démonstrations bellicistes, de l'envoi du Charles de Gaulle et du groupe aéronaval au Moyen-Orient à proximité du détroit d'Ormuz à l'exercice Orion, il faut d'urgence construire la riposte contre la militarisation et l'austérité qui la finance.

La guerre sans fin en Ukraine, aggravée par des négociations dans l'impasse, ne peut trouver, sous la mainmise des puissances impérialistes et du régime réactionnaire de Poutine, aucune issue progressiste. Seul le mouvement ouvrier ukrainien, en indépendance totale de Zelensky et de la bourgeoisie pro-impérialiste ukrainienne, et en alliance avec les secteurs ouvriers et opprimés de la société russe peut mettre fin à la sanglante boucherie que les impérialistes conduisent depuis maintenant plus de 4 ans.

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