Comores. Une grève générale de 6 jours fait reculer le gouvernement sur la hausse des prix des carburants
Fri, 22 May 2026 16:52:21 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe 16 mai, le gouvernement des Comores a annoncé la hausse des prix des carburants appliquée par Azali Assoumani. Face à une grève générale de six jours menée par les secteurs des transports, de la pêche et du commerce, le gouvernement a cédé après avoir mené une répression violente.

Début mai 2026, le gouvernement d'Azali Assoumani a annoncé une hausse des carburants : +46 % pour le gazole, +33 % pour l'essence, +28 % pour le pétrole lampant. Dans un pays où 45 % de la population vit avec moins de 100 euros par mois, ces augmentations sont synonymes d'asphyxie pour les travailleurs et les classes populaires comoriennes.
Le point de départ n'est autre que l'offensive impérialiste de Trump sur l'Iran, qui fait flamber les prix des hydrocarbures. Les Comores, qui dépendent à 70% de la consommation extérieure, sont également durement frappées par les conséquences des hausses de droits de douane américains, dans le cadre de la guerre économique entre les États-Unis et la Chine.
La réponse populaire a été immédiate. Une grève générale a été lancée par Usukani wa Masiwa, le principal syndicat de transporteurs, rejointe par les commerçants et les pêcheurs, paralysant l'archipel pendant six jours. Il s'agit d'une durée inédite pour une mobilisation aux Comores, où le regain de colère populaire est massif face à un gouvernement qui veut faire payer la crise à la population.
Cette mobilisation a permis d'arracher une victoire, annoncée par le ministre de l'énergie samedi dernier, qui a fini par déclarer l'arrêt temporaire de la hausse des prix pour éviter que l'embrasement populaire ne se développe. Une démonstration de force des masses populaires d'autant plus importante qu'elle s'est affrontée à une violente répression.
En effet, deux manifestants ont été tués par balle et 39 personnes placées en détention. Ces derniers jours, les témoignages de violences policières contre les manifestants se sont multipliés : la vidéo virale d'une femme violentée par un policier, qui la force à porter un pneu autour du cou, illustre la violente répression déployée pour mater la mobilisation.
D'autres violences à caractère homophobe ont été rapportées : des policiers ont arrêtés des hommes puis leur ont coupé les cheveux de force, au nom de la « la préservation de l'identité comorienne » selon le Ministre de l' Éducation comorien.
Le gouvernement comorien justifie les violences policières en criminalisant les comoriens expulsés de Mayotte, affirmant qu'ils seraient reconnaissables « par leurs tatouages » et par « leurs cheveux longs et les colliers autour du cou comme s'ils étaient des femmes ». Un nouvel exemple de la façon dont différents régimes cherchent à répondre à la situation de la classe ouvrière et des classes populaires africaines, frappées par la hausse des prix du carburant, par des politiques conservatrices et xénophobes, utilisant des bouc-émissaires pour diviser la colère et légitimer leur répression.
Face à ces attaques, la grève générale menée par les travailleurs et la jeunesse comorienne démontre qu'il est possible d'infliger des défaites à ces gouvernements qui, derrière leurs discours artificiels sur l'anti-impérialisme, maintiennent des structures néo-coloniales profondément inégalitaires. Mais pour que le mouvement permette d'arracher bien plus qu'une mesure défensive, il faudra que la colère exprimée dans le mouvement de grève générale se structure.