« Les dirigeants doivent rendre des comptes » : l'assemblée du district 8 d'El-Alto montre la voie contre Paz
Fri, 22 May 2026 19:37:36 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEn plein mouvement contre les mesures austéritaires du gouvernement bolivien et face aux bureaucraties syndicales, les habitants du District 8 d'El Alto poursuivent la lutte. Nous publions la déclaration de l'assemblée auto-organisée.
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Depuis la mi-mai, la Bolivie connaît une mobilisation massive contre le gouvernement de droite de Rodrigo Paz, entré en fonction il y a seulement 6 mois. Le mouvement revendique la fin des mesures ultra-austéritaires comme la hausse du prix de l'essence ou les coupes dans la santé et l'éducation mais aussi le retrait d'une loi favorisant la dépossession des petites propriétés paysannes au profit des grands propriétaires et la démission du président aligné sur Trump et l'extrême droite internationale. Les secteurs mobilisés sont larges : paysans, peuples originaires, enseignants, mineurs, chauffeurs, étudiants, travailleurs de la santé, assemblées des quartiers populaires, etc.
En mettant en place des dizaines de barrages routiers à travers le pays, en investissant les rues et en conduisant des marches massives comme la marche des paysans et des peuples originaires qui a parcouru 1 000 km jusqu'à La Paz, la mobilisation fait trembler le gouvernement. En témoigne la diabolisation médiatique dont sont victimes les manifestants, traités de terroristes ou de narcotrafiquants, à renfort de discours raciste visant les peuples indigènes. Mais aussi la forte répression militarisée de la part du gouvernement qui a déjà fait 4 morts et une centaine d'arrestations. D'autre part, le gouvernement apporte son soutien à des milices violentes organisées pour attaquer les blocages.
Mais la répression féroce ne suffit pas à défaire la mobilisation. Le remaniement ministériel annoncé par Paz ainsi que l'annonce d'un recul sur certaines de ses offensives autoritaires et répressives montre la fragilité du gouvernement. En parallèle, la COB a annulé plusieurs manifestations et semble se préparer à négocier. Alors qu'en janvier, Mario Argollo, dirigeant de la centrale, s'était assis à la table des négociations pour éteindre la mobilisation en obtenant des miettes et des concessions sectorielles qui laissaient intact le gros des attaques, tout laisse présager d'une tentative de négociation du même type dans les jours qui viennent.
Face à cette situation, cependant, le mouvement continu, l'auto-organisation se structure tandis que les points de blocage se multiplient. Les assemblées auto-organisées depuis la base et les comités de blocages s'étendent et continuent la lutte en dénonçant l'inaction et la trahison des bureaucraties. L'assemblée des habitants du District 8 de Puente Vela (l'un des principaux quartiers ouvriers d'El Alto, la deuxième ville du pays et l'un des cœurs de la mobilisation actuelle) montre la voie en dénonçant l'inaction de la Fédération des assemblées de quartiers d'El Alto Sud et appelant à continuer la lutte jusqu'à la démission de Paz et l'obtention de leurs revendications. Nous republions ci-contre la motion votée par l'assemblée à El Alto :
Nous, les habitants du district 8 de la ville d'El Alto, réunis de notre propre initiative en assemblée populaire face à l'abandon et la trahison de la part des dirigeants officiels, déclarons ce qui suit :
Nous désavouons publiquement tous les représentants de la FEJUVE du Sud [Fédération des conseils de quartier d'El Alto Sud] pour avoir abandonné leurs bases, pour ne pas avoir répondu au mandat populaire et pour avoir tourné le dos aux besoins et aux décisions du peuple travailleur d'El Alto. Les dirigeants doivent rendre des comptes à leurs bases et non au gouvernement en place.
Le mandat issu de l'assemblée populaire, à laquelle ont participé plus de 300 personnes à Puente Vela, était clair : exiger la DÉMISSION DU PRÉSIDENT RODRIGO PAZ et intensifier les moyens de lutte jusqu'à ce que les revendications du peuple soient satisfaites. Les revendications des travailleurs ne peuvent être négociées à huis clos ni laissées sans réponse concrète.
Nous réaffirmons la nécessité de renforcer les organisations par la base, à travers des conseils populaires, des assemblées populaires et des comités de blocage élus par leurs membres eux-mêmes, car seul un peuple organisé et mobilisé pourra défendre ses droits et s'opposer aux politiques qui visent à faire payer la crise à la classe ouvrière.
Nous refusons totalement de reconnaître ces dirigeants, car El Alto doit se tenir debout et jamais à genoux, frères et sœurs !
Aujourd'hui, nous déclarons publiquement que nous refusons de reconnaître ces dirigeants, ces parasites. Est-ce adopté ou non, frères et sœurs ? Adopté !