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Inculpation de Raúl Castro, déploiement d'un porte-avions : l'escalade impérialiste contre Cuba continue

Thu, 21 May 2026 22:08:58 CEST

Révolution Permanente

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Dans le cadre du blocus énergétique criminel et des sanctions économiques, l'administration Trump continue d'intensifier la pression au point d'évoquer l'idée d'une intervention militaire.

Ce mercredi, le ministère américain de la Justice a officiellement inculpé l'ancien président cubain Raúl Castro, âgé de 94 ans, pour la mort de membres de l'organisation Hermanos al Rescate en 1996. Les spéculations sur une éventuelle attaque militaire américaine contre l'île ont immédiatement refait surface, compte tenu du précédent récent au Venezuela où l'enlèvement de Nicolás Maduro s'est accompagné d'une accusation judiciaire pour trafic de drogue présumé.

En parallèle, le Commandement Sud de l'armée américaine a annoncé avoir déployé un porte-avions à propulsion nucléaire dans les eaux des Caraïbes. Il s'agit de l'USS Nimitz, qui a participé l'année dernière aux opérations américano-israéliennes contre l'Iran. Dans ce contexte, l'influent quotidien américain The Wall Street Journal conclut un éditorial de ce jeudi intitulé « Castro est-il le prochain Maduro ? » par la phrase suivante : « Nous savons que ni le dictateur panaméen Manuel Noriega ni le dictateur vénézuélien Nicolás Maduro ne s'en sont bien sortis après les inculpations américaines ».

Cependant, peu après l'annonce de l'inculpation contre Castro et l'arrivée du porte-avions dans les Caraïbes, le président Donald Trump a tenté de calmer le jeu en déclarant à la presse qu'« il n'y aura pas d'escalade. Je ne pense pas que ce soit nécessaire », affirmant qu'il y aurait bientôt « des annonces concernant le blocus » pétrolier. De fait, depuis au moins février, des négociations bilatérales directes entre les États-Unis et Cuba se déroulent au plus haut niveau et dans le plus grand secret, ce qui ne permet que de spéculer sur les scénarios possibles.

Ce qui est certain en tout cas, c'est que la pression impérialiste se fait de plus en plus forte, pour imposer ses intérêts sur l'île, et que les signes d'une possible action militaire ne cessent de s'accumuler, même s'ils sont ensuite nuancés par des déclarations comme celles de Trump citées plus haut. Le président cubain, Miguel Díaz-Canel, a répondu aux accusations portées contre Raúl Castro en soulignant qu'« il s'agit d'un procès politique, sans aucun fondement juridique, qui ne vise qu'à alimenter le dossier qu'ils fabriquent pour justifier une agression militaire absurde contre Cuba ». Díaz-Canel avait déjà évoqué il y a quelques jours la « dangereuse escalade » menée par son homologue américain.

Dans un contexte de crise sociale profonde provoquée par le blocus énergétique que les États-Unis imposent à l'île depuis près de cinq mois, et de nouvelles sanctions économiques prononcées le 1er mai, Trump avait déjà évoqué l'envoi éventuel d'« un grand porte-avions, le plus grand du monde », qui serait posté au large des côtes cubaines et devant lequel les Cubains se rendraient automatiquement dès qu'ils le verraient. Plusieurs éléments poussent Trump à agiter la menace d'une intervention armée. D'une part, il est lui-même confronté à de nombreux problèmes externes et internes, à commencer le bourbier dans lequel il s'est enfoncé en Iran et dont il ne peut sortir, ou encore la perspective d'une défaite aux élections de mi-mandat de novembre.

L'aspiration désespérée de remporter une victoire à Cuba pourrait le conduire à une nouvelle aventure militaire, dont personne ne sait clairement quel pourrait être le résultat immédiat ni les conséquences à moyen terme.

D'autre part, le gouvernement cubain, qui depuis 2021 met en œuvre des ajustements d'inspiration directement néolibérale, des réformes pro-marché qui ne profitent qu'aux secteurs aisés ayant accès aux devises, et réprime brutalement les manifestations sociales, souffre d'un énorme discrédit auprès de la population. Il s'agit sans aucun doute du gouvernement le plus faible de toute l'ère révolutionnaire, même s'il peut s'avérer dangereux de confondre ce constat avec un soutien à une éventuelle intervention militaire américaine.

Il est également clair que le pays traverse sa pire crise économique depuis 1959, bien pire à bien des égards que la crise des années 1990. Cette situation sans précédent est certainement considérée par Trump et son bras droit cubano-américain Marco Rubio comme un « moment » clé pour avancer sur Cuba, raison pour laquelle ils ne cessent d'intensifier la pression.

Un troisième élément est que la stratégie d'étranglement économique mise en œuvre par la Maison Blanche, bien qu'elle cause de graves dommages, ne semble pas suffire à imposer ses objectifs : à savoir forcer la capitulation des dirigeants de la bureaucratie au pouvoir, ou aggraver leurs divisions internes, comme cela a été le cas au Venezuela. Les semaines et les mois passent, la crise s'aggrave à tous les niveaux (économique, social et politique), il y a eu des manifestations très étendues, surpassées seulement par celles de 2021, mais le régime ne s'effondre toujours pas. Dans le même temps, les négociations bilatérales, en cours depuis au moins février, et qui ont donné lieu à au moins trois réunions, ne semblent pas avancer, à en juger par l'escalade rhétorique croissante des deux parties. En tout cas, pas au rythme souhaité par Washington.

Nous dénonçons le fait que la direction de la bureaucratie du Parti communiste se montre prête à ouvrir son économie aux États-Unis et céder ce qui reste des acquis sociaux déjà dégradés, en échange de la préservation de ses propres intérêts économiques et politiques. Bien que le contenu des discussions soit inconnu, le point de blocage semble être l'exigence américaine de « changements politiques » et le contrôle de secteurs clés de l'économie cubaine qui sont entre les mains de la bureaucratie, comme l'empire commercial GAESA. Les compensations aux Cubains résidant aux États-Unis pour les expropriations des années 1960 constituent un autre sujet de discussion qui serait sur la table.

L'ensemble de ces facteurs fait planer le spectre d'une attaque militaire du type de celle menée par les États-Unis au Venezuela le 3 janvier, même si les menaces récurrentes servent pour le moment d'abord à faire pression dans le cadre d'une politique de blocus pétrolier et d'asphyxie économique.

Une offensive impérialiste que nous dénonçons avec force. Face à l'agression étatsunienne, il faut construire une mobilisation internationaliste en soutien à Cuba, en s'opposant inconditionnellement aux nouvelles mesures de Trump comme au blocus criminel qui dure depuis 64 ans. Une position que nous défendons en indépendance du régime bureaucratique cubain, dont les mesures de restauration capitaliste et les attaques contre les droits démocratiques des travailleurs sont un obstacle pour construire une résistance à l'offensive en cours.

Lire aussi : Asphyxier, étrangler, plier : la stratégie de Trump contre Cuba

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