Victoire : les travailleuses de Château d'Eau régularisées après 78 jours de grève
Wed, 20 May 2026 22:00:32 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAprès plus de deux mois de grève et d'occupation de leur salon de coiffure du boulevard de Strasbourg, les travailleuses de Château d'Eau ont obtenu une victoire majeure : leur régularisation au titre du soupçon de traite d'êtres humains. Une lutte exemplaire qui met en lumière l'exploitation systémique des travailleurs sans-papiers, organisée avec la complicité de l'État et du patronat.

Ce mardi 19 mai, la préfecture de police de Paris a délivré des titres de séjour aux neuf travailleuses sans-papiers du salon de beauté et de coiffure afro du 65 boulevard de Strasbourg, dans le Xe arrondissement après deux mois et demi de grève. Après une grève illimitée entamée le 3 mars et plus de deux mois d'occupation jour et nuit de leur salon, les neuf travailleuses sans-papiers ont obtenu leur régularisation au titre du soupçon de traite d'êtres humains. Une conquête arrachée par leur détermination collective, leur organisation avec la CGT et un rapport de force construit face à un patronat prêt à tout pour maintenir ses profits sur le dos des plus précaires.
Si ces travailleuses se sont mises en grève, c'est parce qu'elles subissent depuis des années des conditions de travail insupportables : salaires impayés pendant des mois, journées de douze heures, absence de congés payés ou de congés maternité, heures supplémentaires jamais rémunérées, mais aussi produits chimiques dangereux manipulés sans aucune protection. Le patron allait jusqu'à exiger 250 euros pour remettre des fiches de paie, parfois falsifiées, à des salariées dépendantes de ces documents pour leurs démarches de régularisation. Une extorsion inacceptable fondée sur la peur permanente des sans-papiers d'être expulsé·es.
Après cette victoire importante, la lutte des travailleuses de Château d'Eau se poursuit sur le plan juridique. La régularisation n'était en effet qu'une partie de leurs revendications : elles exigent de recevoir l'ensemble des sommes que le patron leur a extorquées et volées, à savoir les salaires, heures supplémentaires et congés impayés. « Le combat n'est pas terminé, on veut que nos droits soient totalement restitués, et que notre patron soit condamné », témoigne l'une des grévistes auprès de Mediapart. Pour obtenir une victoire complète contre le patron, il sera essentiel de maintenir le rapport de force instauré pendant ces 78 jours de grève et d'occupation ainsi que les liens combatifs qui se sont soudés parmi les travailleuses.
Cette situation est loin d'être un cas isolé. Déjà, il y a douze ans, une grève historique avait éclaté dans un autre salon de coiffure du même boulevard, aboutissant à la condamnation du patron pour traite d'êtres humains. Si les mêmes pratiques continuent aujourd'hui, c'est bien parce que cette surexploitation des travailleurs immigrés est systémique. On la retrouve dans les salons de coiffure, dans la restauration, sur les chantiers, dans la livraison ou encore dans les structures comme Emmaüs, où en 2024 des travailleurs sans-papiers se sont eux aussi mis en grève contre des conditions de travail indignes. La situation des travailleuses de Château d'Eau révèle bien le quotidien des travailleurs sans-papiers qui sont maintenus par l'État dans la précarité administrative pour les contraindre à accepter des salaires de misère, des horaires interminables et des violations permanentes du droit du travail.
Cette violence sociale n'est pas un accident, mais est organisée politiquement. En multipliant les lois anti-immigrés, les OQTF, les enfermements dans les CRA et les obstacles à la régularisation, les gouvernements successifs fabriquent délibérément une main-d'œuvre sur-exploitable. L'État criminalise les étrangers tout en permettant au patronat de tirer profit de leur précarité pour faire pression sur l'ensemble du monde du travail. Face à l'offensive raciste et antisociale, il faut imposer un programme clair : fermeture immédiate des CRA, abrogation de toutes les lois anti-immigrés, régularisation de tous les sans-papiers, liberté de circulation et d'installation. La victoire des travailleuses de Château d'Eau montre que seule la lutte collective, organisée par le mouvement ouvrier et les collectifs de sans-papiers, peut faire reculer cette politique réactionnaire et arracher des droits pour toutes et tous.