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Municipales 2026 : des ingérences israéliennes ont ciblé LFI sous l'œil complice de l'État français

Wed, 20 May 2026 21:55:21 CEST

Révolution Permanente

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Une enquête de Libération et Haaretz révèle que les campagnes de désinformation ayant visé trois candidats insoumis lors des dernières municipales ont été initiées par deux entreprises basées en Israël.

En mars dernier, c'était d'abord Le Monde qui avait mis en lumière une opération ciblant le candidat LFI à Marseille, Sébastien Delogu : un ensemble de faux sites et de faux comptes sur les réseaux sociaux relayant des accusations de viol et de violences montées de toutes pièces. Rapidement, le réseau de faux comptes fait apparaître une opération de plus large envergure.

Des comptes ciblent François Piquemal, le candidat insoumis à Toulouse, en l'accusant d'être un pédocriminel. Un site internet, appelé « L'alternative 2026 », est présenté comme un site de consignes de vote pour les personnes musulmanes, appelant à « une France plus musulmane », et indiquant que la France insoumise serait favorable à « l'instauration de la charia ». En résumé, un tissu de mensonges visant à surfer sur l'islamophobie ambiante pour décourager les potentiels lecteurs de voter pour un candidat insoumis.

Deux mois plus tard, le 14 mai dernier, Libération et Haaretz ont conjointement publié une enquête remontant à l'origine de ces campagnes de désinformation, qui ont tout particulièrement visé trois insoumis : David Guiraud, François Piquemal et Sébastien Delogu, respectivement candidats à la mairie de Roubaix, de Toulouse et de Marseille.

Derrière l'opération, un nom émerge : l'entreprise BlackCore, qui se présente comme une « entreprise d'élite spécialisée dans l'influence, le cyber et les technologies, conçue pour l'ère moderne de la guerre de l'information ». Elle propose un modèle de « campagne politique » fondé sur la création de « 1600 avatars » déployés sur les réseaux sociaux qui ont pour objectif « l'infiltration de groupes » Facebook, la « manipulation des tendances » sur TikTok ou la « manipulation de sondages » sur Instagram, le tout afin de monter des « contre-narratifs » visant certains candidats. Mais BlackCore a tout d'une entreprise fantoche. Malgré ses 15 ans d'expérience revendiqués, on ne trouve aucune trace de son existence avant août 2025.

Libération et Haaretz sont donc parvenus à identifier plusieurs sous-domaines associés à BlackCore et à remonter à deux entreprises : SNI et Galacticos Ltd, toutes deux domiciliées en Israël et qui entretiennent des relations étroites. Parmi leurs actionnaires communs, on retrouve notamment Nir Benita, co-fondateur de SNI au CV bien fourni, avec un passage notable de dix ans au sein de l'unité 8200 de Tsahal, dédiée au cyberespionnage. Une photographie datée de septembre 2025 met également en scène l'ancien directeur général de l'agence nationale de cybersécurité israélienne entre 2018 et 2022, Yigal Unna, présenté comme membre de « Galacticos.AI ».

L'envergure de l'opération qui a ciblé les candidats insoumis est telle qu'elle a suscité l'ouverture d'une enquête par les services de renseignement français. Mais à ce jour, aucun élément n'est avancé par ces derniers qui permettrait d'identifier les commanditaires de ces campagnes. Même son de cloche du côté de la justice.

Une absence de zèle que n'a pas manqué de remarquer Le Canard enchaîné dans un article paru ce mardi 19 mai. Le journal révèle que la DGSI a été particulièrement laxiste dans sa gestion de l'affaire : alors que Viginum (le Service de vigilance et protection contre les ingérences numériques étrangères) avait déjà repéré les actions de BlackCore début avril, la DGSI estimait que « l'affaire n'[était] pas suffisamment caractérisée pour évoquer une immixtion étrangère ». Du côté de la justice, les sollicitations du procureur de Marseille auprès du Pôle national de la lutte contre la haine en ligne pour réunir dans une même enquête les affaires ciblant les trois candidats insoumis, sont restées lettre morte depuis la mi-avril.

Mais ce n'est pas tout, puisque Le Canard enchaîné révèle également qu'un rapport public consacré aux ingérences numériques étrangères a été largement censuré, « par peur de servir de tremplin à LFI » selon une source. Le 5 mai dernier, lors d'une réunion du Réseau de coordination et de protection des élections, un des cinq hauts fonctionnaires présents aurait sabordé toute une partie du rapport, supposée revenir sur les opérations de déstabilisation lors des dernières élections municipales et notamment les attaques qui ont visé les trois têtes de liste insoumises.

Jean-Luc Mélenchon, dans un post sur X, a fustigé ceux qui « au sommet de l'État » cherchent à « édulcorer la vérité » et un gouvernement qui « se tait ». En effet, alors que Macron déclarait en avril dernier vouloir initier un projet de loi « contre les ingérences étrangères », son silence fait apparaître un deux poids deux mesures criant. Mais cela n'a en réalité rien de bien surprenant.

Le président a maintes fois décrié les campagnes de déstabilisation menées par la Russie lors des scrutins électoraux en Europe de l'Est, ou même en Allemagne. Ces ingérences sont réelles, mais leur mise en avant par le gouvernement français sert un objectif politique : alimenter la rhétorique de la « menace russe » pour accélérer la militarisation du pays.

En parallèle, les campagnes de désinformation menées par Israël sont elles aussi, avérées et documentées. Si le lien entre les attaques visant les candidats insoumis aux municipales et le gouvernement israélien n'est pour le moment pas établi, l'État sioniste figure bel et bien à l'avant-garde de la « guerre numérique », de la « guerre de l'information » sur les réseaux sociaux. On pourra par exemple citer la création d'un véritable réseau de faux comptes X début 2026, diffusant des contenus manipulés ou générés par intelligence artificielle pour promouvoir parmi les opposants participant aux manifestations contre le régime la figure de Reza Pahlavi, héritier d'une tradition de soumission à l'impérialisme. Une stratégie bien rodée des autorités israéliennes, qui l'ont employée à de maintes reprises et qui a notamment été documentée par Medium depuis 2019.

Si Macron et le gouvernement ne s'indignent pas contre ces campagnes menées par Israël, c'est parce que celles-ci sont fondamentalement compatibles avec leurs intérêts. Que ce soit la tentative de déstabilisation du régime iranien ou les attaques visant des candidats insoumis, ces ingérences servent un même agenda réactionnaire et impérialiste. Cette campagne numérique durant les élections municipales s'inscrit finalement dans la continuité des tentatives de criminalisation et de diabolisation de La France insoumise depuis plusieurs mois, autour de la mort de Quentin Deranque et des calomnies sur le prétendu anti-sémitisme des insoumis. Le silence complice de la macronie et de ses alliés face aux barbouzeries crasses qui ciblent les figures insoumises ne surprend donc personne. Quels que soient ses réels commanditaires, l'ingérence israélienne s'inscrit pleinement dans le projet de marginalisation de l'une des seules forces de la gauche institutionnelles qui a ouvertement exprimé son opposition au génocide en Palestine et a refusé de capituler face aux pressions du régime sur ce sujet.

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