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« Nous vous tuerons » : Trump menace les militants trans et de gauche radicale

Wed, 20 May 2026 21:40:28 CEST

Révolution Permanente

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Le 6 mai dernier, le gouvernement étasunien a publié une feuille de route indiquant ses orientations en matière de lutte anti-terroriste. Parmi les premières cibles figurent les personnes trans ou tout groupe les soutenant, et les groupes militants de gauche radicale. Un document qui annonce une répression brutale, alors que Trump est en difficulté sur le plan intérieur et international.

Le 6 mai dernier, l'exécutif fédéral étasunien a publié une feuille de route indiquant ses orientations pour les années à venir en matière de lutte anti-terroriste. Si la feuille mentionne les « groupes terroristes islamiques anciens », elle fixe également de nouvelles cibles à réprimer. La circulaire mentionne en effet les « narcoterroristes et les gangs transnationaux », sur lesquels se fonde la rhétorique raciste développée par l'administration Trump pour justifier d'une part leur politique migratoire brutale et de l'autre les interventions impérialistes en Amérique latine sous couvert de « lutte contre le trafic de drogue ». Mais elle désigne également, sur le plan strictement intérieur, les « groupes d'extrême-gauche violents, anarchistes ou antifas » comme les nouvelles priorités de la politique anti-terroriste étasunienne.

Pour justifier ces priorités, la circulaire renvoie à des attentats commis par des militants d'extrême-gauche et/ou pro-trans contre des « chrétiens », en réalité des militants d'extrême-droite, citant notamment l'assassinat de Charlie Kirk par un jeune homme sympathisant de gauche et de la défense des personnes LGBT.

Le document recommande donc, comme stratégie anti-terroriste sur le sol national, de procéder à « l'identification et à la neutralisation rapide » de ces groupes pro-trans ou d'extrême-gauche, et, pour ce faire, « d'identifier, d'enquêter sur et d'arrêter les terroristes et les membres de gangs avant qu'ils ne puissent tuer des Américains ». Pire encore, la circulaire se termine sur une menace directe envers les personnes désignées comme terroristes par la circulaire, juste au-dessus de la signature de Donald Trump : « Si vous voulez faire du mal aux Américains, nous vous trouverons et nous vous tuerons ». Cette formulation a depuis été largement dénoncée sur les réseaux sociaux par des sympathisants de la cause trans, la circulaire pouvant donc, à la prendre au mot, légitimer des meurtres de militants pro-trans à des fins « anti-terroristes », et, plus immédiatement et façon certaine un travail d'infiltration et de sape de ces groupes par les services d'intelligence étasuniens.

De fait, il s'agit d'un saut important dans la campagne de diabolisation des personnes trans aux États-Unis, qui arrive après plus d'une décennie de campagne anti-trans intensément menée par les Républicains et l'extrême-droite dans le pays. La circulaire en elle-même reprend, sous une formulation atténuée et moins détaillée, un point du programme Projet 2025, rédigé par la Heritage Fondation et que devait mettre en œuvre Donald Trump au cours de son nouveau mandat, qui prévoyait de mener une campagne pour assimiler toute forme de soutien, même minimale, aux droits des personnes trans à de la « violence extrémiste inspirée par l'idéologie transgenre » (TIVE) et d'appliquer ensuite les recettes de l'anti-terrorisme non seulement aux organisation trans et LGBT, mais à toutes les organisations qui refuseraient de s'en dissocier.

Le document appelle donc à une vigilance maximale sur les groupes de gauche dont l'idéologie serait « anti-Américaine, radicalement pro-trans ou anarchiste ». Derrière cette dénomination large et vague, c'est surtout un véritable signal envoyé à la gauche radicale américaine et à toutes celles et ceux qui relèvent la tête, à un moment où Trump est en difficulté après les mobilisations contre l'ICE et contre les guerres impérialistes, alors que viennent désormais s'ajouter les conséquences économiques de la guerre en Iran qui se font de plus en plus sentir sur les classes populaires. Les critiques de ses politiques sont de plus en plus massives à l'approche des midterms, et Trump tente ainsi de remobiliser sa base électorale en la rassemblant autour d'une campagne violemment transphobe et en criminalisant toute personne ou organisation qui tente de résister à ses offensives réactionnaires. En effet, la cote de popularité du président étasunien n'est plus qu'à 37%, seuls 35% approuvent la guerre en Iran et seuls 32% sont plus favorables au camp Israélien qu'au camp Palestinien dans les affrontements en cours. Trump apparaît dans un isolement grandissant, il est enlisé dans un conflit sans solution en perspective et il devient la figure impopulaire, même dans son propre pays, de la crise de l'impérialisme américain.

Face à ces offensives, aucune confiance ne peut évidemment être accordée au Parti Démocrate. Celui-ci était à la tête du pays pendant une partie de l'ère Maccarthyste et était parfaitement adapté à la ségrégation et à la répression des militants communistes et homosexuels, sous les présidences de Truman ou de Kennedy. Et, ces dernières années, face aux pressions exercées par les campagnes transphobes et suivant le pari droitier de parler à une base républicaine « déçue de Trump », de larges franges du Parti Démocrate n'ont pas hésité à reprendre certains de leurs mots d'ordre. Pete Buttigieg, leader démocrate pressenti pour être candidat aux élections présidentielles de 2028, a par exemple déjà exprimé qu'il ne voulait pas revenir sur les lois adoptées sous la présidence de Trump interdisant aux femmes trans de participer à des compétitions sportives scolaires et universitaires pour des questions « d'équité ». Une position également partagée par Gavin Newsom, gouverneur de Californie, et Cory Booker, sénateur du New Jersey. De la même manière, les démocrates sont divisés sur la question de l'accès aux soins de transition pour les mineurs trans, essentiellement par crainte de froisser les opinions transphobes d'une partie de la population étasunienne, symptôme du fait qu'ils ne se préoccupent du sort des personnes trans que dans la mesure où cela sert un projet électoral. C'est pourquoi il est très important d'organiser la riposte en totale indépendance du Parti Démocrate et de dénoncer tous ses reculs sur les droits trans, sur les droits démocratiques, ainsi que son caractère profondément bourgeois et impérialiste.

Ce que la Maison Blanche annonce, c'est une tentative de répondre à la crise du trumpisme par une répression brutale sur le plan interne, qui s'attaquera en premier lieu aux personnes trans, mais qui est vouée à s'étendre à toutes les organisations de gauche. Les nouvelles orientations en matière de lutte anti-terroriste constituent d'une offensive antidémocratique qui pourrait avoir des conséquences désastreuses. Mais si, au contraire, l'ensemble des opposants aux politiques transphobes et répressives de Donald Trump parvient à imposer une réponse par en bas, dans la continuité des mobilisations exemplaires de Minneapolis menées contre l'ICE, cela pourrait déboucher sur un nouveau camouflet pour Trump, et surtout sur une victoire importante contre l'internationale réactionnaire et la transphobie qu'elle promeut.

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