Paris : grève et rassemblement contre le « management toxique » à l'Éducation nationale
Tue, 19 May 2026 22:17:19 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe mardi, des enseignant·es parisien·ne·s étaient en grève pour dénoncer la dégradation des conditions de travail liée à des directions de plus en plus maltraitantes. Une politique managériale qui vise à briser les résistances, dans un contexte d'offensives austéritaires et militaristes.

Une centaine de personnes se sont rassemblées ce mardi 19 mai devant le rectorat de Paris pour dénoncer la « forte dégradation des conditions de travail des personnels », en lien avec les pratiques managériales ayant cours dans l'académie de Paris. Elles répondaient à l'appel d'une large intersyndicale locale (CGT, FSU-SNES, FO, SUD, CNT), qui entend porter le fer contre ce fonctionnement « systémique » dans les établissements de la capitale.
Les manifestant·es dénoncent la multiplication des cas de souffrance au travail
Bravant la petite pluie fine qui s'abat sur le boulevard d'Indochine, plusieurs intervenant·es prennent la parole pour décrire leur quotidien. EREA Edith Piaf, Ecole Boulle, lycée Diderot ou Louis Armand, collège Gustave Flaubert, tous dressent le même tableau d'une sombre réalité. Vexations quotidiennes ; pression de la direction (dont certains représentants se vantent même d'avoir « un management disruptif ») ; boule au ventre ; arrêts de travail de plus en plus fréquents qui, parfois, basculent en longue durée, tous ces témoignages concordent pour pointer un phénomène de moins en moins isolé. Selon un responsable de FO, 30 % des établissements parisiens seraient concernés par ce problème.
Un personnel du lycée Diderot évoque ainsi Cédric, un enseignant de 50 ans récemment décédé, qui, en raison d'un arrêt maladie prolongé, a fini par perdre son poste. Ce témoignage, comme d'autres, pointe du doigt l'absence d'information, le refus de recevoir, d'écouter les personnels en souffrance. En témoigne la réponse du rectorat faite à une représentante de Louis Armand au sujet de trois personnes en arrêt maladie, et qui dénoncent une souffrance au travail en lien avec les pratiques de leur direction : « c'est pas le moment » ! « Ah ! bon, mais alors, c'est quand le moment ? », s'indigne-t-elle. Bonne question, en effet.
Des « politiques managériales » qui visent à mettre les travailleurs au pas
Car le « management toxique » ne sort pas de nulle part. Il n'est pas le fruit d'individus isolés et dysfonctionnels. Il est le résultat d'une politique définie en haut lieu par le ministère. Une politique qui accompagne les suppressions de postes, le recours de plus en plus massif aux contractuels et vacataires, le refus de revaloriser les salaires des personnels. Dans un contexte où le gouvernement cherche à faire payer la crise aux travailleurs, les budgets de l'Éducation, comme ceux de l'ensemble des services publics, sont toujours plus réduits, tandis qu'en parallèle, les aspects les plus autoritaires de la Ve République se renforcent.
Pour imposer la dégradation des conditions de travail et briser les tentatives de résistance, il devient ainsi de plus en plus nécessaire de s'appuyer sur des directions autoritaires et répressives qui fracturent les salles des profs, et tenter de faire taire les personnels les plus combattifs. En témoignent les exemples de répression qui se multiplient, visant notamment des militants syndicaux ayant dénoncé la maltraitance de la part de leur direction, des enseignant·es ayant dénoncé des cas de violences sexistes et sexuelles dans leur établissement, ou des personnels ayant laissé des élèves exprimer leur soutien au peuple palestinien.
« Il n'y a rien à attendre du rectorat, sauf ce que l'on prendra ! »
Pour lutter contre ce mal, tous les intervenants s'accordent sur un point : les outils administratifs ne suffiront pas. Comme le résume un enseignant à la fin du rassemblement : « il n'y a rien à attendre du rectorat, sauf ce que l'on prendra » !
Un appel à la lutte bienvenu, alors même que les attaques contre les services publics, hôpital et éducation en tête, se sont multipliées ces derniers mois, sans que les directions syndicales ne cherchent pour l'instant à participer à construire une mobilisation à la hauteur des attaques. Le « management toxique » n'étant que le reflet du durcissement des politiques antisociales et répressives, il s'agirait en effet de s'attaquer au mal à la racine, en luttant contre les budgets autoritaires et militaristes, qui accompagnent la mise au pas des personnels et de la jeunesse.