Qui a peur de Ramy Shaath ?
Tue, 19 May 2026 19:58:04 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalMenacé d'expulsion pour son soutien à la Palestine, Ramy Shaath est visé par une nouvelle offensive de l'État français. Face à la répression, il faudra être nombreux ce jeudi 21 mai à 14h devant le tribunal judiciaire de Nanterre pour le soutenir.

Le jour même de l'anniversaire des 78 ans de la Nakba, l'État français revenait à la charge contre Ramy Shaath, militant historique de la cause palestinienne, menacé d'expulsion pour son soutien à la Palestine. Après une procédure pour « apologie du terrorisme » classée sans suite, le gouvernement choisit désormais de recourir aux armes de la justice administrative pour tenter d'expulser un militant très actif au sein du mouvement de solidarité en France.
Avec des méthodes dignes de la dictature militaire égyptienne, grand allié de la France au Moyen-Orient, les renseignements français ont produit un « papier blanc » dont les accusations tiennent du délire. En un mot, le tort de Ramy Shaath est d'avoir adopté des vues contraires au Quai d'Orsay : le militant représenterait une « menace à l'ordre public » en raison de son « antisionisme » et de sa critique de la « solution à deux États. »
Alors que l'État rétablit de plus en plus ouvertement un délit d'opinion, il n'hésite pas à ajouter quelques fabrications de son cru, jusqu'à présenter un pull beige, de la marque Uniclo, comme un « treillis militaire », tout en jugeant que le militant « dissimulerait » son antisionisme, en adoptant une attitude « vicieuse. » Le contenu du « papier blanc » transpire à chaque ligne le racisme des vieux rapports de police de l'Algérie française et cette inquiétude de colon au sujet de la « duplicité » des colonisés. D'ores et déjà, le ministre Nuñez a privé Ramy Shaath de son compte bancaire en même temps que de sa carte vitale, alors que le militant souffre de problèmes cardiaques. Une stratégie d'étranglement économique et médicale qui avait déjà été mise en œuvre contre Omar Asloumi, l'un des fondateurs d'Urgence Palestine.
Depuis plusieurs mois, l'offensive répressive contre les soutiens de la Palestine gagne en effet en violence. Après la procédure en suspend de dissolution d'Urgence Palestine, suspendue, Europalestine est dans le viseur du gouvernement, de la condamnation brutale d'Olivia Zemor au procès à venir de Nicolas Shahshahani, le 9 septembre prochain. L'État poursuit également ses offensives contre des figures politiques comme Rima Hassan, député européenne LFI en procès le 7 juillet, ou Anasse Kazib, porte-parole de Révolution Permanente, poursuivi pour un tweet de soutien à la Palestine, et dont le procès est prévu le 25 juin. Et bien sûr les militants palestiniens comme Omar Alsoumi, dont le procès a été renvoyé au 7 décembre. Comme Ramy Shaath le résume, « la Nakba, ce n'est pas seulement les massacres, c'est aussi l'exil et la répression. »
Mais l'acharnement contre Ramy Shaath s'inscrit dans une tendance plus générale. Le « papier blanc » apparait ainsi comme manifeste politique des plus hautes instances de l'État, qui éclaire le sens des offensives autoritaires et islamophobes en préparation : loi immigration 2.0, loi sur l'entrisme islamique de Retailleau, loi séparatisme XXL, loi Yadan, etc. L'ordre du jour de l'Assemblée nationale est devenu une armurerie réactionnaire qui vise tout particulièrement ceux et celles qui luttent depuis deux ans et demi contre le génocide.
Les accusations qui visent Ramy Shaath font ainsi déjà signe vers ce nouveau délit que Nuñez met au cœur de son texte sur le séparatisme lorsqu'il expliquait au Monde qu'il « ne cible pas seulement l'entrisme islamiste, mais toutes les formes de séparatisme et d'entrisme. » L'anti-militarisme ou le soutien au peuple palestinien pourrait bientôt être constitutif de cet « entrisme en général » qui, au-delà de la rhétorique islamophobe, vise désormais toute opposition à la ligne pro-génocide et militariste du gouvernement. Ainsi, les textes en préparation ne visent ni plus ni moins qu'à enregistrer dans la loi les méthodes répressives déjà mobilisées contre le mouvement pro-palestinien, pour les généraliser.
Derrière la posture du macronisme pourrissant, qui a hypocritement reconnu l'État palestinien tout en validant la résolution 2803 et le plan colonial de Trump, le soutien inconditionnel à Israël se poursuit sur la scène intérieure. Un consentement au génocide qui est inséparable de la panique d'un impérialisme en déclin face à l'émergence de sentiments anti-coloniales. Alors que Meloni est sous surveillance des masses en Italie, après les grèves anti-coloniales de l'automne dernier, la lutte contre le génocide et la complicité de l'impérialisme français menace de s'élargir à la politique étrangère générale de la France en Afrique ou dans ses colonies.
Car, tandis qu'Israël enlève les militants des flottilles, comme Thiago Ávila et Saif Abukeshek, à des milliers de kilomètres de Gaza dans les eaux internationales, la France n'hésite pas à déporter les leaders du mouvement indépendantiste kanak pour les écrouer dans les prisons métropolitaines, loin de la Kanaky où le régime français conduit depuis des décennies une politique de colonialisme de peuplement dont la répression sanglante des révoltes de 2024 et le dégel du corps électoral, voté au Sénat lundi 18 mai, sont les derniers exemples en date.
La solidarité avec Gaza représente ainsi une menace directe pour les intérêts de l'impérialisme français alors que les classes dirigeantes craignent qu'elle ne devienne le ferment d'une situation de « double pouvoir moral », opposant le soutien internationaliste aux luttes des peuples colonisés à la solidarité réactionnaire des puissances coloniales entre elles.
Il faudra être nombreux au rassemblement de soutien à Ramy Shaath organisé jeudi 21 mai, à 14h, devant le tribunal judiciaire de Nanterre. Une date qui doit servir à construire une riposte d'ampleur, dont la soirée évènement du 18 juin sera également un moment important, à l'occasion d'une rencontre entre Rima Hassan, Anasse Kazib, Elsa Marcel, avocate et conseillère municipale de Saint-Denis, et Myriam Bregman, député du PTS en Argentine qui s'est battue avec acharnement contre le génocide de classe lors du coup d'État de 1978 en Argentine. La soirée sera suivie d'un concert de Médine.
Face à la répression en cours, il y a urgence à construire un front large, qui articule la solidarité inconditionnelle avec le peuple palestinien et la lutte contre le génocide au combat contre l'impérialisme français, ses politiques coloniales sur les cinq continents et ses offensives autoritaires, militaristes et islamophobes sur la scène intérieure. Les mois qui viennent seront décisifs.