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Retraites : le RN prépare un recul sur l'abrogation de la réforme Macron à 64 ans

Tue, 19 May 2026 21:30:34 CEST

Révolution Permanente

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La question des retraites sert historiquement de « totem social » au RN pour séduire un électorat populaire. Après avoir déjà abandonné la retraite à 60 ans, le parti semble préparer le terrain à un nouveau recul sur les 62 ans. De quoi accentuer son alignement néolibéral et écorner un peu plus son vernis « social ».

Une fois de plus, le Rassemblement national s'apprêterait-il à un nouveau recul sur les maigres revendications sociales qu'il dit défendre ? Si Marine Le Pen a réaffirmé sur RTL que le retour à 62 ans (et 60 ans pour les carrières longues) restait dans le programme pour 2027, les propos de Jordan Bardella et de Sébastien Chenu ont ouvert une brèche importante dans ce discours, ouvrant la voie à un recul sur les retraites.

Interrogé sur la question des retraites sur France Info, Sébastien Chenu a ainsi tenu un discours particulièrement ambigu. Si le député d'extrême-droite disait défendre un départ à la retraite à 62 ans, il a immédiatement précisé que ce serait après 42 années de cotisations. En clair, cela ne concernerait que les personnes ayant commencé à travailler avant leurs 20 ans et cela sans rupture de carrière, c'est-à-dire qu'une très faible partie de la population. Lorsque la journaliste l'a interrogé sur les déclarations de Jordan Bardella au journal Frankfurter Allgemeine, Sébastien Chenu a bégayé. En effet, contrairement à ce qu'il venait d'affirmer, Bardella, a lui annoncé que son parti « examinait la question » d'augmenter l'âge de départ à la retraite, en raison de l'explosion de la dette publique. En clair, le RN se prépare bien à un nouveau revirement sur les retraites, la question restant surtout de savoir comment faire accepter la pilule aux travailleurs.

Ce discours confus et contradictoire montre la tentative du RN de jouer sur les deux tableaux quant à la question des retraites pour à la fois rassurer le patronat et les classes dominantes tout en conservant une partie de son électorat ouvrier, auquel il cherche à vendre son image « antisystème » et son vernis social. Ces contorsions sont loin d'être nouvelles. En 2023, alors que la bataille des retraites battait son plein, le RN disait à la fois s'opposer à la réforme des retraites tout en ne soutenant pas les mobilisations. Ou encore l'été dernier, alors qu'il continuait à affirmer souhaiter revenir à la retraite à 62 ans, il refusait en même temps de voter la motion de censure du gouvernement Bayrou, face à l'échec du conclave sur les retraites, le permettant de se maintenir en place.

Jordan Bardella affirme dans cette interview que les « principaux problèmes sont la faible productivité » et que « les jeunes commencent à travailler trop tard », il dit alors préconiser « un système de formation professionnelle en alternance, afin d'offrir aux jeunes des perspectives de carrière dès leur plus jeune âge ». Un argument commode qui lui permet de jouer sur un autre levier majeur de la question des retraites : celui de la durée de cotisation, qu'il entend maintenir, voire augmenter. Ce projet reflète une volonté assumée d'augmenter le nombre d'années à travailler en incitant les jeunes à travailler le plus tôt possible plutôt qu'à étudier, complétée d'un appel à la productivité qui ne pourra que réjouir les patrons du CAC40. Une façon de préparer un recul sur les retraites tout en cherchant à rassurer les classes dominantes, qui craignent encore qu'une fois au pouvoir, le RN soit contraint de donner des gages à une partie de son électorat, même sur de très maigres revendications sociales.

Cela s'inscrit, en effet, dans les nombreuses tentatives du RN de se crédibiliser vis-à-vis du patronat et des classes dominantes. Comme il nous l'a montré avec son contre-budget, encore plus austéritaire que celui de Lecornu, ou encore avec le rejet de la taxe Zucman, le RN n'a qu'un objectif en tête : montrer patte blanche au patronat français, en apportant des gages de crédibilité et d'expertise, pour apparaître comme une option de stabilité du régime en crise.

Les récents dîners de Marine Le Pen avec les patrons du CAC40, et de Jordan Bardella avec les dirigeants du Medef, mettent en avant le rapprochement des grands capitalistes avec le RN, illustrent que le RN cherche à accélérer dans sa tentative de séduction des sphères patronales sur son projet politique et économique, à quelques mois des présidentielles. Par ces contorsions, Jordan Bardella et son parti démontrent, une fois de plus, qu'ils n'ont jamais été et qu'ils ne seront jamais du côté des travailleurs et des classes populaires, et qu'ils se préparent, comme les autres partis bourgeois, à mener des offensives racistes et néo-libérales y compris sur les retraites.

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