Casse de l'école : la justice condamne l'Éducation nationale suite au non-remplacement d'une enseignante
Tue, 19 May 2026 12:36:26 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalSuite à la saisie d'une famille, le tribunal administratif de Melun a condamné l'Éducation nationale à remplacer une enseignante absente. Alors qu'environs 10% des heures de cours étaient perdues sur l'année 2023-2024, cette condamnation témoigne de la crise profonde que connait l'école publique, qui renforce une école à plusieurs vitesses.

L'Éducation nationale a été condamnée le 7 mai dernier à remplacer une enseignante absente par le tribunal administratif de Melun dans le Val -de-Marne. Après 65 heures perdues, il a fallu que le père d'un collégien de quatrième à Sucy-en-Brie saisisse la justice le 12 mars pour qu'un remplaçant soit finalement affecté au poste le 23 mars. « Les rectorats remplacent les enseignants parce qu'ils reçoivent une saisine devant une juridiction », constate Me Joyce Pitcher, avocate du père. Le juge des référés a donné dans sa décision une semaine à l'académie de Créteil pour trouver un remplaçant à l'enseignante.
10,3 millions d'heures d'enseignement perdues en 2023-2024
Une situation de non-remplacement qui, loin d'être exceptionnelle, témoigne d'un phénomène global : au total, ce sont 10,3 millions d'heures d'enseignement qui ont été perdues en 2023-2024 dans les collèges publics d'après la Cour des comptes, soit 9% des heures. Les classes populaires sont particulièrement touchées : 25% des collèges publics ayant un indice de position sociale le plus faible enregistrent 11% d'heures perdues.En Seine-Saint-Denis par exemple, une enquête de la FCPE 93 a montré que les élèves de Seine-Saint-Denis perdaient un an de temps de scolarité entre la maternelle et le lycée en raison des non-remplacements.
Face à cela, le gouvernement répond par une politique d'austérité, avec la suppression de 4000 postes d'enseignants dans le budget 2025, dont la justification par la « baisse démographique » ne parvient pas à masquer son absurdité puisque des classes se retrouvent d'ores et déjà sans enseignants, et que les classes françaises sont parmi les plus chargées d'Europe. Alors que l'école publique connait une crise importante, qui s'illustre notamment par les difficultés de recrutement et la hausse des démissions, la priorité du gouvernement est de poursuivre la casse de l'école publique.
La hausse des absences longue durée, symptôme du mal-être dans l'éducation
Les absences de longue durée sont en hausse dans le secteur depuis 2018 (début du premier quinquennat de Macron), témoignant du mal-être croissant de la profession. Les départs définitifs d'enseignants sont ainsi passés de 1417 départs en 2018-2019 à 3698 départs en 2021-2022, soit plus du double. Des chiffres qui s'expliquent par la réalité quotidienne de la profession : classes surchargées qui rendent la vie commune difficile et poussent beaucoup d'enseignants à faire de la discipline, bâtiments insalubres, suppressions des moyens pour les activités culturelles… Et ce pour un salaire qui ne suit pas la hausse du coût de la vie (dans les années 80, un professeur débutant gagnait 2,2 fois le smic, pour 1,2 fois aujourd'hui du fait de la déconnexion du point d'indice d'avec l'inflation).
Pour freiner ces départs, l'institution oppose un refus quasi-systématique des ruptures conventionnelles. D'après un article récent de Médiapart sur le sujet, 90% des ruptures conventionnelles auraient ainsi été refusées sur l'année 2023-2024. Pour lutter contre les absences non-remplacées, il faudrait donc maintenir les enseignants à leur poste contre leur gré !
Plus inquiétant encore sont les chiffres des absences pour raison de santé : entre 2018 et 2024, les congés maladies ordinaires ont augmenté de 41,3% et les mi-temps thérapeutiques - comme dans le cas de l'enseignante non-remplacée du Val-de-Marne - ont explosé, avec une augmentation de 250%. Des symptômes que l'impact de la pandémie de Covid-19 ne suffisent pas à expliquer, mais qui renvoient au stress, à l'épuisement et à une perte de sens plus profonds dans le secteur.
Contre la casse de l'école et les offensives austéritaires, se mobiliser pour défendre l'accès égal à l'école pour toutes et tous
Si les condamnations forçant les rectorats à trouver des remplaçants restent rares, les poursuites, elles, se multiplient. Près de 200 requêtes similaires ont été entreprises contre l'État depuis 2018, selon la Cour des comptes, notamment au travers d'actions comme #OnVeutDesprofs, suivie par des avocats et soutenues par des représentants de parents d'élèves de la FCPE.
Au-delà des recours juridiques, qui témoignent de la volonté de nombreuses familles de défendre les droits de leurs enfants, et peuvent mener à des victoires symboliques, il est urgent que de véritables mobilisations s'organisent contre l'austérité, et contre la casse des services publics en imposant la nécessité de moyens nécessaires pour assurer des conditions de travail et d'accueil décentes aux personnels comme aux usagers. Si nous n'avons aucune illusion sur l'école telle qu'elle existe, qui sert aujourd'hui à reproduire un système fondé sur l'exploitation et l'oppression, nous devons défendre l'accès égal à l'école pour toutes et tous comme un droit démocratique élémentaire.
Face la destruction consciente du système éducatif, la mobilisation historique des travailleuses et travailleurs de l'éducation en Espagne, qui multiplient les journées de grèves quasi-générales depuis le mois de mars, est un exemple sur lequel s'appuyer pour construire un mouvement massif pour exiger des moyens pour l'école, mais aussi pour dénoncer les politiques austéritaires, sur fond de militarisation. Personnels, élèves et familles s'y organisent depuis la base, dans leurs établissements et dans des assemblées de quartiers, pour exiger non seulement des augmentations de salaires, mais aussi de meilleures conditions d'accueil pour les élèves et les personnels, ainsi que pour le droit égal à l'école pour tous, contre la casse de l'école publique.
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