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Cannes 2026 : entre menaces de Canal+ et répression d'État contre des travailleurs militants

Tue, 19 May 2026 14:08:20 CEST

Révolution Permanente

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Canal + annonce s'attaquer aux signataires d'une tribune de professionnels du cinéma contre Bolloré, au moment où la préfecture cible des travailleurs du Festival de Cannes pour leur militantisme. Face à ces attaques, il faut constituer un front uni contre la répression.

Lors d'une rencontre organisée pendant le Festival de Cannes, Maxime Saada, PDG du groupe Canal+ a annoncé qu'il ne comptait plus embaucher les personnes ayant signé la tribune dénonçant « l'emprise de Bolloré sur le 7ème Art ». Le président du groupe de télévision, « premier financeur du cinéma français », s'attaque ainsi aux signataires d'une tribune publiée dans Libération. Initiée par le collectif « Zapper Bolloré », ce texte alerte sur l'emprise grandissante de Vincent Bolloré sur le cinéma français. Elle a été signée par près de 600 professionnels à sa parution, avec des célébrités comme Juliette Binoche, Adèle Haenel ou Jean-Pascal Zadi, mais aussi des réalisateurs, techniciens et de nombreux travailleurs du secteur cinématographique.

Le texte dénonce le rachat progressif d'UGC par Canal+, contrôlé par le groupe Lagardère, sous la propriété de Vincent Bolloré. Le groupe possède déjà 34 % des parts d'UGC et prévoit d'en prendre le contrôle total d'ici 2028. Les signataires craignent une concentration sans précédent de toute la chaîne du cinéma, de la production à l'exploitation des salles, ainsi que la mainmise idéologique que permettra cette situation de monopole : « Derrière son costume d'homme d'affaires, le milliardaire ne cache pas mener un “projet civilisationnel”, réactionnaire d'extrême-droite ».

Cette tribune s'est invitée dans les discussions pendant le Festival de Cannes, où les inquiétudes exprimées ont été relayées par plusieurs professionnels du milieu. Cette répulsion pour Bolloré s'est manifestée lors des projections sur la Croisette, où l'apparition du logo de Canal+ à l'écran a été parfois accueillie avec des huées de la part du public.

Les acteurs institutionnels du secteur ont également dû prendre position. Interrogé à Cannes après les déclarations de Maxime Saada, le président du CNC, Gaëtan Bruel, a dit a dit ce lundi 18 mai « regretter » la décision de Saada sur la forme, tout en affirmant qu'il contestait le fait « que Canal aurait renoncé à soutenir toute la diversité du cinéma » légitimant ainsi les reproches faits de la part du PDG aux signataires. Des propos qui illustrent la dépendance économique du secteur et du CNC lui-même, à l'égard du groupe Canal+ qui demeure le premier financeur privé du cinéma français.

Si Bolloré tente à nouveau de s'attaquer aux travailleurs qui contestent son emprise, telle qu'elle s'est concrétisée jusqu'au bout dans l'édition et les médias, l'État lui aussi s'attaque aux travailleurs du secteur culturel militants. Plusieurs médias ont dévoilé la semaine dernière des pratiques de ciblage politique, qui a notamment ciblé une agente de la Semaine de la critique, en raison de sa participation à des mobilisations écologiques. En amont de l'édition précédente de cette section parallèle du Festival, son accréditation lui permettant d'aller sur les sites du Festival a été annulée par la préfecture de Grasse, ce qui lui empêchait de pouvoir y travailler alors qu'elle y participait depuis des années, criminalisant ainsi son militantisme écologique et la précarisant d'autant plus.

Dans un communiqué, plusieurs collectifs et syndicats de travailleurs festivaliers ont dénoncé une généralisation des dispositifs sécuritaires dans les grands événements culturels. En effet, l'État utilise les prérogatives de la loi antiterroriste de 2016, qui permet de soumettre toute personne travaillant sur un « Grand Événement » à une enquête administrative basée sur des fichiers du TAJ (Traitement des Antécédents Judiciaires) qui recense les individus ayant eu affaire à la police, même sans poursuites judiciaires, pour contrôle de police par exemple. Cette loi a permis le renforcement du contrôle politique par l'État sur de nombreux évènements comme lors des Jeux Olympiques de 2024 où près de 4000 travailleurs et bénévoles ont subi ce même criblage.

Les patrons et l'État mettent ainsi la pression à des travailleurs déjà fragilisés par les coupes budgétaires massives, la précarité des contrats et la dégradation de leurs conditions de travail. Face à la répression des militants et des voix discordantes au patronat, compter sur l'État pour constituer un cadre légal contre la concentration ou en faisant fermer des chaînes ne peut que le renforcer dans ses manières de criminaliser nos luttes. La solution ne peut passer que par une lutte organisée à partir des travailleurs qui font vivre les festivals et les tournages.

Face à l'offensive de l'extrême droite et de l'État, il est nécessaire de construire un front commun réunissant l'ensemble des travailleurs et travailleuses de la culture contre la répression, contre le nouveau « délit de militantisme » que le pouvoir cherche, dans les faits, à imposer dans le secteur culturel, mais aussi contre l'offensive idéologique portée par les grands médias de Bolloré. Combattre la répression est une condition essentielle pour faire reculer l'extrême droite, le patronat et le gouvernement qui leur pave la voie, et qui cherchent à briser les mobilisations tout en imposant toujours davantage de précarité aux travailleurs et travailleuses du secteur culturel.

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