« Maisons France Autonomie » : le coup de com' des macronistes pour faire oublier le scandale des EHPAD
Mon, 18 May 2026 17:56:34 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalPendant que les soignants croulent sous les heures supplémentaires, que les aides-soignantes quittent massivement le métier et que des personnes âgées meurent dans des établissements sous-dotés, le gouvernement a trouvé sa priorité : renommer les EHPAD en « Maisons France Autonomie ».

D'ici 2027, les EHPAD, établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, devraient progressivement devenir des « Maisons France Autonomie ». Une opération de communication présentée par le gouvernement comme une manière de « changer le regard » sur le grand âge. Mais derrière les slogans ministériels et le marketing compassionnel, la réalité est brutale : les EHPAD offrent des conditions de vie souvent dramatiques du fait de manque de personnel, de lits et de moyens. Si la nouvelle appellation vient arrondir les angles sur un plan sémantique, elle s'éloigne de la réalité de ces établissements et des résidents qui y vivent justement car ils sont en perte d'autonomie.
Une situation qui concerne plus de deux millions de personnes âgées de 60 ans ou plus déjà en perte d'autonomie en France. À cela il faut ajouter la question de la population vieillissante : selon les projections de l'INSEE, d'ici 2050, près de 2,8 millions de seniors en France seront en perte d'autonomie. Alors que les résidents sont de plus en plus âgés, plus dépendants, et souvent polypathologiques, il faut un grand plan d'embauches de soignants pour pouvoir les accueillir dignement.
Le manque de moyens humains et matériels est la norme dans le secteur de la santé, et d'autant plus dans les EHPAD. Selon la Conférence nationale des directeurs d'établissements pour personnes âgées et personnes handicapées (CNDEPAH), un soignant devrait accompagner environ dix résidents chaque matin, soit accorder une vingtaine de minutes par personne, sans distinction de pathologies ou d'alitement.
Des millions pour repeindre la façade
Nouvelle signalétique, nouveaux logos, refonte des documents administratifs, campagnes de communication, mise à jour des systèmes informatiques : ce changement de nom pourrait coûter plusieurs dizaines de millions d'euros à l'échelle nationale. De l'argent public mobilisé non pas pour embaucher du personnel ou améliorer les conditions de vie des résidents, mais pour maquiller politiquement un système en crise.
Dans de nombreux établissements, les soignants dénoncent pourtant depuis des années des situations insoutenables : une aide-soignante pour une dizaine de résidents, des toilettes faites à la chaîne, des repas écourtés, des personnes âgées laissées seules faute de bras. Les scandales révélés ces dernières années, notamment autour du groupe Orpea (qui a aussi changé de nom pour devenir Emeis), ont mis en lumière ce que les familles et les travailleurs savaient déjà : la logique de rentabilité a transformé la dépendance en marché lucratif. L'annonce de la ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées, Camille Galliard-Minier, a un objectif bien précis : redorer le blason des EHPAD, et mettre sous le tapis les scandales qui ont entaché les images de ces établissements. Si l'ambition affichée est de « changer le regard sur le vieillissement » et d'« apporter des solutions concrètes face au défi de la transition démographique », ce coup de communication est un coup d'épée dans l'eau au regard de la situation de ces établissements où les arrêts maladies et burn-out se succèdent à cause de conditions de travail dégradées en continu.
Ce changement de nom intervient alors que l'hôpital public traverse une crise historique. Fermetures de lits, suppressions de postes, services d'urgence saturés, désertification médicale : depuis des décennies, les gouvernements successifs appliquent les mêmes recettes d'austérité budgétaire au nom de la maîtrise des dépenses publiques.
Le résultat est connu : des soignants épuisés, des patients abandonnés, des délais interminables et une perte massive de sens dans les métiers du soin. Les EHPAD subissent directement cette politique. Les personnels y sont parmi les plus précaires et les plus mal payés du secteur de la santé. Beaucoup dénoncent un travail devenu impossible. Pourtant, au lieu d'un plan massif de recrutement et de revalorisation salariale, l'exécutif propose un changement d'appellation. Comme si renommer un bâtiment pouvait masquer la destruction organisée des services publics au nom de la dette et du militarisme.
Le mépris des travailleurs du soin
Les EHPAD ne sont pas les premiers à faire l'objet d'un coup de vernis sur l'appellation : on l'a vu avec l'ANPE devenu tour à tour Pôle Emploi, puis France Travail, un nouveau nom sauce Macron aux échos pétainistes pour que les chômeurs qui poussent la porte de l'institution sachent tout de suite où ils mettent les pieds.
Les travailleurs des EHPAD ne demandent pas un nouveau logo. Ils demandent des effectifs suffisants, des salaires décents, du temps pour accompagner dignement les résidents et la fin de la gestion comptable du soin. Les familles, elles, demandent que leurs proches soient traités comme des êtres humains et non comme des lignes budgétaires.
Alors que le gouvernement multiplie les annonces pour augmenter le budget de l'armée, l'austérité continue de sévir dans le secteur de la santé. Le budget 2026, adopté par 49.3 avec la complicité du PS, prévoyait déjà 7,1 milliards de coupes sur la santé, et comme si cela ne suffisait pas, Lecornu a annoncé 6 milliards de coupes budgétaires supplémentaires, justifiées par l'impact de la guerre en Iran sur les finances publiques. Pendant que le gouvernement soigne sa communication, ce sont les soignants qui continuent de tenir à bout de bras un système au bord de la rupture.
Crédits photo : Révolution Permanente.