Bolivie : il faut une grève générale illimitée et le blocage des routes jusqu'à la chute de Paz !
Mon, 18 May 2026 17:37:18 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que la Bolivie est secouée par de grandes mobilisations contre l'austérité et le gouvernement de Rodrigo Paz, nous publions la déclaration de la LORCI, l'organisation sœur de Révolution Permanente en Bolivie, sur les évènements et les tâches qui se posent à l'ensemble des secteurs mobilisés.

Dans les manifestations et sur les barrages routiers, on entend le cri « Fuera, Paz ! ». Les raisons d'appeler au départ de Rodrigo Paz ne manquent pas. En six mois, le gouvernement et les patrons ont montré quel était leur programme : la spoliation des terres paysannes et autochtones, le pillage des ressources naturelles, la privatisation des entreprises publiques, l'endettement du pays et la réduction des impôts pour les grands patrons.
Lorsque, le 16 mai, les travailleurs, les paysans, les enseignants et les comités de quartier sont descendus dans la rue en s'organisant pour s'opposer aux coupes budgétaires dans la santé et l'éducation et à l'expropriation des terres et pour réclamer l'indexation des salaires sur l'inflation, le gouvernement a répondu par une répression militaire et policière brutale, qui a fait quatre morts. Nous n'oublierons pas, et tout comme le peuple travailleur a résisté à Senkata et à Sacaba au régime de Jeanine Áñez, nous résistons aujourd'hui sur chaque point de barrage.
Lors des premières batailles contre les coupes budgétaires et l'austérité néolibérale de Paz, tout comme dans la lutte contre le décret DS 5503 et la loi 1720, nous avons vu comment les directions syndicales ont trahi le mouvement et la mobilisation, en acceptant des décrets, en se contentant de primes et en tentant de démobiliser leurs bases. Il faut mettre fin aux négociations avec le gouvernement dans le dos des travailleurs ! Nous exigeons la convocation d'assemblées ouvertes dans chaque syndicat, dans chaque fédération et au sein de la COB, des assemblées qui doivent servir d'instruments de coordination de tous les secteurs mobilisés et permettre aux travailleurs de contrôler leur lutte. Tout accord doit être approuvé par la base lors d'une assemblée ouverte.
Il faut renforcer la mobilisation en intégrant dans le cahier de revendications de la COB, les revendications des différents secteurs en conflit comme la stabilité de l'emploi, contre les licenciements des travailleurs des décharges à Saca Churo et à La Paz Limpia à La Paz, à Trebol à El Alto, des travailleurs du téléphérique, de La Francesa et d'Incerpaz dans le secteur manufacturier, de SABSA (NAABOL) dans les aéroports et des travailleurs qui résistent dans des dizaines de conflits isolés.
Ce n'est qu'en unissant et en coordonnant les luttes que nous pourrons faire avancer nos revendications face au patronat et au gouvernement. Sur chaque lieu de travail, dans chaque mine, dans chaque usine, nous devons mettre en œuvre la grève générale avec arrêt de travail. Nous appelons à organiser des comités d'action et de défense pour articuler les revendications de la COB et les revendications paysannes, indigènes et étudiantes.
C'est au patronat de payer la crise !
Nous luttons contre l'austérité, la hausse du prix de l'essence, la loi Marinkovic (sur la conversion de la petite propriété en propriété moyenne), le sous-financement de l'éducation et de la santé, les réductions d'impôts pour les riches. Mais nous devons aussi aborder le problème de fond – la crise capitaliste – et affirmer que ce sont les patrons qui doivent en payer le prix, et non le peuple travailleur. En ce sens, non seulement nous défendons les acquis collectifs qui sont aujourd'hui menacés, mais nous affirmons qu'il existe une autre issue : la mise en place d'un monopole sur le commerce extérieur, la nationalisation du secteur bancaire sous contrôle ouvrier, la nationalisation des mines privées sous gestion ouvrière et communautaire. Nous proposons la suppression des latifundios et la nationalisation de l'agro-industrie, afin que la terre soit gérée collectivement par les communautés autochtones et paysannes, ainsi que le respect total du droit à l'autodétermination de tous les peuples et nations autochtones et originaires.
La lutte que mène la gauche révolutionnaire ne se limite pas à l'expropriation des grands entrepreneurs qui jouissent de milliers d'hectares de terres (comme Branko Marinkovic, qui, en tant que ministre du gouvernement d'Áñez, a facilité l'attribution de 33 000 hectares à son entreprise familiale Laguna Corazón), qui mettent leurs profits dans des paradis fiscaux (entre 2009 et 2024, le secteur privé affiche un solde négatif de 32 milliards de dollars) et qui profitent de la faillite des banques, comme ce fut le cas avec la Banco Fassil.
Il est également essentiel de réfléchir à la manière dont nous pouvons transformer les expériences d'auto-organisation et construire une démocratie fondée sur le pouvoir des travailleurs et des travailleuses, dans la gestion des usines, des mines, de l'agro-industrie, du secteur bancaire et du pays. On ne peut pas obtenir de transformations profondes dans le cadre d'une démocratie de pacotille qui interdit la participation électorale de certaines forces politiques tout en investissant le gouverneur de La Paz sans second tour. Il ne s'agit pas de défendre le fonctionnement normal du système, qui ne permet qu'à différentes nuances d'un même projet austéritaire, néolibéral et de capitulation face à l'impérialisme de s'exprimer, mais plutôt de le subvertir : que tous les mandats soient révocables, que tous les fonctionnaires gagnent le même salaire qu'un enseignant, que la pleine liberté d'organisation et de participation politique des organisations ouvrières, paysannes, indigènes et populaires soit garantie. Il est urgent de construire l'auto-organisation de tous les secteurs en lutte en mettant en place des mécanismes d'autodéfense pour protéger les mobilisations et nos familles face à la répression et à la criminalisation des manifestations.
Que se passera-t-il si Paz démissionne ? Il faut un gouvernement provisoire des organisations ouvrières et paysannes en lutte !
Au nom de la Ligue ouvrière révolutionnaire pour la Quatrième Internationale (LOR-CI), qui fait partie du Courant Révolution Permanente, nous tenons à souligner que la « succession constitutionnelle » ne résoudra pas les problèmes de fond, car tant que les grands patrons, les banquiers et les agro-industriels resteront aux commandes, ils continueront à faire payer la crise au peuple travailleur. De quelle issue électorale parle-t-on lorsqu'on parle d'un organe électoral fait sur mesure pour les riches, qui interdit les organisations paysannes, indigènes et ouvrières tout en investissant le gouverneur de La Paz sans second tour ? L'Assemblée législative plurinationale (ALP) agit pour défendre les intérêts des agro-industriels comme Marinkovic et des grands entrepreneurs comme Doria Medina.
Nous affirmons que, dans le feu de la mobilisation, nous, les travailleurs et travailleuses, devons commencer à discuter d'une solution de fond, afin que ce ne soit pas nous, les travailleurs et le peuple, qui payent la crise, mais au contraire les riches et les capitalistes. Cette issue de fond ne peut passer que par la lutte pour un gouvernement des travailleurs et du peuple, qui s'appuie sur l'auto-organisation démocratique par en bas.
La solution ne viendra pas d'en haut, elle viendra d'en bas, des organisations de travailleurs, de paysans, des communautés autochtones, des secteurs populaires urbains, de la jeunesse et des femmes qui luttent contre l'austérité et le pillage. L'histoire elle-même nous l'enseigne : lorsque les dirigeants du MAS-IPSP ont négocié une issue électorale avec Áñez en 2020, la situation a abouti au gouvernement d'Arce ; en 2003, la négociation a porté Carlos Mesa à la présidence, qui a refusé de promulguer la loi sur les hydrocarbures. Ni Lara, la vice-présidente de Paz, ni les sénateurs, ni les députés ne rompront avec les intérêts des grands entrepreneurs et du Fonds Monétaire International.
Ce plan de lutte trouve un précédent important dans la coordination de l'eau de Cochabamba d'avril 2000, ou plus loin encore, dans l'expérience de l'Assemblée du Peuple. Nous devons exiger que la COB, la CSUTCB et toutes les organisations syndicales et sociales commencent à préparer la convocation et l'organisation de cette Assemblée du Peuple, et se dotent d'un plan de lutte qui ouvre sur une véritable issue à la crise capitaliste. Il ne s'agit pas de passer d'un gouvernement au service des capitalistes à un autre qui leur appartienne tout autant. Pour que les riches payent la crise, et face à la chute possible de Paz, nous devons établir un gouvernement provisoire composé des organisations issues et construites sur la base de la lutte et de l'auto-organisation ouvrière, paysanne et populaire.
Pour cela, la lutte pour l'indépendance politique de la classe ouvrière est fondamentale, une indépendance non seulement vis-à-vis du gouvernement, mais aussi à l'égard de toutes les expressions politiques des classes dominantes. Cette indépendance est essentielle, non seulement pour que les travailleurs et travailleuses puissent lutter librement pour leurs propres intérêts, mais aussi pour pouvoir lutter pour l'ensemble des intérêts des secteurs opprimés. La lutte pour l'indépendance politique des travailleurs et travailleuses est fondamentale pour avancer dans la construction d'une hégémonie socialiste et révolutionnaire, capable de faire voler en éclats tous les mécanismes d'oppression et de domination de la société capitaliste.