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Offensive coloniale en Kanaky : le Sénat vote l'élargissement du corps électoral pour les provinciales

Mon, 18 May 2026 22:29:03 CEST

Révolution Permanente

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Ce lundi 18 mai, le Sénat a approuvé une proposition de loi organique visant à modifier le corps électoral en Kanaky, à peine quelques semaines avant les élections provinciales cruciales prévues le 28 juin. Validé ce midi par la commission des lois, le texte, voté dans la soirée, constitue une nouvelle offensive coloniale de l'État français.

Ce lundi 18 mai 2026, le Sénat a approuvé une proposition de loi organique visant à modifier le corps électoral en Kanaky, à peine quelques semaines avant les élections provinciales cruciales prévues le 28 juin. Validé ce midi par la commission des lois, le texte, voté dans la soirée, constitue une nouvelle offensive coloniale de l'État français.

Depuis les accords de Nouméa en 1998, le corps électoral est « gelé » en Kanaky et fait l'objet d'offensives régulières des secteurs pro-coloniaux et de l'impérialisme français. Seuls les citoyens installés sur l'île avant 1998 et leurs descendants pouvaient voter, ce qui limitait le poids politique des colons arrivés après cette date. Ce système relève d'un compromis arraché par les mobilisations kanak notamment à la suite des révoltes de 1988. En effet, le mouvement indépendantiste s'oppose à la politique de colonisation de peuplement de l'État français, qui envoie depuis des décennies des citoyens de métropole pour noyer démographiquement le peuple autochtone et le rendre minoritaire sur sa propre terre.

Ce n'est pas la première offensive de l'État français. En mai 2024, le projet de loi de Gérald Darmanin prévoyait d'accorder le droit de vote à toutes les personnes installées depuis plus de 10 ans. Cela représentait 25 000 électeurs supplémentaires d'un coup, presque tous non-autochtones. Cette injustice politique s'est ajoutée à une profonde colère sociale. La jeunesse kanak subit un chômage massif et la précarité, au sein d'une économie coloniale ultra-inégalitaire. C'est ce cocktail explosif qui a déclenché les révoltes de 2024.

Aujourd'hui, après avoir mis son projet sur pause pour calmer les révoltes, l'État français revient à la charge. Pendant deux ans, Paris a tenté d'étouffer la contestation en mettant en scène de faux dialogues institutionnels (comme l'accord de Bougival en juillet 2025 ou l'accord complémentaire Élysée-Oudinot en janvier 2026), des sommets rejetés ou boycottés par les indépendantistes du FLNKS. Face à l'échec de ces négociations, le gouvernement a de nouveau décidé de passer en force via cette proposition de loi.

Au Sénat, l'objectif pour l'État est de diluer le poids des voix kanak pour assurer une majorité aux partis loyalistes et briser définitivement tout espoir d'indépendance en ouvrant le corps électoral aux personnes nées depuis 1998 sur le territoire. De plus, l'exécutif français, par l'intermédiaire de la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, avait déposé un amendement visant à inclure également les « conjoints » des natifs, qui a été rejeté par les sénateurs.

Mais si l'amendement est tombé, il ne s'agit pas moins d'une véritable provocation politique qui témoigne de la détermination du gouvernement à mener un coup de force législatif au pas de course : pour appliquer ces nouvelles règles dès le mois de juin, le gouvernement a fait voter le texte au Sénat ce soir pour aller au plus vite à l'Assemblée nationale où les discussions commenceront mercredi. La précipitation et la surenchère du gouvernement ont ainsi fait paniquer jusqu'au sein de l'hémicycle. L'auteur initial du texte, le loyaliste Georges Naturel, a même critiqué la ministre des Outre-mer, craignant que l'ajout des conjoints ne rende la loi inconstitutionnelle ou pire encore : que cette provocation ne déclenche de nouvelles révoltes.

En l'état, le texte, privé de l'amendement colonial, apparait encore insuffisant aux yeux des loyalistes : à Outre-Mer La 1ère, Sonia Backès, cheffe de file des loyalistes, explique que « c'est évidemment insuffisant pour nous puisque ce n'est pas le dégel qu'on attendait ». Dans un communiqué, le FLNKS rappelle que « la représentation nationale s'est exprimée à trois reprises sur le sujet et s'engage à faire échec aux manœuvres de l'État dans l'hypothèse d'un énième passage en force. »

Cette offensive intervient alors que les plaies de la répression brutale de 2024 sont encore ouvertes. L'État français a écrasé la révolte populaire dans le sang : tout en déportant et en emprisonnant 80 militants, la répression d'État et des colons a fait 14 morts – des jeunes kanak pour la plupart, tombés sous les balles de la police ou de milices de colons armées qui ont agi en toute impunité. Pour maintenir l'ordre, Paris a transformé l'archipel en laboratoire de la répression : exportations, emprisonnements, couvre-feu, interdiction de manifester et censure numérique via l'interdiction de Tik-Tok.

Dans une situation internationale convulsive où la région indopacifique est le théâtre de rivalités croissantes entre les grandes puissances, l'offensive actuelle de la France en Kanaky a pour objectif d'approfondir son contrôle colonial sur l'île, de sécuriser ses bases militaires et la capacité de projection de ses forces dans le Pacifique tout en garantissant sa mainmise sur les réserves de nickel de l'archipel, qui représente de 10 à 25% des réserves mondiales. Face à ce nouveau passage en force colonial, il faut s'opposer fermement au projet de loi concernant le dégel du corps électoral et lutter contre les plans réactionnaires de l'impérialisme pour le droit à l'autodétermination du peuple kanak.

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