Mineurs trans : les associations trans écartées du groupe de travail de la HAS
Mon, 18 May 2026 20:39:44 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa Haute Autorité de Santé se prépare-t-elle à restreindre la prise en charge des mineurs trans ? Des organisations LGBT+ sonnent l'alerte : les discussions sur les nouvelles recommandations de soins se font sur la base de sources transphobes et sans consultation des associations trans.

Ce jeudi 7 mai, 35 organisations trans, enfantistes, LGBTI et de lutte contre le SIDA ont publié un communiqué dénonçant l'absence de consultation d'associations trans prévues dans le cadre de l'élaboration de nouveaux standards de soins pour les mineurs trans. Et en effet, il y a de quoi s'inquiéter. Tout d'abord parce que la Haute Autorité de Santé avait, ces dernières années, veillé à inclure les organisations d'usagers de santé dans l'élaboration de ses standards de soin : il se passe déjà quelque chose d'inhabituel.
Mais surtout parce que les mineurs trans sont un sujet de débat prisé de l'extrême droite pour populariser des sentiments transphobes. Il est plus facile de commencer par dire que les mineurs seraient « trop jeunes pour savoir », au risque d'avoir des « regrets » ou encore « influençables », pour ensuite dire que les personnes trans ont des maladies mentales qui les empêchent de faire des choix en étendant le champ des discours qui visent à restreindre l'accès aux transitions de genre à toutes les personnes trans, indépendamment de leur âge. Cette technique est bien rodée et elle a été utilisée par les groupes transphobes aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Russie ou en Hongrie. Et c'est par la question des mineurs trans que des groupes transphobes tentent d'imposer une « question trans » en France. Il y a deux ans, une sénatrice Les Républicains Jacqueline Eustache-Brinio avait présenté une proposition de loi visant à interdire toute transition de genre médicale aux mineurs, et il y a un peu moins d'un an, la HAS avait publié ses recommandations pour la prise en charge des personnes trans excluant les mineurs trans, sous la pression de groupes transphobes, comme l'Observatoire de la petite sirène (OPS), Ypomoni et les Juristes pour l'enfance.
Le groupe de la HAS en charge d'élaborer les standards de soin pour les mineurs trans sera composé de douze « experts », médecins, juristes, sociologues, tandis que seuls deux personnes pourront représenter les usagers du système de santé, désignés comme « parents » et « jeunes majeurs ». On ne sait pas comment seront désignés ni les experts ni les usagers mais cette composition témoigne d'une autre méthode que celle employée par la HAS auparavant qui consistait à auditionner des associations aux objets différents, associations pro et anti-trans, puis des scientifiques, pour chercher à parvenir à une synthèse entre toutes les positions, malgré toutes les critiques qu'on peut faire à cette approche.
Désormais, il s'agit d'auditionner avant tout des scientifiques, qui peuvent prétendre parler avec plus de légitimité au titre de leur expertise. Quant aux usagers, le groupe veut se limiter à les interroger au titre de leur expérience personnelle, dévaluant le savoir dont ils sont les porteurs et les héritiers de par leur organisation collective, et dont la reconnaissance avait été un acquis du mouvement de lutte contre le SIDA. C'est aussi une manière de tenir les personnes trans à l'écart. Dès qu'elles s'organisent, elles sont accusées d'être « biaisées » ou « trop militantes ». Le terme transphobe de « transactivistes » sert précisément à les déshumaniser : en les présentant soit comme irrationnelles et excessives, soit comme un lobby puissant cherchant à « influencer » les enfants.
Le dispositif même de préparation des recommandations sur les mineurs trans constitue déjà une attaque en soi. Il prépare manifestement de nouvelles remises en cause des droits trans car les transitions médicales pour les mineurs sont déjà présentées comme problématiques, le groupe jugeant qu'elles doivent être traitées séparément des transitions d'adulte.
Autre raison de s'inquiéter : la composition des groupes de travail est fixée par une note de cadrage pour l'ensemble des travaux qui cite un corpus de sources partisanes anti-trans. Les associations citent le rapport Cass commandé par le système de santé britannique NHS et contesté sur le terrain scientifique, le site anti-trans Transgender Trend, fondé par une militante anti-éducation sexuelle à l'école qui a consacré ces dernières années à la promotion de discours transphobes et une déclaration de la Société Américaine des Chirurgiens Plastiques qui, faisant suite aux lois anti-trans de Donald Trump, recommandait de ne plus pratiquer de torsoplastie sur les hommes trans de moins de 19 ans.
Ce qui se joue là est une bataille importante pour les personnes trans. Les mineurs trans ont très difficilement accès à des soins de transitions, qui nécessitent l'accord de toutes les personnes exerçant une autorité parentale et un accès effectif à des praticiens acceptant de suivre des mineurs trans : un ensemble de circonstances rarissime dans cette société transphobe. Beaucoup d'adultes trans ont traversé l'enfance et l'adolescence en tant que trans et peuvent témoigner de la manière dont la transphobie dégrade les conditions de scolarité. Les mineurs, qui ne peuvent pratiquement pas faire de choix pour eux-mêmes sont surexposés à la transphobie et privés de l'autonomie qui leur permettrait de trouver des ressources pour y faire face.
Les débats sur la transition des mineurs vont les exposer en premier lieu à davantage de violences en milieu scolaire ou intra-familiales, mais cette campagne va aussi se répercuter sur la façon dont toutes les personnes trans sont considérées. Et la façon dont la bataille sera menée sera déterminante pour la condition des personnes trans en France, pays dans lequel la réaction transphobe peine encore à trouver des relais de masse, contrairement au Royaume-Uni ou aux États-Unis. Les personnes trans en France ont fait une démonstration de leur capacité à se mobiliser lors de la Riposte Trans, mobilisation unitaire d'un large front d'organisations politiques, associatives et syndicales, il y a deux ans, pour bloquer l'adoption de la proposition de loi visant à interdire les transitions de genre aux mineurs. Les Prides qui arrivent en juin doivent être aussi de grandes démonstrations de force dans la rue, avec des mots d'ordre offensifs de défense des droits des mineurs trans, afin de combattre les politiciens professionnels qui reprennent les discours transphobes pour flatter les groupes conservateurs ou tenter de mobiliser leur électorat à moins d'un an des élections présidentielles.
Cela devrait aussi passer par une mobilisation au-delà des secteurs qui se sont mobilisés pour Riposte Trans. Les polémiques transphobes servent à restaurer un ordre genré pour diviser les travailleurs : il s'agit de désigner un bouc émissaire et de renforcer les dynamiques d'oppressions comme le font aussi les discours racistes. Ces discours sont promus par la droite catholique, historiquement liée au patronat français, et par toutes sortes de figures d'extrême droite comme Bolloré ou Pierre-Édouard Stérin, qui ont l'intention de défendre un projet de société anti-ouvrier, raciste, sexiste et homophobe.