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Grève des ambulanciers du CHU de Toulouse : « À l'hôpital ou à Airbus, c'est l'ouvrier qui trinque ! »

Sun, 17 May 2026 18:06:52 CEST

Révolution Permanente

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Depuis le 11 mai, les ambulanciers du CHU de Toulouse sont en grève illimitée pour exiger l'obtention d'une prime. Entre des conditions de travail toujours plus éreintantes, des salaires qui restent bas et une absence de reconnaissance du risque du métier, les travailleurs expriment leur ras-le-bol.

Une grève spontanée pour exiger une prime

Depuis le 11 mai, les ambulanciers du CHU Toulouse sont en grève illimitée, avec le soutien des syndicats Sud Santé et CGT CHU. Un appel spontané et largement suivi, avec 20 des 38 ambulanciers en grève, qui fait suite à l'échec d'un an de négociation avec la direction : les travailleurs revendiquent l'obtention de la NBI (Nouvelle Bonification Indiciaire) ou l'IFR (Indemnité de Fonction et de Responsabilité), d'un montant de 118 euros, en complément de leur salaire.

Des revendications plus que légitimes, alors que la direction leur demande de réaliser toujours plus de tâches complexes, qui ne figurent pas sur leur fiche de poste. Ils assurent des missions à risque : transports SAMU (urgences vitales), transport de personnes décédées jusqu'à la chambre mortuaire, ou encore celui de patients lourds. Tout cela sans accès à des formations permettant d'assurer les nouvelles activités. « À les écouter, on a l'impression qu'on transporte des cartons ou des palettes », déplore Thierry Cubury, ambulancier mobilisé depuis lundi. « C'est normal que nous soyons récompensés par rapport aux gestes techniques et au surplus qu'on nous demande, et pourtant on n'est pas entendus ».

En effet, pour le moment, la direction du CHU refuse d'accéder aux revendications des grévistes, en rétorquant que les grilles salariales et les indemnités correspondent à la réglementation. Thierry nous raconte : « Moi, je me suis entretenu avec notre directeur de pôle […]. Les propos qu'il nous tient, c'est qu'il n'a pas le droit de nous octroyer la NBI par rapport aux textes. Mais ce n'est pas une question de texte, c'est une question de fonction. Il y a d'autres CHU en France qui la touchent. Pourquoi eux l'auraient et pas nous ? ». Une position que les ambulanciers entendent combattre jusqu'au bout : « On a entamé un mouvement de grève illimité qui durera jusqu'à ce que les ambulanciers de Purpan soient entendus », avertit Thierry.

Le CHU de Toulouse face aux coupes budgétaires

Alors que l'hôpital public est marqué par un état d'urgence permanent, le CHU de Toulouse est particulièrement sous tension. En janvier dernier, la direciton avait du déclencher un « plan blanc », plan d'action d'urgence permettant la réquisition de certains soignants, pour prendre en charge l'afflux « normal » de patients au moment des épidémies hivernales. Ce plan avait déjà montré la fragilité de l'hôpital et révélait un manque structurel de médecins, exposant la population à des risques réels.

Le 3 novembre dernier, les urgences, faute de moyens humains et financiers, avaient annoncé une fermeture partielle, n'accueillant plus que les urgences vitales et graves, renvoyant les autres patients vers les médecins exerçant en libéral ou les cliniques privées. Marie Moulinier, infirmière et secrétaire générale adjointe de la CGT, avait alors déclaré : « On renvoie les gens vers les médecins traitants et les maisons médicales alors qu'en région toulousaine, près de 100 000 patients n'en ont pas et que ces structures sont saturées ». Et les patients ne sont pas les seuls à trinquer.

Fin 2025, la direction du CHU avait accordé une ultime preuve de son mépris envers son personnel en retirant la moitié d'une prime accordée aux soins critiques. En ce sens, d'autres secteurs de l'hôpital ont apporté leur soutien à la grève des ambulanciers, comme le service de cardiologie à Rangueil, le service d'échographie de Purpan ainsi que les services gériatriques de l'hôpital Garonne.

400€ d'augmentation et indexation des salaires sur l'inflation

Cette crise de la santé n'est pas une exception toulousaine. Les coupes budgétaires, les heures supplémentaires impayées et les fermetures des urgences attisent la colère et déclenchent des grèves qui traduisent l'épuisement des soignants. Par exemple, au début du mois de mai 2026, l'hôpital de l'Est parisien Croix-Saint-Simon avait annoncé sa potentielle fermeture Une dynamique qui répond à une orientation austéritaire de l'État, visant à renforcer les budgets de l'armée et de la police au détriment des services publics.

Mais la grève des ambulanciers parle aussi de l'augmentation du coût de la vie. Alors que le pays est frappé par une forte inflation, avec une augmentation des prix de 3% sur un an dans la zone euro et une explosion des prix des carburants, l'exigence de primes est un strict minimum et le refus de les mettre en place apparaît comme « la goutte de trop », dans le public comme dans le privé. C'est également le sens de la grève spontanée de plusieurs centaines de travailleurs d'Airbus, initiée le 7 mai dernier, une dynamique sans précédent depuis 2010 qui exprime des tendances profondes. « C'est toujours l'ouvrier qui trinque, que ce soit à Airbus, à l'hôpital, chez les enseignants, c'est toujours les travailleurs qui sont lésés », dénonce Thierry.

Face à cette situation, la mobilisation des ambulanciers pour exiger l'obtention de la NBI ou de l'IFR est exemplaire. Mais dans ce contexte d'inflation qui explose, il faut aussi revendiquer des mesures qui permettent de faire face à l'augmentation du coût de la vie, en exigeant 400 euros d'augmentation immédiate et l'indexation des salaires sur l'inflation. « Le point d'indice a été créé pour se mettre au niveau de l'inflation. Le coût de la vie augmente, mais le point d'indice est resté gelé depuis 20 ans. Il nous manquerait 300 à 400€ d'augmentation normale, que tous les travailleurs et travailleuses devraient avoir », rappelle Thierry.

Un programme qui permettrait aux ambulanciers de se mettre à l'offensive tout en s'adressant aux secteurs du monde du travail touchés par les mêmes problématiques, non seulement au sein de l'hôpital où de nombreux services connaissent des attaques similaires, mais aussi au-delà du CHU en lien avec la grève des travailleurs d'Airbus. En effet, au moment où la direction du CHU et le patronat cherchent à diviser les travailleurs en une multitude de combats séparés pour mieux les discipliner, tisser des alliances du secteur public avec le privé est fondamental pour construire un rapport de force à même de mener à la victoire, chez les ambulanciers comme ailleurs.

Les ambulanciers du CHU appellent à une mobilisation ce lundi 17 mai dès six heures du matin à l'Hôtel-Dieu afin de porter leurs revendications devant les bureaux de la direction de l'hôpital à Toulouse. Soyons nombreux à les soutenir ! Pour participer à leur caisse de grève : cliquez ici

Crédit photo : Facebook Sud santé sociaux

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