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Éducation : de la Catalogne à Madrid, une grève historique portée par les enseignants

Sat, 16 May 2026 13:46:00 CEST

Révolution Permanente

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Depuis le début du mois de mai, des grèves massives dans l'éducation s'étendent à différents territoires de l'État espagnol. Face à la précarisation de l'éducation publique et aux attaques autoritaires, la mobilisation s'organise depuis la base, à travers des assemblées et des coordinations en Catalogne, au Pays valencien, en Aragon et à Madrid.

Ce mois de mai a marqué le début d'un nouveau cycle de grèves dans l'éducation dans différents territoires de l'État espagnol, dans la continuité des journées de grèves catalanes massives de février (85% de grévistes) et de mars (70%).

Une mobilisation massive contre l'austérité et la casse de l'école publique

Le 12 mai dernier, une nouvelle journée de grève en Catalogne rassemblait 70 % de grévistes, marquant la première journée du nouveau calendrier de mobilisation décidé par les personnels, et articulé autour de 17 journées de grève et de mobilisation jusqu'à la fin de l'année scolaire. Au Pays valencien, la grève illimitée entamée le 11 mai a commencé avec un suivi massif de 90 %. En Aragon, les syndicats ont convoqué une grève de l'éducation de 48 heures pour les 18 et 19 mai, tandis que dans la Communauté de Madrid se poursuit la grève illimitée des écoles maternelles pour les enfants de 0 à 3 ans.

Dans tous les territoires, on retrouve des revendications similaires : récupération du pouvoir d'achat perdu suite à la succession de coupes budgétaires depuis 2010, réduction du nombre d'élèves par classe, recrutement d'enseignants, réduction des tâches administratives, amélioration des infrastructures et de la climatisation des établissements, ainsi que défense d'une éducation publique de qualité face à la dégradation accumulée au fil des années.

Au Pays valencien, les enseignants et les travailleurs de l'éducation dénoncent aussi l'abandon de l'école publique, alors que les ressources destinées à l'enseignement sous contrat et privé continuent d'augmenter. La défense de la langue valencienne apparaît également comme une revendication centrale face aux politiques réactionnaires menées par le gouvernement du PP et de Vox.

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Dans ce sens, Veronica Landa, enseignante en grève et militante du Courant Révolutionnaire des Travailleurs (CRT), organisation du Courant Révolution Permanente, affirme que les revendications des grévistes dépassent la question des salaires, bien qu'elle soit importante, et posent aussi la question de l'avenir de la jeunesse.

« Ce n'est pas seulement une lutte pour nos conditions de travail, nos salaires ou les autres droits que nous défendons, mais avant tout une lutte pour défendre l'éducation publique. L'éducation publique n'en peut plus, elle s'effondre. Nous manquons de ressources, de personnel et d'investissements. Dans les établissements et les salles de classe, nous avons des élèves totalement laissés de côté parce que nous n'arrivons plus à répondre à leurs besoins. Nous avons des centres scolaires qui tombent en ruine et nous manquons d'un grand nombre de moyens indispensables pour pouvoir faire notre travail. »

Une mobilisation impulsée par les travailleuses et travailleurs eux-mêmes, et qui cherche à s'étendre à d'autres secteurs

Le nouveau cycle de mobilisation en Catalogne se caractérise par un fort développement des formes d'auto-organisation à la base. Sous mandat des assemblées d'établissement, des assemblées de zone et des coordinations, les travailleurs de l'éducation ont décidé de déployer un calendrier prolongé de grèves, de rassemblements et d'actions réparties sur plusieurs semaines. Une stratégie qui vise à maintenir le conflit dans la durée, à coordonner territorialement la lutte et à conserver le contrôle de la mobilisation entre les mains des travailleurs et travailleuses de l'éducation eux-mêmes.

Le conflit inclut également le rejet de ce qu'on appelle « l'accord de pays » impulsé par le Département avec les confédérations syndicales CCOO et UGT. Un accord largement contesté par les travailleurs de l'éducation puisqu'il a été négocié dans leur dos et en dehors de la réalité des établissements scolaires, sans répondre aux revendications centrales.

Contre cette trahison des directions syndicales, les travailleurs mobilisés ont ainsi largement exigé que ne soit acceptés aucun accord sans consultation. S'y ajoute le rejet du plan pilote lancé par le Govern, qui prévoit de faciliter l'entrée de la police dans les établissements scolaires, mais aussi l'infiltration de policiers sous couverture dans les équipes éducatives des établissements scolaires ! Des mesures qui marquent un tournant autoritaire brutal, avec un renforcement du contrôle et de la surveillance des élèves et des enseignants, et largement dénoncée par les personnels comme par les parents.

Cynthia Lub, également enseignante en grève et militante du CRT, explique : « l'auto-organisation et la coordination des assemblées se renforcent de plus en plus, même si la réponse du gouvernement a été totalement opposée.[…] Nous ne voulons pas plus de policiers, mais davantage de ressources pour répondre à la diversité, plus de personnel ; nous avons besoin de plus de professeurs, de plus d'éducatrices, de plus d'accompagnantes… et non de policiers. »

Depuis les assemblées générales, les travailleurs de l'éducation cherchent à étendre la mobilisation à d'autres secteurs, et ce d'autant plus que des grèves émergent également dans les bibliothèques municipales, parmi les employés municipaux et les services sociaux, et de premières expériences de convergence entre secteurs ont pu avoir lieu depuis le 1er mai. « La lutte de la communauté éducative est la même que celle de tous les services publics : nous devons nous coordonner » ajoute Cynthia.

En ce sens, la solidarité des AFA (Associations de familles d'élèves) continue également de se renforcer, en participant à des journées de protestation conjointes avec les enseignants et les travailleurs de l'éducation. À cela s'ajoute le soutien du mouvement étudiant. Le Syndicat d'étudiants a appelé à la grève les 12 et 27 mai ainsi que le 5 juin, tandis que des organisations de jeunesse, comme Contracorrent, organisation du courant Révolution Permanente, cherchent à étendre la mobilisation aux universités en affirmant « On n'étudie pas pour le patron ni pour devenir de la chair à canon. L'investissement pour l'enseignement public : pas un euro pour le réarmement impérialiste ! »

Une radicalisation des gouvernements face à l'ampleur de la mobilisation, qui montre qu'il n'y a rien à attendre des institutions

Malgré le large suivi des grèves et mobilisations depuis février en Catalogne, le Govern socialiste du PSC a jusqu'ici maintenu une attitude de confrontation et d'immobilisme. Les enseignants dénoncent le fait que le Département ait reporté toute négociation effective et n'a présenté aucune proposition acceptable face à leurs revendications. De plus, le conflit s'est aggravé politiquement en raison de la dérive autoritaire du gouvernement de la Generalitat. Les organisations syndicales et les assemblées dénoncent des tentatives de démobilisation, des procédures disciplinaires, des contrôles d'identité, des amendes et des plaintes contre les participants aux manifestations, mais aussi des tentatives d'infiltration de policiers dans les assemblées générales.

Au Pays valencien, loin de s'ouvrir à une véritable négociation, la coalition gouvernementale droite-extrême-droite du PP et de VOX a présenté une proposition salariale rejetée par les syndicats car jugée ridiculement insuffisante — 75 euros bruts mensuels répartis sur trois ans — tout en imposant des services minimums dénoncés comme abusifs et contestés en justice.

Le conflit dans l'éducation met ainsi en évidence que, tandis que le PP et Vox appliquent ouvertement des politiques réactionnaires et libérales de privatisation de l'école, des gouvernements se présentant comme progressistes, tels que celui du PSC en Catalogne, répondent eux aussi par le refus des revendications, des campagnes médiatiques contre les mobilisations et des mesures répressives face à une communauté éducative de plus en plus organisée à la base.

Face au mépris des différents gouvernements régionaux et de l'Etat central et à la trahison des directions syndicales, les travailleurs de l'éducation de l'Etat espagnol ont donc répondu par une radicalisation de la mobilisation par en bas avec un vrai plan de bataille et des assemblées décisionnaires. Cette séquence de lutte des classes, dans laquelle les prochaines semaines s'annoncent décisives, apparaît ainsi d'ores et déjà exemplaire par son niveau d'auto-organisation, sa volonté d'élargissement et sa radicalité. Alors qu'en France également, le secteur de l'éducation s'est mobilisé à plusieurs reprises contre l'austérité dans l'année scolaire, depuis les journées « Bloquons tout » de septembre aux mobilisations locales et nationales de 2026, l'exemple espagnol montre la voie à suivre pour dépasser les dates isolées et routinières et construire un véritable rapport de force.

Crédits photo : Manifestation à Valence / Compte X

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