« Mille flottilles, zéro porte-avions » : à Saint-Nazaire et Indre, un week-end anti-militariste réussi
Thu, 14 May 2026 17:22:38 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes 8 et 9 mai, plus d'un millier de personnes se sont retrouvées en Loire-Atlantique à l'appel de la coalition Guerre à la Guerre Grand Ouest. Entre manifestation à Saint-Nazaire et rassemblement de contestation sur le site de Naval Group à côté de Nantes, ce week-end a été la plus grosse mobilisation antimilitariste dans le Grand Ouest depuis plusieurs années.

Un week-end de mobilisation inédit contre le futur porte-avions
Vendredi 8 mai, plus de 1000 personnes se sont retrouvées à Saint-Nazaire pour manifester contre le projet de construction d'un porte-avions, soit le plus gros événement antimilitariste organisé dans l'ouest ces dernières années. Appelé par le collectif nazairien A Bas la Guerre, la coalition Guerre à la Guerre - composée d'organisations telles que Contre Attaque, Les Soulèvements de la Terre ou le Poing Levé - et plusieurs syndicats, ce cadre unitaire antimilitariste a démontré sa combativité et sa volonté de reconstruire un mouvement anti-guerre en France. Malgré un dispositif policier massivement déployé par la préfecture et un périmètre d'interdiction de manifester décidé l'avant-veille, les manifestants ont déferlé sur la cité ouvrière de Saint Nazaire.
Slogans anti-impérialistes, chants, fanfares et percussions ont ponctué la marche dans la ville jusqu'à l'arrivée sur la plage, où une réplique du porte-avions ironiquement nommée « France liberticide » (en référence au futur nom du bateau « France Libre ») a été incendiée. Des flottilles en papier ont été déposées aux pieds des vagues, symbole de la dimension internationaliste et pro-palestinienne de l'événement.
La mobilisation a également été marquée par la présence de plusieurs structures syndicales. Les unions locales CGT de Saint-Nazaire et de Nantes avaient appelé à la manifestation, tout comme Solidaires et FO. La prise de parole de la CGT Saint-Nazaire a insisté sur le refus de voir les reconversions industrielles se faire au profit de l'armement. Les syndicalistes présents ont rappelé le rôle fondamental que peut jouer le mouvement ouvrier face à la militarisation de l'économie, en évoquant notamment l'exemple des dockers de Gênes qui avaient refusé de charger des cargaisons militaires.
Quelques minutes avant le départ du cortège, Erell Duclos, militante à Révolution permanente et au Poing Levé, a appelé les manifestants à « refuser la résignation dans laquelle les classes dominantes veulent nous plonger » et à se battre « pour la fin de l'impérialisme, pour la fin de la guerre, pour la fin de l'exploitation et la fin des frontières, pour la libération de la Palestine et le retour des Palestiniens sur leur terre » en prenant en exemple les combats des dockers de Gênes contre l'envoi d'armes à Israël, ou encore les grèves massives contre Trump et contre l'ICE à Minneapolis aux Etats-Unis.
« La guerre se fabrique près de chez nous »
Le samedi 9 mai, la mobilisation antimilitariste s'est prolongée près de Nantes où environ 200 personnes se sont retrouvées pour un pique-nique et des discussions antimilitariste sur le site de Naval Group à Indre. Les participants ont dénoncé l'utilisation du site pour construction des futurs réacteurs nucléaires du porte-avions ainsi que des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de troisième génération (SNLE 3G). L'objectif de la mobilisation était de visibiliser les infrastructures militaires et discuter de la construction d'un rapport de force conscient face à ce projet industriel lié à l'armée.
Les participants ont montré leur détermination à s'opposer au consensus politique qui accompagne aujourd'hui l'armement français. Car depuis plusieurs mois, le gouvernement multiplie les annonces en faveur de l'économie de guerre, des dépenses militaires et du soutien à l'industrie de défense, au nom du contexte international et de la « souveraineté stratégique ». Derrière ces discours se dessine pourtant une offensive plus large : subventions massives aux industriels de l'armement, reconversion des capacités productives vers le militaire, et préparation idéologique d'une nouvelle « union nationale » autour des intérêts stratégiques français.
Pour les organisateurs du week-end, il est au contraire nécessaire de construire une opposition indépendante à cette militarisation, en liant la question de la guerre aux attaques sociales, à la destruction des services publics et aux profits réalisés par les grandes entreprises de l'armement. La question de l'écocide et des risques technologiques liés au nucléaire ont également été discutés, comme l'ont relevé les journalistes de Reporterre qui s'étaient déplacés pour le week-end.
De la Palestine à Saint-Nazaire : refuser la militarisation
Le Grand Ouest occupe une place stratégique croissante dans l'appareil militaro-industriel français. Entre le port militaire de Brest, les activités de Naval Group, le développement de la cybersécurité à Rennes ou encore les projets de reconversion industrielle vers l'armement dans plusieurs bassins ouvriers, toute une partie du territoire est progressivement intégrée à l'effort de l'armement voulu par le gouvernement. Dans les Pays de la Loire et en Bretagne, la militarisation ne se limite donc pas aux bases militaires ou aux industries de défense historiques. Elle concerne aussi les politiques industrielles, les financements publics et l'avenir de nombreux sites de production. Le cas de la Fonderie de Bretagne, promise à une reprise par un groupe lié à la fabrication d'obus, illustre cette tendance à faire de l'industrie d'armement une perspective de reconversion pour des secteurs qui ne parviennent pas à maintenir leur taux de profit.
Si Saint-Nazaire a été choisie pour cette mobilisation, ce n'est pas un hasard. Bastion historique de l'industrie portuaire et du mouvement ouvrier dans l'Ouest, est aussi au cœur de la militarisation française, les Chantiers Navals de l'Atlantique doivent y assembler le futur porte-avions promis par Macron. La cité nazairienne est en pleine transformation selon les logiques de l'économie de guerre qui s'annonce. Les habitants sont no-tamment sollicités pour héberger les futurs travailleurs des chantiers. Le mot d'ordre « 1000 flottilles : zéro porte-avions », largement repris pendant la manifestation, a donné une tonalité particulièrement propalestinienne au week-end, en établissant un lien direct entre la lutte contre l'armement français et la solidarité avec les populations bombardées à Gaza.
Guerre à la Guerre Grand Ouest : premier pas pour reconstruire un mouvement antiguerre
Née notamment dans le sillage des mobilisations contre le Salon du Bourget et du mouvement de solidarité avec la Palestine, la coalition Guerre à la Guerre rassemble des organisations politiques, des collectifs locaux, des militants écologistes, syndicalistes et internationalistes opposés à l'accélération de l'armement. Dans le Grand Ouest, cette dynamique prend une forme particulière : loin d'être limitée à quelques grandes villes, elle s'appuie sur des assemblées régionales et sur l'émergence de groupes locaux à Rennes, Nantes, Saint-Nazaire, Caen ou encore Lorient. La mobilisation des 8 et 9 mai était ainsi pensée comme une première démonstration de force régionale contre l'économie de guerre et la militarisation des territoires. y ont pris part de très nombreux collectifs : Urgence Palestine Nantes, Les Soulèvements de la Terre Nantes, Les Soulèvements de la Terre Indre, CNT, Union Pirate Nantes, Sortir du nucléaire Pays nantais, Le Poing levé Rennes, Le Poing levé Nantes, NPA A Saint Nazaire, UCL, La France Insoumise, Contre Attaque, Révolution permanente, Stop Arming Israël, URC, Collectif nazairien antimilitariste A Bas la Guerre, Assemblée des luttes Sud Loire, PCF, UJFP, Survie, Attac, FO, Solidaires, CGT ou la FSU.
Le week-end a aussi reflété la rencontre entre différentes traditions militantes qui cherchent aujourd'hui à se recomposer autour de la question de la guerre. Dans la continuité de ce premier week-end dans le Grand Ouest, nous invitons toutes les organisations et les personnes intéressées à se joindre à la coalition Guerre à la Guerre. L'enjeu est désormais d'ancrer le mouvement antimilitariste largement dans la jeunesse, dans les lieux d'étude et dans le monde du travail. À l'heure où le gouvernement prépare la course à l'armement et la militarisation de l'économie, les mobilisations de Saint-Nazaire montrent qu'une opposition antiguerre commence à émerger dans la jeunesse et sur les campus, parmi les militants syndicaux et dans les secteurs stratégiques du mouvement ouvrier.
A l'heure où la militarisation est au centre des dynamiques en France et en Europe, poursuivre cette mobilisation, et construire un mouvement anti-guerre structuré depuis les lieux de travail et d'études, et articulé autour du mouvement ouvrier, du mouvement étudiant et de l'ensemble des forces du mouvement social est un défi fondamental.
A Nantes, la réunion de lancement de « Guerre à la Guerre Nantes » aura lieu le 28 mai, pôle associatif Saint-Félix à 19h.