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Sommet Chine-États-Unis : Xi Jinping mène la danse face à un Trump affaibli par la guerre en Iran

Thu, 14 May 2026 18:49:18 CEST

Révolution Permanente

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Xi Jinping a exploité les faiblesses de Trump, donnant l'impression d'une rencontre entre égaux et réaffirmant, une fois de plus, que la question de Taïwan constituait une ligne rouge dans les relations bilatérales.

Donald Trump s'était rendu en Chine en 2017, à la veille du lancement de sa guerre commerciale et technologique contre le géant asiatique. Près de dix ans plus tard, son retour à Pékin pour rendre visite au même Xi Jinping pouvait difficilement être plus différent. Cette fois-ci, c'est Xi Jinping, et non Trump, qui a fixé les termes et le ton de la rencontre. De fait, Pékin a accueilli le président américain en position de force. Non seulement la Chine dispose d'un avantage certain grâce au commerce des terres rares (que Xi a mis en avant à Busan, en Corée du Sud), mais surtout à l'affaiblissement de Trump suite au revers militaire essuyé dans la guerre impérialiste menée contre l'Iran.

Globalement, la rencontre n'a pas donné lieu à de grands accords, mais plutôt à une forme de contrôle de l'instabilité. Cela ne signifie pas que le sommet ait été improductif, en particulier pour la Chine. Xi Jinping a cherché à tirer parti des difficultés que Trump s'est lui-même créées au Moyen-Orient. Il a obtenu une rencontre d'égal à égal avec les États-Unis – en phase avec sa politique des « Nouvelles relations entre grandes puissances » (xinxing daguo guanxi), que Xi tente d'imposer à Trump depuis 2017. Ainsi, Trump a dû demander l'aide de Pékin pour faire pression sur l'Iran en vue d'un cessez-le-feu définitif, probablement au prix d'une violation des Six Garanties, pilier politique des relations entre les États-Unis et Taïwan, établies par le gouvernement Reagan en 1982, qui stipulent que toute vente d'armes de Washington à Taipei ne nécessite pas de consultation préalable avec Pékin.

Un contraste important entre les deux puissances

Le contraste entre les positions des deux puissances s'est manifesté dès les remarques d'ouverture de la réunion. Trump n'a pas tari d'éloges à l'égard du dirigeant chinois : « J'ai un grand respect pour la Chine, pour le travail fantastique que vous [Xi] avez accompli. Vous êtes un grand leader. Je le dis à tout le monde, vous êtes un grand leader. Parfois, les gens n'aiment pas que je dise cela, mais je le dis quand même, car c'est vrai ». Il a qualifié de « fantastique » la relation entre les États-Unis et la Chine, et a déclaré que c'était « un honneur personnel » de connaître Xi depuis si longtemps.

Xi a adopté un autre ton : « la Chine et les États-Unis peuvent-ils surmonter le piège de Thucydide et créer un nouveau paradigme de relations entre grandes puissances ? », s'est-il interrogé, en référence au concept popularisé par le politologue Graham Allison, qui décrit la tendance structurelle à la guerre lorsqu'une puissance émergente menace de supplanter une puissance dominante. « Pouvons-nous relever ensemble les défis mondiaux et apporter une plus grande stabilité au monde ? La Chine et les États-Unis ont tous deux à gagner de la coopération et à perdre de la confrontation. Nos deux pays doivent être des partenaires plutôt que des rivaux ».

Un avertissement chinois sur la possibilité d'une guerre entre grandes puissances d'autant plus humiliant à entendre pour Trump, qui dispose de l'armée la plus puissante du monde, que celui-ci subit actuellement une défaite militaire en Iran, que l'analyste néoconservateur Robert Kagan qualifie de potentiellement pire défaite des États-Unis dans leur histoire récente. Selon les termes acerbes de l'économiste Paul Krugman, la visite de Trump à Pékin apparaît ainsi comme l'« excursion d'un aspirant autocrate raté et chancelant, qui implore un leader fort » afin de le sortir du désastre dans lequel il s'est fourré. Dans ce cadre, tandis que Trump a sollicité la collaboration de la Chine pour résoudre des problèmes conjoncturels immédiats, Xi Jinping a cherché à redéfinir les paramètres stratégiques de la lutte hégémonique de long terme entre les deux puissances. A ce titre, Xi s'est senti suffisamment à l'aise pour affirmer que le projet de « grand renouveau de la nation chinoise » était l'équivalent de la politique trumpiste « Make America Great Again ».

La rencontre constitue donc un symbole du déclin historique de l'impérialisme américain. Bien que la Chine connaisse d'innombrables problèmes internes (crise démographique, diminution de la population en âge de travailler, économie déséquilibrée, dépendance à l'égard d'excédents commerciaux insoutenables, chômage élevé chez les jeunes, mécontentement interne face à la politique autoritaire et bonapartiste, la crise au sein des forces armées), elle constitue une puissance en pleine ascension géopolitique. Les États-Unis, quant à eux, déclinent, perdent leur prestige et leur pouvoir de dissuasion dans un monde capitaliste de plus en plus chaotique.

La question de l'Iran comme révélateur

Pour Trump, l'Iran était le thème central de la réunion. Les Etats-Unis ont besoin de l'aide de Pékin pour sceller le cessez-le-feu et mettre fin à la guerre contre un Iran prêt à faire payer cher les destructions subies. Or, le paradoxe est que la Chine a soutenu les efforts militaires de Téhéran en coulisses. En effet, Pékin est devenu un fournisseur clé de perchlorates, essentiels à la production de propergol solide pour missiles, de microélectronique et de modules pour le satellite BeiDou 3 (le système GPS chinois destiné aux frappes de précision), afin que l'Iran puisse atteindre des cibles américaines et celles de ses alliés régionaux. De plus, le Financial Times a révélé que la Force aérospatiale de la Garde révolutionnaire islamique avait secrètement acquis un satellite espion chinois, le TEE-01B, qui a donné à la République islamique la capacité de frapper des bases militaires américaines dans tout le Moyen-Orient.

Face à cela, Trump a décidé de riposter et sanctionné cinq raffineries chinoises pour avoir continué à acheter du pétrole iranien : Hengli Petrochemical, Shandong Jincheng Petrochemical Group, Hebei Xinhai Chemical Group, Shouguang Luqing Petrochemical et Shandong Shengxing Chemical. Pourtant, aucune d'entre elles n'a respecté ces sanctions, sur ordre direct de Xi Jinping. En ce sens, il est peu probable que Pékin « livre » la solution à Washington, car il tire profit des problèmes américains au Moyen-Orient, notamment du gaspillage de munitions et de matériel de guerre (missiles antibalistiques THAAD et missiles intercepteurs Patriot, difficiles à construire) sur un théâtre d'opérations secondaire.

Pour autant, la Chine a ses propres raisons de contribuer à mettre fin au conflit. Son économie est affectée par la hausse des prix de l'énergie. Une récession mondiale nuirait aux exportations chinoises, qui constituent l'un des principaux moteurs de sa croissance. Ses réserves stratégiques de pétrole, bien qu'utiles, ne sont pas illimitées. La Chine a fait pression sur les autorités iraniennes pour qu'elles négocient avec les États-Unis. Même si elle ne s'implique pas militairement, la Chine pourrait être disposée à collaborer avec les États-Unis pour rouvrir le détroit d'Ormuz, une voie maritime cruciale par laquelle transitent jusqu'à 40 % des importations de pétrole de la Chine (la Chine importe plus de 70 % du pétrole qu'elle consomme, soit 11 millions de barils par jour).

On ignore quel niveau d'accord pourrait être atteint, mais l'influence chinoise sur Téhéran est bien connue – Abbas Araghchi a été reçu par Wang Yi, qui a réaffirmé l'alliance avec l'Iran et défendu son droit à posséder de l'uranium enrichi à des fins civiles. C'est la première fois que la Chine joue un rôle d'une telle ampleur dans une crise impliquant la Maison Blanche au Moyen-Orient. Alors que les États-Unis ont besoin de la Chine pour traiter avec l'Iran, le prix de cette collaboration est toutefois élevé.

L'enjeu de Taïwan et la guerre commerciale au centre des discussions

En particulier, la Chine entend faire payer le prix fort sur la question de Taïwan, qui a constitué le sujet principal pour Xi. Ce dernier a averti Trump qu'une mauvaise gestion de la question taïwanaise pourrait provoquer « des chocs, voire des conflits, mettant l'ensemble de la relation en grand danger », a déclaré le ministère chinois des Affaires étrangères. Selon le journal officiel Xinhua, « "préserver la paix et la stabilité dans le détroit est le plus grand dénominateur commun entre la Chine et les États-Unis", a déclaré Xi, soulignant que "l'indépendance de Taïwan et la paix dans le détroit sont aussi inconciliables que le feu et l'eau". »

Pour la Chine, si Trump souhaite obtenir de l'aide sur la question iranienne, il devra renoncer à la vente d'armes à Taipei. En décembre 2025, Trump a annoncé la vente d'armes d'une valeur d'environ 11,1 milliards de dollars à Taïwan, comprenant notamment des lance-roquettes avancés, des obusiers automoteurs et divers types de missiles. Le gouvernement chinois espère faire pression sur Trump pour qu'il modifie ses relations commerciales et militaires avec Taïwan, au-delà des dispositions des Six Garanties de 1982, qui dispensent Washington de consulter Pékin sur le commerce d'équipements militaires à destination de l'île.

Sur cette question, Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, a déclaré que « Trump comprend les enjeux [concernant Taïwan] et saisit les sensibilités qui entourent tout cela ». Le secrétaire d'État, Marco Rubio, a de son côté affirmé que la politique américaine restait « inchangée » après les discussions entre Trump et Xi. Washington a officiellement rompu ses liens avec Taïwan il y a plusieurs décennies, mais reste engagé à défendre l'île en vertu de la loi sur les relations avec Taïwan de 1979. William Yang, analyste senior à l'International Crisis Group, considère quant à lui que de hauts responsables du gouvernement taïwanais, mais aussi Japon et aux Philippines, étaient « inquiets » quant à la manière dont Trump traiterait les demandes de Xi concernant Taïwan. Bien que le gouvernement taïwanais ait déclaré que les discussions n'avaient pas réservé de surprises, Trump pourrait être disposé à faire davantage de concessions.

Par ailleurs, la Chine souhaite la stabilité et la poursuite de la trêve commerciale, sans nouveaux droits de douane, sans contrôles à l'exportation, sans sanctions imposées à ses entreprises. Face au ralentissement économique du pays, les exportations ont retrouvé un poids significatif dans les recettes nationales, générant un excédent de 1 000 milliards de dollars en 2025. Bien qu'aucun accord clair n'ait été conclu, Trump semble avoir accepté de désamorcer les tensions tarifaires, laissant entrevoir une plus grande ouverture des États-Unis aux investissements chinois. La Chine a renforcé ces derniers mois les restrictions à l'exportation des terres rares, essentielles pour des secteurs tels que la défense, les voitures électriques, les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle. Pour Trump, obtenir un répit sur ce point est fondamental, comme le montrent les offensives agressives menées en Amérique latine pour s'emparer de ressources minérales stratégiques, tant au Venezuela par le biais d'une politique néocoloniale qu'au Brésil, avec les négociations menées avec Lula pour la cession des terres rares.

Au total, le sommet a été une illustration de la relative faiblesse de Trump face à son principal rival. Lorsqu'une puissance impériale ne parvient plus à transformer sa force militaire en une subordination politique durable, sa propre hégémonie s'en trouve ébranlée. La Chine a profité du contexte de la guerre en Iran pour faire payer un prix géopolitique aux États-Unis. Ses avancées, même au milieu de problèmes internes et externes, contrastent avec le manque de vitalité de Washington. « L'eau qui coule ne pourrit pas, les axes mobiles ne rouillent pas », disent les Chinois.

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